Les réactions d’Israël suite à l’attaque au gaz en Syrie n’entraîneront probablement pas d’acte
Rechercher
AnalyseJérusalem et le reste du monde pourraient continuer à faire ce qu’ils ont fait depuis six ans : rien

Les réactions d’Israël suite à l’attaque au gaz en Syrie n’entraîneront probablement pas d’acte

N’ayant aucun intérêt à s’embourber dans la guerre civile voisine, les politiciens se scandalisent mais ne font pas de proposition concrète

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Un enfant syrien inconscient à l'hôpital de Khan Sheikhun, une ville tenue par les rebelles de la province d'Idleb, après une attaque au gaz toxique, le 4 avril 2017. (Crédit : Omar Haj Kadour/AFP)
Un enfant syrien inconscient à l'hôpital de Khan Sheikhun, une ville tenue par les rebelles de la province d'Idleb, après une attaque au gaz toxique, le 4 avril 2017. (Crédit : Omar Haj Kadour/AFP)

De gauche comme de droite, du centre et des extrêmes, les politiciens israéliens ont exprimé les uns après les autres leur dégoût après une attaque probablement chimique mardi à Idleb, en Syrie. Mais en pleine cacophonie d’appels à réagir, une action d’Israël, pour faire cesser les atrocités de son voisin n’est pas simple, voire même inenvisageable.

Peu après l’annonce de l’attaque, le ministre de l’Education Naftali Bennett a demandé une réunion d’urgence du cabinet de sécurité pour « discuter de toutes les options ». Mardi soir, cette réunion n’avait pas été programmée, a indiqué son bureau.

Au moins 72 personnes sont mortes, dont au moins 11 enfants, dans une attaque au gaz à Idleb, et certaines informations non confirmées évaluent le nombre de mort à plus de 100.

Les Etats-Unis, le Royaume-Uni et l’Union européenne ont accusé le président syrien Bashar el-Assad d’être responsable de l’attaque.

En Israël, l’attaque a également mobilisé les responsables sécuritaires.

Les services de sécurité ont préparé ce que l’on appelle une « évaluation de la situation », détaillant ce que les agences sécuritaires connaissent de l’attaque et des risques potentiels concernant l’Etat juif, ont indiqué des responsables.

Des enfants syriens soignés après une attaque à l'arme chimique présumée à Khan Sheikhun, une ville tenue par les rebelles de la province d'Idleb, le 4 avril 2017. (Crédit : Mohamed al-Bakour/AFP)
Des enfants syriens soignés après une attaque à l’arme chimique présumée à Khan Sheikhun, une ville tenue par les rebelles de la province d’Idleb, le 4 avril 2017. (Crédit : Mohamed al-Bakour/AFP)

Selon la Dixième chaîne, l’évaluation indiquerait que la Russie aurait approuvé l’attaque au gaz, pensant qu’elle ne susciterait que des condamnations internationales, mais pas d’action.

Ce n’est pas la première fois qu’une utilisation d’armes chimiques est rapportée cette année. Malgré la promesse d’Assad d’abandonner toutes ses armes chimiques en 2013, son régime a été accusé d’avoir mené au moins huit attaques au gaz pendant le premier trimestre de 2017 seulement.

Cependant, la plupart des attaques chimiques rapportées en Syrie depuis 2013 auraient été commises avec du gaz moutarde ou du gaz chloré. L’attaque de mardi aurait été le fait de gaz sarin, un organophosphoré qui interrompt les communications du système nerveux, paralysant ainsi des fonctions vitales comme la respiration.

L’utilisation de gaz sarin doit encore entre confirmée, mais les vidéos des hôpitaux d’Idleb montraient des victimes avec des pupilles rétrécies et sans réaction, un signe révélateur de l’exposition à un agent nerveux.

Les réponses des politiciens israéliens à l’attaque chimique présumée ont montré un souhait de réagir davantage pour apaiser les souffrances de son voisin, mais elles manquaient toutes de propositions détaillées.

Et l’intervention militaire semble être hors de question.

Amos Yadlin, former director of military intelligence, Jan 2012. (photo credit: Gideon Markowicz/FLASH90)
Amos Yadlin, ancien dirigeant des Renseignements de l’armée israélienne, en 2012. (Crédit : Gideon Markowicz/Flash90)

Le général de division (de réserve) Amos Yadlin, qui dirige l’Institut de recherche en sécurité nationale (INSS), un think-tank de Tel Aviv, et est l’ancien directeur des Renseignements militaires, a été l’une des rares personnes à demander des actions directes contre Assad, affirmant que l’attaque chimique était un « crime contre l’humanité ».

Sur la radio militaire, Yadlin a encouragé Israël à détruire les avions utilisés à Idleb « de loin », faisant apparemment référence à une attaque par missiles.

« Une action qui affaiblit Assad est juste, moralement et stratégiquement », a-t-il déclaré.

Yadlin est ensuite revenu sur son appel à bombarder les avions, mais a déclaré qu’Israël pouvait utiliser une action militaire pour dissuader la Syrie de mener des attaques à l’arme chimique.

La politique officielle est qu’Israël doit rester extérieur à la Syrie, à moins qu’une « ligne rouge » ne soit franchie. Cette « ligne rouge » peut être une attaque contre des civils israéliens, une atteinte à la souveraineté israélienne, ou le transfert d’armes sophistiquées à des groupes terroristes. Les attaques au gaz contre des enfants syriens, aussi horribles soit-elles, ne franchissent pas cette ligne.

Israël a toutes les raisons de ne pas se laisser entraîner dans les sables mouvants syriens, et ne pas s’opposer à la Russie. Israël inviterait également la Syrie et/ou son allié, le Hezbollah soutenu par l’Iran, à des frappes de représailles.

Par conséquent, si Israël décidait de prendre des mesures en raison de cette dernière attaque apparemment chimique, ce serait probablement en coulisses, ou sur le plan humanitaire.

Un enfant syrien inconscient transporté à l'hôpital de Khan Sheikhun, une ville tenue par les rebelles de la province d'Idleb, après une attaque au gaz toxique, le 4 avril 2017. (Crédit : Omar Haj Kadour/AFP)
Un enfant syrien inconscient transporté à l’hôpital de Khan Sheikhun, une ville tenue par les rebelles de la province d’Idleb, après une attaque au gaz toxique, le 4 avril 2017. (Crédit : Omar Haj Kadour/AFP)

Israël peut tenter de s’exprimer davantage et de faire plus pression sur les Etats-Unis et la Russie concernant la destruction des armes chimiques que possède encore Assad.

L’Etat juif a déjà fourni une aide médicale à plus de 3 000 Syriens, et pourrait étendre ces efforts et commencer à accepter des réfugiés.

Mais après plus de six ans de guerre civile qui ont détruit la Syrie, alors que la communauté internationale s’est largement contentée d’observer, et qu’Israël, les Etats-Unis et d’autres pays ont montré peu de velléités d’engagement militaire, l’on peut penser que Jérusalem et le reste du monde vont poursuivre leur politique actuelle contre Assad, la même depuis six ans et qui consiste… à ne rien faire.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...