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Les parents de victimes de Supernova poursuivent l’AP et Reuters, réclamant 25 millions de shekels de dommages

Selon la plainte qui a été déposée, la publication des photos des atrocités du Hamas "prises en temps réel" par les photojournalistes souligne une "prise de responsabilité" de la part des deux agences

Jeremy Sharon est le correspondant du Times of Israel chargé des affaires juridiques et des implantations.

Des personnes visitant le site du massacre du festival Supernova, à proximité du kibboutz Reïm, à la frontière entre Israël et Gaza, le 14 janvier 2024. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)
Des personnes visitant le site du massacre du festival Supernova, à proximité du kibboutz Reïm, à la frontière entre Israël et Gaza, le 14 janvier 2024. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

Les parents de cinq victimes assassinées au festival de musique électronique Supernova, lors du massacre du 7 octobre, ont déposé plainte au civil contre les agences de presse Associated Press et Reuters. Ils évoquent, dans leur plainte, l’implication des photojournalistes qui ont été employés ou utilisés par les deux agences de presse dans les atrocités qui ont été commises, ce jour-là, par le Hamas – des horreurs dont ils ont assuré la couverture. Les plaignants réclament des dommages et intérêts.

Les parents de May Naim, Lotan Abir, Guy Gabriel, Shalev Madmoni et Shani Louk ont déposé leur plainte auprès de la Cour de district de Jérusalem. Ils demandent 25 millions de shekels de dommages et intérêts pour les souffrances et autres pertes entraînées par le meurtre de leurs enfants.

Plus de 350 jeunes, hommes et femmes, qui étaient venus à la rave-party Supernova, qui était organisée aux abords du kibboutz Reim, à la frontière avec Gaza, ont été froidement exécutés par les hommes armés du Hamas qui ont envahi Israël, le 7 octobre. Des dizaines de fêtards ont par ailleurs été pris en otage et emmenés dans la bande.

Au total, le groupe terroriste a tué environ 1 200 personnes lors de son assaut – des civils en majorité – et kidnappé 253 personnes lors de ce qui a été la pire attaque terroriste de toute l’histoire d’Israël.

La plainte déposée par ces parents éplorés, la semaine dernière, affirme que cinq photojournalistes, Hassan Abdel Fattah Eslaiah, Hatem Ali, Mohammed Fayq Abu Mostafa, Ashraf Amra et Ali Mahmoud, qui ont photographié les atrocités en temps réel, ont fait partie intégrante de l’attaque et qu’ils ne se sont pas livrés, ce jour-là, à un travail journalistique susceptible d’être considéré comme légitime.

La plainte évoque la possibilité que les journalistes aient su, au préalable, qu’une invasion massive et qu’une attaque terroriste étaient sur le point d’avoir lieu, ce jour-là, sous la conduite du Hamas. Elle ajoute que s’ils ont, par ailleurs, été présents dès le début du massacre, ils doivent être considérés comme coupables pour leur inaction face aux horreurs qui se produisaient devant leurs yeux. La plainte fait remarquer qu’ils n’ont à aucun moment averti les autorités israéliennes de ce qui était en train de se passer.

Des terroristes palestiniens enlevant une civile israélienne (au centre), identifiée plus tard comme étant Yaffa Adar, âgée de 85 ans, du kibboutz Nir Oz pour la conduire dans la bande de Gaza, le 7 octobre 2023. (Crédit : Hatem Ali/AP Photo)

Même si seulement un seul photojournaliste se trouvait sur le site où se déroulait la rave-party Supernova, la plainte déclare que l’attaque du 7 octobre s’est étendue sur un large secteur géographique et que la présence de ces photographes dans les différents lieux de l’attaque laisse sous-entendre qu’ils ont été impliqués dans l’ensemble de l’assaut et qu’ils ont donc une culpabilité à assumer.

Dans la mesure où l’AP et Reuters ont publié les photos reçues au fur et à mesure de l’attaque – ne donnant que le nom de l’agence en crédit, dans certains cas – et que ces clichés sont encore mis à la vente sur leurs sites internet respectifs, les deux agences ont une part de culpabilité dans la mort de leurs enfants, expliquent les parents dans la plainte.

Des accusations similaires, qui avaient mis en cause les photojournalistes et les agences de presse, avaient été lancées au mois de novembre par un groupe de veille médiatique pro-israélien, Honest Reporting.

