Le régime syrien a frappé un entrepôt de produits “toxiques” des rebelles, selon Moscou
Rechercher

Le régime syrien a frappé un entrepôt de produits “toxiques” des rebelles, selon Moscou

Après l'attaque de mardi qui a fait au moins 72 morts, les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni ont présenté un projet de résolution la condamnant au Conseil de sécurité des Nations unies

Une chambre de l'hôpital de Khan Cheikhoun, une ville syrienne tenue par les rebelles dans la province d'Idleb, après une attaque chimique présumée, le 4 avril 2017. (Crédit : Omar Haj Kadour/AFP)
Une chambre de l'hôpital de Khan Cheikhoun, une ville syrienne tenue par les rebelles dans la province d'Idleb, après une attaque chimique présumée, le 4 avril 2017. (Crédit : Omar Haj Kadour/AFP)

L’aviation syrienne a frappé un « entrepôt » des rebelles contenant des « substances toxiques », a déclaré mercredi Moscou au lendemain d’une attaque chimique ayant coûté la vie à au moins 72 civils dans le nord-ouest syrien.

« Selon les données objectives du contrôle russe de l’espace aérien, l’aviation syrienne a frappé près de Khan Cheikhoun un grand entrepôt terroriste », a déclaré dans un communiqué le ministère russe de la Défense.

Il abritait « un atelier de fabrication de bombes, avec des substances toxiques », a affirmé le ministère, sans préciser si l’aviation syrienne avait frappé volontairement ou par accident cet entrepôt.

« L’arsenal d’armes chimiques a été livré par des combattants venant d’Irak », a ajouté le ministère, qualifiant ses informations d’ « entièrement fiables et objectives ».

Un enfant syrien inconscient transporté à l'hôpital de Khan Sheikhun, une ville tenue par les rebelles de la province d'Idleb, après une attaque au gaz toxique, le 4 avril 2017. (Crédit : Omar Haj Kadour/AFP)
Un enfant syrien inconscient transporté à l’hôpital de Khan Sheikhun, une ville tenue par les rebelles de la province d’Idleb, après une attaque au gaz toxique, le 4 avril 2017. (Crédit : Omar Haj Kadour/AFP)

Au moins 72 civils ont été tués, dont 20 enfants, le corps saisi de convulsions et peinant à respirer sous leurs masques à oxygène, dans un raid aérien mené sur Khan Cheikhoun, un fief rebelle et jihadiste du nord-ouest syrien.

L’opposition syrienne a la première accusé le « régime du criminel Bashar » d’avoir perpétrée cette attaque, avec des « obus » contenant du « gaz toxique », et a appelé le Conseil de sécurité de l’ONU à ouvrir immédiatement une enquête.

Washington, Londres et Paris ont également accusé Damas qui nie et incrimine les rebelles, et ont présenté mardi soir un projet de résolution condamnant l’attaque chimique en Syrie et appelant à une enquête complète et rapide, à la veille d’une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU.

Le texte, obtenu par l’AFP, appelle l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) à présenter rapidement ses conclusions sur l’attaque qui a fait mardi au moins 72 morts et 170 blessés à Khan Cheikhoun.

Le projet a été distribué aux quinze membres du Conseil à la veille de la réunion d’urgence demandée par Paris et Londres à la suite de l’attaque.

Le Conseil de sécurité des Nations unies, le 23 décembre 2016. (Crédit : capture d'écran ONU)
Le Conseil de sécurité des Nations unies, le 23 décembre 2016. (Crédit : capture d’écran ONU)

Les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni entendent mettre cette résolution au vote pendant cette session de mercredi à New York, mais la position de la Russie restait mardi soir inconnue, ont indiqué des diplomates.

Le texte demande également à la Syrie de fournir les plans de vol et toute information sur des opérations militaires au moment de l’attaque.

Enfin, il menace d’imposer des sanctions en vertu du chapitre 7 de la charte des Nations unies.

Moscou et Pékin avaient mis leur veto en février à une résolution du Conseil de sécurité qui aurait imposé des sanctions à Damas, déjà accusée d’avoir perpétré une attaque à l’arme chimique sur des villages syriens en 2014 et 2015.

