Un ministre affirme que Netanyahu a trop usé de l’accusation de “gauchiste”
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Un ministre affirme que Netanyahu a trop usé de l’accusation de “gauchiste”

L’opposition défend le média indépendant après la tirade du Premier ministre contre la journaliste qui a enquêté sur le fonctionnement de son bureau

Stuart Winer est journaliste au Times of Israël

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son épouse Sara avant d'embarquer pour un vol vers New York pour une visite officielle d'État aux États-Unis, le 20 septembre 2016 (Crédit : Kobi Gideon/GPO)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son épouse Sara avant d'embarquer pour un vol vers New York pour une visite officielle d'État aux États-Unis, le 20 septembre 2016 (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

Un important ministre du gouvernement a critiqué la réponse au vitriol du Premier ministre Benjamin Netanyahu à une émission d’investigation, déclarant que Netanyahu ne pouvait plus simplement étiqueter ceux avec lesquels il est désaccord de gauchistes.

Le ministre, dont le nom n’a pas été cité dans la presse, a fait cette déclaration mardi, alors que les politiques de l’opposition déversaient leur mépris sur Netanyahu après une lettre de trois pages qu’il a envoyée à la journaliste Ilana Dayan, dans laquelle le Premier ministre l’accusait d’être une « gauchiste extrémiste » qui était après lui, pour un reportage critique qu’elle préparait.

Le reportage de Dayan, diffusé dans la célèbre émission Uvda de la Deuxième chaîne lundi, comprenait des entretiens exclusifs avec différents responsables qui ont appartenu au premier cercle de Netanyahu, et des informations internes sur les opérations de son bureau.

Des médias israéliens ont cité le ministre déclarant que « le truc habituel de Netanyahu de crier au ‘gauchiste’ sur quiconque n’est pas d’accord avec lui a cessé de fonctionner. »

Le ministre a ajouté que les partisans du Likud n’achetaient plus les tentatives de faire de tous les opposants de Netanyahu, même ceux de son propre parti ou du parti de droite HaBayit HaYehudi, des gauchistes simplement parce qu’ « ils ne sont pas d’accord avec ses lubies. »

La journaliste Ilana Dayan (Crédit : Moshe Shai/Flash90)
La journaliste Ilana Dayan (Crédit : Moshe Shai/Flash90)

Le reportage télévisé de Dayan montrait un politicien rusé et calculateur qui semble principalement concerné par la préservation de son propre règne, plaçant la loyauté personnelle de ses employés au-dessus de toutes leurs autres caractéristiques.

Il décrivait également l’épouse de Netanyahu, Sara, comme une présence problématique dans le processus de décision du Premier ministre, une personne influente intimement impliquée dans le travail et les décisions de son mari, et qui a souvent le dernier mot sur les nominations gouvernementales.

« Au moins deux fois », a déclaré l’ancien conseiller à la sécurité nationale de Netanyahu pendant l’émission.

Uzi Arad a affirmé qu’un voyage du Premier ministre en Allemagne a été annulé à la demande expresse de sa femme. Netanyahu est aussi arrivé non préparé à un entretien avec le président américain Barack Obama à la Maison Blanche parce qu’il avait dû faire la conversation à son épouse pendant tout le vol, témoigne Arad.

Ce reportage dit aussi qu’un ancien numéro deux du Mossad n’avait pas obtenu la direction de l’agence d’espionnage et d’opérations spéciales après avoir refusé d’assurer Netanyahu de sa « fidélité personnelle ».

Mardi matin, Dayan a déclaré à la radio militaire qu’elle n’agissait pas par revanche personnelle contre Netanyahu.

« Le Premier ministre n’est pas mon opposant, a-t-elle déclaré. Il est temps que Netanyahu cesse d’être une victime. Le ton de la réponse provient d’un sentiment qu’un programme qui le critique est une attaque personnelle contre le Premier ministre. De là, la charge contre moi personnellement a commencé. »

Isaac Herzog, chef de l'opposition, pendant un rassemblement commémorant les 21 ans de l’assassinat du Premier ministre Yitzhak Rabin, place Rabin à Tel Aviv, le 5 novembre 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Isaac Herzog, chef de l’opposition, pendant un rassemblement commémorant les 21 ans de l’assassinat du Premier ministre Yitzhak Rabin, place Rabin à Tel Aviv, le 5 novembre 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Dans sa réponse au reportage, lu dans son intégralité par Dayan pendant la diffusion d’Uvda, Netanyahu a attaqué la personne de Dayan, déclarant qu’elle était une « gauchiste extrémiste n’ayant pas une once de probité professionnelle ». Il l’a accusée de mener une campagne « pour faire tomber le gouvernement de droite ».

Dayan a déclaré à la radio militaire qu’elle avait reçu la réponse de l’équipe de Netanyahu avant qu’ils ne puissent voir le reportage complet. Son équipe avait envoyé 32 questions aux services de Netanyahu et avait reçu pour réponse une longue lettre de trois pages, une tirade de 680 mots, a-t-elle expliqué.