Reuters avait à l’époque « catégoriquement démenti » avoir employé des journalistes impliqués dans l’attaque du Hamas, le 7 octobre, expliquant avoir acquis les clichés auprès de deux photographes free-lance – des images qui ont été publiées après l’annonce, par Israël, que des terroristes du Hamas avaient envahi le pays. L’agence avait fait remarquer qu’elle n’avait aucun journaliste sur le terrain au moment de l’assaut.

L’AP, pour sa part, avait indiqué avoir reçu des photos « qui ont été prises plus d’une heure après le début de l’attaque » par des photojournalistes free-lance. Elle avait ajouté que « le rôle de l’AP est de rassembler des informations sur l’actualité, dans le monde entier, où qu’elle survienne, même quand les événements sont terribles et qu’ils entraînent un nombre massif de victimes ».

Ni l’AP, ni Reuters n’avaient répondu à une demande de commentaire au moment de l’écriture de cet article sur la plainte qui a été déposée à leur encontre au tribunal de Jérusalem.

Dans un dossier distinct, ouvert au mois de février, deux ressortissants israélo-américains qui ont survécu au massacre perpétré au festival de musique Supernova ont porté plainte contre l’AP auprès du District du sud de Floride, réclamant des dommages et intérêts. Évoquant la loi américaine Antiterrorism Act, ils ont accusé l’agence de presse de « soutien matériel au terrorisme » pour avoir acquis les droits d’images prises pendant et après le massacre du 7 octobre « par des proches connus du Hamas qui se sont joints avec enthousiasme aux terroristes lors des attaques du 7 octobre ».

L’AP a répondu que cette plainte était « infondée ».

La plainte déposée devant la cour de District de Jérusalem dit que « les terroristes du Hamas et d’autres organisations étaient accompagnés, ce jour-là, par des ‘journalistes’ qui étaient au service des accusés… et qui ont photographié des crimes graves au moment même où ils étaient en train d’être commis, des photos qui ont été publiées le même jour – et apparemment dans les minutes qui ont suivi ces crimes – par les accusés ».

Elle déclare également que ces photographes « attendaient le long de la frontière avant que cette dernière ne soit violée à différents endroits en même temps » ; ajoutant « qu’ils ont traversé la frontière aux côtés des terroristes du Hamas et les ont suivis alors même qu’ils exécutaient leurs atrocités ; ils ont participé, salué, encouragé et fait l’éloge des horreurs commises avant de transférer leurs ‘produits journalistiques’ contre rémunération aux accusés afin que les clichés soient distribués aux médias ».

La plainte souligne qu’Eslaiah, qui travaillait pour l’AP, était étroitement lié au Hamas, des liens prouvés par un selfie où il pose aux côtés du chef du Hamas Yahyia Sinwar, artisan du 7 octobre, en 2020.

Eslaiah a ainsi photographié, le 7 octobre, un char israélien en flammes, un cliché qui a été publié par l’AP. Au même moment, il a posté une vidéo selfie sur sa chaîne Telegram, qui compte 600 000 abonnés, où il évoque le fait qu’il se trouvait sur le territoire israélien et où il raconte que tous les soldats qui se trouvaient à bord du tank avaient été enlevés par les hommes armés.

Eslaiah aurait même été filmé sur une moto avec une caméra dans une main et une grenade dans l’autre. Il a aussi photographié l’invasion, en tout début de matinée, du kibboutz Kfar Aza, une communauté où des dizaines d’Israéliens ont été tués et kidnappés – des clichés qui, selon les plaignants, ont été diffusés par l’AP « presque en temps réel ».

L’AP a annoncé avoir rompu tous ses liens avec Eslaiah au mois de novembre après la révélation de sa proximité avec le Hamas.

La plainte entre également dans le détail des activités de Hatem Ali, lui aussi employé par l’AP, qui a photographié certaines des atrocités commises par le Hamas – avec notamment un cliché de triste mémoire montrant Yaffa Adar, 85 ans, kidnappée au kibboutz Nir Oz, être emmenée en otage dans la bande de Gaza.

« Les photos prises par Ali sont diaboliques et elles démontrent qu’il a pris part à ce cercle du mal au cours duquel des citoyens israéliens, notamment des femmes et des personnes âgées, ont été enlevés », accuse la plainte.