« Il s’agit manifestement d’un crime de guerre », a déclaré l’ambassadeur britannique à l’ONU, Matthew Rycroft. « J’en appelle aux membres du Conseil de sécurité qui ont par le passé utilisé leur veto pour défendre l’indéfendable afin qu’ils changent de cap », a-t-il ajouté.

Le porte-parole de l’ONU, Stephane Dujarric, a pour sa part qualifié les informations sur le bombardement « d’extrêmement inquiétantes et choquantes ».

Le président syrien Bashar el-Assad, dans son bureau à Damas, le 12 février 2016.(Crédit : Joseph Eid/AFP)
Le président syrien Bashar el-Assad, dans son bureau à Damas, le 12 février 2016.(Crédit : Joseph Eid/AFP)

L’attaque chimique présumée a provoqué une vague d’indignation internationale, Washington, Paris et Londres pointant du doigt le régime de Bashar el-Assad, qui a démenti « catégoriquement » toute implication et accusé les insurgés d’être responsables de la tragédie.

« Nous avons entendu des bombardements […]. Nous avons accouru dans les maisons et il y avait des familles mortes dans leur lits. On a vu des enfants, des femmes et des hommes morts dans les rues », a raconté à l’AFP un témoin, Abou Moustapha.

Des vidéos de militants antirégime ont montré des corps sans vie sur la chaussée, d’autres pris de spasmes et de crises de suffocation.

Les victimes « ont les pupilles dilatées, des convulsions, de la mousse sortant de la bouche », a expliqué Hazem Chahwane, un secouriste interviewé par l’AFP dans l’un des hôpitaux de la ville.

Au moins 19 enfants et 13 femmes figurent parmi les 72 morts, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Il s’agit de « la deuxième attaque chimique la plus meurtrière du conflit en Syrie » après celle ayant fait plus de 1.400 morts en 2013 près de Damas, a précisé cette ONG, qui n’était pas en mesure de déterminer la nature du gaz toxique utilisé.

Des enfants syriens soignés après une attaque à l'arme chimique présumée à Khan Sheikhun, une ville tenue par les rebelles de la province d'Idleb, le 4 avril 2017. (Crédit : Mohamed al-Bakour/AFP)
Des enfants syriens soignés après une attaque à l’arme chimique présumée à Khan Sheikhun, une ville tenue par les rebelles de la province d’Idleb, le 4 avril 2017. (Crédit : Mohamed al-Bakour/AFP)

L’envoyé spécial des Nations unies pour la Syrie Staffan de Mistura a déclaré que l’ONU allait chercher à « clairement identifier les responsabilités » et à faire « rendre des comptes » aux auteurs de cette attaque « chimique ».

Réagissant en fin de journée, l’armée syrienne a démenti « catégoriquement avoir utilisé toute substance chimique ou toxique à Khan Cheikhoun », dans un communiqué publié par l’agence officielle Sana.

« Les groupes terroristes [les insurgés, ndlr] et ceux qui les soutiennent sont responsables d’avoir utilisé des substances chimiques et toxiques et d’avoir été négligents avec les vies de civils innocents », a-t-elle ajouté.

Malgré de multiples accusations, le gouvernement syrien a toujours démenti utiliser des armes chimiques depuis le début en 2011 de la guerre, qui a déjà fait plus de 320 000 morts.

Il a ratifié la Convention sur l’interdiction des armes chimiques en 2013 mais l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) a récemment indiqué enquêter sur plusieurs attaques présumées au gaz toxique commises depuis le début de l’année.

Principal soutien du régime, l’armée russe a affirmé n’avoir mené aucun raid aérien dans la zone de Khan Cheikhoun.

Mais pour l’opposition syrienne, il ne fait pas de doute que le régime de Damas a utilisé des « obus contenant du gaz chimique ». Ce « crime horrible » rappelle l’attaque de l’été 2013 que la communauté internationale avait « laissé impunie », a-t-elle dénoncé.

Des groupes rebelles syriens, dont l’ex-branche d’Al-Qaïda, ont promis de venger les victimes de l’attaque sur Khan Cheikhoun.

Le secrétaire d’Etat américain Rex Tillerson a prévenu que le président Assad devait rendre des comptes pour les attaques chimiques de son régime.

Pour le président français François Hollande, « une fois encore le régime syrien va nier l’évidence de sa responsabilité dans ce massacre ».

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...