« Il sera intéressant de voir si Ilana Dayan, qui se présente comme un parangon de la liberté d’expression, diffusera notre communiqué sans le censurer », écrivaient les services de Netanyahu.

La journaliste a relevé le défi. Le monde médiatique et politique israélien ne parlait mardi matin que de cette initiative, deuxième titre de tous les journaux après la présidentielle américaine.

Le bureau du Premier ministre a affirmé que Dayan s’en prenait systématiquement à la droite en ignorant les transgressions de la gauche, et a déclaré que le reportage de lundi était « un programme de propagande politique contre le Premier ministre et son épouse, entièrement composé de rumeurs calomnieuses et de vils mensonges. »

« Ils n’ont pas vu le reportage, et ont décidé que c’était de la propagande, que c’était une attaque personnelle contre le Premier ministre et une tentative de l’abattre », a déclaré Dayan mardi.

« Nous avons décidé de publier cette lettre dans son intégralité car elle illustre tout ce que le reportage montre sur le fonctionnement du bureau du Premier ministre », a expliqué Dayan.

Dayan a affirmé avoir reçu des messages de soutien de plusieurs politiques de droite, tous envoyés en privé sur son téléphone portable.

Le procureur général Avichai Mandelblit pendant une réunion de la commission de la Constitution, du Droit et de la Justice à la Knesset, le 18 juillet 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Le procureur général Avichai Mandelblit pendant une réunion de la commission de la Constitution, du Droit et de la Justice à la Knesset, le 18 juillet 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Le parti de l’Union sioniste a déclaré mardi avoir demandé au procureur général Avichai Mandelblit d’enquêter sur les révélations de l’émission et sur la lettre de Netanyahu à Dayan.

« La réponse du Premier ministre incite [à la haine] contre les médias israéliens », a-t-il écrit. La réponse de Netanyahu « est une incitation [à la haine] grave et nuisible, au point d’être une menace réelle contre les médias indépendants, d’un genre que nous n’avons pas connu en Israël. »

Isaac Herzog, chef de l’Union sioniste et de l’opposition, a publié un message sur Twitter en citant son propre discours prononcé samedi pendant une cérémonie de commémoration de Yitzhak Rabin, Premier ministre assassiné par un extrémiste juif en novembre 1995.

« L’incitation [à la haine] est la même. La haine est la même. Le dirigeant est le même », a écrit Herzog.

Shelly Yachimovich, également députée de l’Union sioniste, a déclaré sur Twitter que « c’est une bataille pour le droit de vivre dans la seule démocratie du Moyen Orient. »

Zehava Galon, présidente du parti Meretz, a publié un message sur son compte Twitter, où elle disait que « si quiconque avait encore des doutes sur la capacité de Netanyahu à être Premier ministre d’Israël, sa réponse à Ilana Dayan ce soir a clôturé l’affaire. Si Netanyahu ne veut pas qu’il y ait d’enquête médiatique sur lui, il a choisi le mauvais travail. Sa réponse est une perte paranoïaque de ses esprits, qui ne devrait pas être négligée. »

L'ancien Premier ministre Ehud Barak lors d'une conférence de l'organisation Darkeinu à Rishon Lezion, le 17 août 2016 (Crédit : Neri Zilber)
L’ancien Premier ministre Ehud Barak lors d’une conférence de l’organisation Darkeinu à Rishon Lezion, le 17 août 2016 (Crédit : Neri Zilber)

Netanyahu a « complètement perdu ses esprits », a en revanche déclaré sur Twitter l’ancien Premier ministre travailliste Ehud Barak.

Ilana Dayan a rejoint « la longue liste des professionnels des médias qui ont osé faire leur travail et sont devenus des ennemis d’Israël » aux yeux du Premier ministre, écrivait le quotidien Yedioth Ahronoth, généralement hostile à Netanyahu.

Netanyahu a été soutenu par Miri Regev, sa ministre de la Culture et des Sports, qui a écrit sur sa page Facebook que « le Premier ministre a défini à nouveau hier les règles du jeu avec les journalistes qui agissent pour des raisons politiques et personnelles. »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et la ministre de la Culture et des Sports Miri Regev à la Knesset, le 17 juin 2015. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et la ministre de la Culture et des Sports Miri Regev à la Knesset, le 17 juin 2015. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

« Le Premier ministre a bien fait de redéfinir les règles du jeu, a-t-elle écrit. Soulever le masque et exposer le vrai visage de certains dans les médias est crucial pour la démocratie et le discours public en Israël. A mon regret, certains secteurs des médias sont motivés par des calculs politiques et personnels, et exploitent leur travail journalistique pour une seule chose : abattre le gouvernement de droite. »

Regev a également soutenu Sara Netanyahu, et ajouté qu’au cours des ans elle avait appris à connaître l’épouse du Premier ministre, « une femme intelligente, sensible, engagée envers sa famille et son travail de psychologue pour enfants. »

L’équipe du Times of Israël et l’AFP ont contribué à cet article.

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