Ali a également photographié Yarden Bibas lors de son enlèvement, au kibboutz Kfar Aza, un cliché qui a été, lui aussi, publié par l’AP. L’épouse de Bibas, leur fils de 4 ans et leur bébé de neuf mois ont aussi été kidnappés ce jour-là. Ils sont encore retenus en captivité dans la bande.

Ali travaille encore pour l’AP, note la plainte.

Les terroristes enlèvent Yarden Bibas et l’emmènent à Gaza depuis le kibboutz Nir Oz, un kibboutz proche de la frontière avec Gaza, le 7 octobre 2023. (Crédit : AP Photo)

Mohammed Fayq Abu Mostafa, employé par Reuters, et Ashraf Amra, qui travaillait pour Reuters et pour l’AP, ont également « pris une part active, rejoignant les terroristes lors du massacre du 7 octobre », continue la plainte.

Elle note qu’après leur retour à Gaza, les deux hommes ont filmé une petite vidéo partagée sur le compte Instagram d’Amra, à partir de son téléphone, où ils racontaient ce qu’ils avaient vu. Ils ont aussi diffusé à cette occasion des photos prises par Amra qui montrent le lynchage d’un soldat israélien.

« Ces deux ‘journalistes’ sourient – c’est le moins qu’on puisse dire – pendant cette diffusion et ils appellent leurs abonnés et les usagers d’Instagram à rejoindre l’invasion tout en indiquant que cela a été un événement unique », établit la plainte, qui ajoute qu’Abu Mostafa lui-même a reconnu avoir été présent dès le tout début de l’attaque.

Sur un cliché pris par Abu Mostafa et qui a été publié par Reuters, un soldat grièvement blessé apparait en train d’être emmené à Gaza.

Ali Mahmud, qui travaillait pour l’AP, a pris une série de photographies montrant le corps sans vie de Shani Louk transporté dans la bande, à l’arrière d’un pick-up. La dépouille de la jeune femme est encore au sein de l’enclave côtière.

« Toute excuse et/ou toute justification imaginable dans le cadre des lois qui régissent le journalisme, comme pourrait l’être, par exemple, le droit du public à l’information… ne sauraient justifier qu’un journaliste travaillant pour les accusés a été présent, qu’il a participé à des crimes graves, qu’il a pris en photo le moment où ces crimes graves étaient commis – avec notamment le kidnapping d’une femme âgée dans sa maison », affirme la plainte.

« Ce sont des éléments qui n’entrent pas dans le cadre d’une couverture médiatique légitime et qui relèvent davantage de journalistes ‘partenaires dans le crime’ et qui, au minimum, agissent en tant que partie intégrante d’un groupe. »

L’AP a également acheté et diffusé des photos d’otages qui ont été enlevés au festival de musique électronique, notamment de Noa Argamani et d’Avinatan Or, des photos qui ont été postées avec un commentaire, en arabe, disant que « nos hommes ont fait leur devoir », avec un émoji souriant à la fin de la phrase.

Argamani et Or sont encore retenues en captivité dans la bande de Gaza.

Les clichés photographiés par les deux photojournalistes qui sont cités dans la plainte sont encore dans le catalogue de vente de l’AP et de Reuters, sur leurs sites internet respectifs. Ceux montrant Louk sont présentés à la vente sur le site de l’AP.

L’avocat Yossy Haezrachy, qui représente les parents de cinq jeunes assassinés par les hommes armés du Hamas pendant la rave-party Supernova qui était organisée à proximité du kibboutz Reim, le 7 octobre. (Crédit : Kfir Ziv)

« Les journalistes ont des droits dans leur travail journalistique mais cela ne les excuse pas de rester à ne rien faire alors même que de graves crimes sont commis », commente pour sa part Yossy Haezrachy, avocat, qui représente les familles devant le tribunal.

« Vous êtes dans l’obligation d’appeler la police lorsqu’un crime est commis sous vos yeux – vous ne pouvez pas vous contenter de prendre un appareil photo pour envoyer des clichés à votre employeur », ajoute-t-il.

Il fait aussi remarquer que certaines photographies ont été parfois publiées moins de deux heures suivant les faits survenus sur le terrain.

Haezrachy affirme que l’AP et Reuters, employeurs de ces photojournalistes, assument « une responsabilité élargie » dans les agissements de leurs employés dans la mesure où les deux agences savaient ce qu’ils étaient en train de faire grâce aux photos qu’elles recevaient et qu’elles publiaient, tirant par ailleurs un profit de la publication de ces images.

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