Un nouveau projet rajoute à la tourmente du radiodiffuseur public d’Israël
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Un nouveau projet rajoute à la tourmente du radiodiffuseur public d’Israël

Entre les critiques qui accusent Netanyahu de vouloir contrôler les médias et la fermeture qui pourrait sauver des milliards, les politiciens se querellent et les journalistes souffrent

Télévisions diffusant un discours du Premier ministre Benjamin Netanyahu, dans un magasin de Jérusalem, le 14 juin 2009. (Crédit : Abir Sultan/Flash90)
Télévisions diffusant un discours du Premier ministre Benjamin Netanyahu, dans un magasin de Jérusalem, le 14 juin 2009. (Crédit : Abir Sultan/Flash90)

Une longue dispute sur l’avenir de la radiodiffusion publique d’Israël a pris un tour encore plus compliqué la semaine dernière avec l’annonce d’un nouveau projet pour abandonner une loi que la coalition elle-même avait votée il y a deux ans, et la remplacer par une nouvelle législation.

Le nouveau projet, que le quotidien Haaretz a attribué mercredi à un personnage « important et très central » de la coalition gouvernementale, abandonnerait les projets inscrits dans une loi de 2014 pour le remplacement de l’Autorité de radiodiffusion israélienne (IBA) par une nouvelle corporation, et maintiendrait l’IBA.

De plus, la radio militaire, la chaîne pédagogique et certains éléments de la nouvelle corporation apparemment condamnée fusionneraient avec l’IBA pour former une seule institution, supervisée par un seul régulateur.

Le politique importante aurait l’intention de présenter ce nouveau projet après Souccot aux présidents de tous les partis de la coalition et au Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui est également ministre des Communications et des Affaires étrangères.

L’IBA gère plusieurs chaînes de télévisions et stations de radios, et diffusent des informations dans 14 langues. Fondée en 1948, à la création de l’Etat d’Israël, elle a détenu le monopole sur la télévision et la radio jusqu’en 1990, quand le câble et le satellite sont entrés sur le marché avec une chaîne commerciale, la Deuxième chaîne.

Le ministre de la Sécurité intérieure et des Affaires stratégiques, Gilad Erdan, arrive à la réunion hebdomadaire du cabinet, au bureau du Premier ministre, à Jérusalem, le 31 juillet 2016. (Crédit : Ohad Zwigenberg/Pool/Flash90)
Le ministre de la Sécurité intérieure et des Affaires stratégiques, Gilad Erdan, arrive à la réunion hebdomadaire du cabinet, au bureau du Premier ministre, à Jérusalem, le 31 juillet 2016. (Crédit : Ohad Zwigenberg/Pool/Flash90)

En mai 2014, la Knesset avait approuvé un projet de loi pour fermer la déficitaire IBA, décrite par les politiques comme de moins en mois pertinente et de plus en plus couteuse, et pour créer à la place une nouvelle corporation de radiodiffusion. Le projet de loi avait alors été présenté par Gilad Erdan, qui était ministre des Communications (et est à présent ministre de la Sécurité intérieure), avec le soutien de Netanyahu.

La législation donnait une indépendance importante à la nouvelle corporation, l’exemptant des règles de supervision qui s’appliquent à la plupart des autres corporations publiques, et restreignant sévèrement la capacité des politiciens à intervenir dans son contenu et la nomination de ses équipes.

En juillet, Netanyahu avait cependant décidé d’étendre la durée de vie de l’IBA et de repousser la mise en place de la nouvelle corporation de radiodiffusion.

Des sources proches du Premier ministre avaient alors déclaré que la corporation n’était pas prête à être lancée. Des détracteurs avaient cependant imputé le délai à l’inquiétude de Netanyahu sur l’indépendance de l’influence politique de la nouvelle corporation.

Fin juillet, la ministre de la Culture et des Sports, Miri Regev (Likud), aurait demandé pendant une orageuse réunion du cabinet quel était l’intérêt d’une nouvelle corporation « si nous ne la contrôlons pas ».

Miri Regev, ministre de la Culture et des Sports, pendant la réunion hebdomadaire du cabinet, dans les bureaux du Premier ministre, à Jérusalem, le 10 juillet 2016. (Crédit : Alex Kolomoisky/Pool)
Miri Regev, ministre de la Culture et des Sports, pendant la réunion hebdomadaire du cabinet, dans les bureaux du Premier ministre, à Jérusalem, le 10 juillet 2016. (Crédit : Alex Kolomoisky/Pool)

En août, Haaretz avait rapporté une réunion entre Netanyahu et les employés de l’IBA, au cours de laquelle il aurait regretté la création d’une nouvelle corporation et demandé « que se passera-t-il si tout le monde dans la corporation fait partie de Breaking the Silence ? », en référence à une association qui collecte des témoignages de soldats israéliens contre l’occupation israélienne des Palestiniens et est haïe par la droite politique.

Le député du Likud David Bitan, qui dirige la coalition gouvernementale, a parallèlement proposé un projet de loi pour annuler la mise en place de la corporation et laisser l’IBA fonctionner, en la rendant plus efficace.

Jeudi, la Deuxième chaîne a annoncé qu’il avait affirmé que son projet économiserait 2,5 milliards de shekels au ministère des Finances (595 millions d’euros), un chiffre qui a ensuite été critiqué par le ministère des Finances, et qualifié de « tour de passe-passe » par l’Institut pour la démocratie d’Israël.

David Bitan à la Knesset, le 26 octobre 2015. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)
David Bitan à la Knesset, le 26 octobre 2015. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Bitan a déclaré mercredi sur Twitter que le projet encore plus récent révélé par Haaretz était une « rumeur sans fondement » et « une tentative infructueuse visant à complexifier la situation et tenter de repousser mon projet de loi pour annuler la corporation. »

Alors que les politiques se disputent, l’IBA et la nouvelle corporation souffrent.

L’IBA vieillissante a déjà été soumise à des coupes en termes de budget et d’emplois drastiques ces dernières années pour préparer son remplacement, notamment avec des retraites anticipées et le licenciement de centaines d’employés.

La corporation, qui aurait initialement due être lancée le 31 mars 2015, a un président, Gil Omer, un directeur général, Eldad Koblenz, et a déjà commencé à embaucher des employés.

Un employé qui a signé un contrat avec la corporation s’est déclaré inquiet pour son futur, a annoncé le site d’informations Ynet. « Mon contrat aurait dû commencer à présent, et je ne sais pas ce qu’il se passe », a-t-il dit.

« Personne ne me parle et je ne sais pas ce que le sort me réserve. J’ai une famille à faire vivre. Netanyahu fait ce qu’il lui passe par la tête. Si j’avais su que ce serait ainsi, je n’aurai pas quitté mon emploi précédent. Il ne se préoccupe pas des employés, il ne se préoccupe que de lui-même. »

Tzipi Livni, députée de l’Union sioniste, a déclaré jeudi que son parti s’opposerait à l’unification des trois entités de radiodiffusion, a annoncé Walla, parce que « ni l’efficacité ni la concurrence ne sont les intérêts du gouvernement, mais simplement la réduction, la destruction et l’expression d’une opinion, celle de Netanyahu, au public. »

Au sein de la corporation, des sources ont admis que l’incertitude était grande. « Beaucoup de personnes ne veulent pas venir ici », ont déclaré les sources officieusement, ajoutant cependant qu’ils « n’abandonnent pas ». Un personnage important a déclaré à Ynet que « [Netanyahu] n’a pas encore gagné. »

L’équipe du Times of Israël a contribué à cet article.

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