En pleine crise de la coalition, la “réhabilitation” de l’ancien radiodiffuseur public plane
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En pleine crise de la coalition, la “réhabilitation” de l’ancien radiodiffuseur public plane

Le projet de loi mené par le Likud affirme que fermer la nouvelle corporation ferait économiser des centaines de millions, mais elle coûterait 300 emplois supplémentaires

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) et le député du Likud David Bitan, qui préside la coalition, pendant une réunion du Likud à la Knesset, le 31 octobre 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) et le député du Likud David Bitan, qui préside la coalition, pendant une réunion du Likud à la Knesset, le 31 octobre 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Malgré les tensions en hausse au sein de la coalition gouvernementale, les députés du Likud avancent un projet de démantèlement de la nouvelle corporation de radiodiffusion publique pour se concentrer sur la « réhabilitation » de l’Autorité existante de radiodiffusion d’Israël (IBA).

En 2014, la Knesset avait autorisé la fermeture de l’IBA et son remplacement par une nouvelle corporation. A présent, après des millions de shekels déjà dépensés et avec un nouveau diffuseur prêt à émettre sur les ondes, le Premier ministre Benjamin Netanyahu cherche sa fermeture préemptive.

Après une journée d’échanges houleux pendant lesquels les chefs des partis se sont affrontés sur ces nouveaux projets, le président de la coalition David Bitan a présenté officiellement à la Knesset lundi soir sa proposition d’annulation de la législation de 2014, au motif que fermer la nouvelle corporation et simplifier l’IBA existante économiserait de l’argent public sur le long terme.

L’introduction du projet de loi cite les millions de shekels perdus en dédommagement des employés de l’IBA, dont beaucoup ont signé un contrat avec le nouveau radiodiffuseur. Bitan affirme que le projet économiserait 1,8 milliard de shekels (429 millions d’euros) en 2017 et 2018, un chiffre qui a été ridiculisé par le ministère des Finances ainsi que par Gilad Erdan, ministre de la Sécurité intérieure, qui avait piloté le projet de loi original quand il était ministre des Communications.

L'Autorité de radiodiffusion d'Israël, à Jérusalem, le 6 mars 2014. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
L’Autorité de radiodiffusion d’Israël, à Jérusalem, le 6 mars 2014. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Les détracteurs, venus de la coalition et de l’opposition, affirment que le réel motif de cette mesure est que Netanyahu craint l’indépendance politique de la corporation. Le projet de loi initial accordait au nouveau radiodiffuseur une indépendance éditoriale plus grande que celle de l’IBA, l’exemptant des règles de supervision par le gouvernement qui s’appliquent à presque toutes les autres entreprises publiques, et restreignant sévèrement la capacité des politiciens à intervenir dans son contenu et les nominations de ses dirigeants.

Lundi, pendant un discours inaugurant la session d’hiver de la Knesset, Netanyahu a rejeté ces accusations, affirmant qu’il voulait simplement renforcer le diffuseur existant. « Nous réhabiliterons l’Autorité de radiodiffusion d’Israël et nous le ferons en prenant nos responsabilités financières », a-t-il déclaré à la plénière de la Knesset.

Mais les négociations menées par Yoav Kish, député du Likud, révélées mardi par la radio militaire, ont suggéré que la « réhabilitation » entraînerait des coupes encore plus drastiques pour l’IBA. Les différents syndicats de l’IBA seraient poussés à accepter 300 licenciements supplémentaires et des baisses de salaire de 15 % dans tous les domaines.

Le ministre des Finances Moshe Kahlon a rompu lundi le silence sur ce sujet, et a menacé de torpiller ce projet en apposant son veto à la législation.

Kahlon, ancien ministre des Communications du Likud qu’il a plus tard quitté pour former son propre parti, a boycotté un vote du cabinet prévu dimanche sur le sujet, forçant Netanyahu à le décaler d’une semaine. Il était également absent pendant le discours du Premier ministre lundi à la Knesset.

Le ministre des Finances Moshe Kahlon pendant une réunion de la commission des Finances de la Knesset, le 31 octobre 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Le ministre des Finances Moshe Kahlon pendant une réunion de la commission des Finances de la Knesset, le 31 octobre 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Naftali Bennett, président du parti HaBayit HaYehudi, a également déclaré lundi qu’il s’opposerait au nouveau projet de loi.

Dans le cadre des accords de coalition, les partis doivent voter en faveur de toutes les réformes des médias soutenues par Netanyahu. Il n’est cependant pas évident de savoir ce que cela implique pour les partis qui s’opposent à l’annulation d’une corporation qui n’a pas encore commencé à diffuser ses programmes.

Isaac Herzog, le chef de l’opposition, a fustigé Netanyahu pendant son discours devant la Knesset lundi, l’accusant de mener un « coup d’état » contre les institutions démocratiques israéliennes, et particulièrement contre les médias.

« Vous n’avez de cesse de vous immiscer dans la presse libre, qui est le cœur d’une démocratie. Vous jouez avec elle, pour l’étiqueter et la diminuer », a-t-il déclaré pendant son inculpation cinglante du Premier ministre.

Même le président Reuven Rivlin a plongé dans le bassin politique, avertissant du risque de l’intervention du gouvernement dans les médias.

« Ceux qui préfèrent une autorité de radiodiffusion publique ne peuvent pas la transformer en caisse de résonnance des commissaires, et ceux qui s’opposent à une autorité de radiodiffusion publique devraient faire entendre leur opinion, a-t-il déclaré. Ceux qui veulent une autorité de radiodiffusion publique doivent s’assurer qu’elle n’a pas de parti-pris, et traverse les lignes partisanes. »

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