Les rivaux de Netanyahu cherchent à optimiser leur bloc avant les élections
Eisenkot a rencontré séparément Lapid et Bennett ; les personnalités de l'opposition acceptent d'organiser une réunion avec Liberman et Golan pour forger une alternative à la coalition dirigée par le Likud

L’ancien numéro deux du parti Kakhol Lavan-HaMahane HaMamlahti, Gadi Eisenkot, a rencontré séparément, dans la journée de dimanche, le chef de l’opposition Yaïr Lapid et le président du parti Bennett 2026, Naftali Bennett, alors qu’une future réunion devrait réunir les principaux dirigeants des partis opposés au Premier ministre Benjamin Netanyahu.
Un porte-parole de Lapid a annoncé, lundi, que les deux hommes avaient convenu d’organiser cette réunion afin « d’approfondir la coordination et de commencer à formuler les lignes directrices qui seront les fondements du prochain gouvernement, dans le sillage des discussions et des réunions qui ont eu lieu ces derniers jours ».
Selon le porte-parole de Lapid, la réunion réunira Lapid, Eisenkot, le chef du parti Yisrael Beytenu, Avigdor Liberman, l’ancien Premier ministre Bennett, le chef du parti Kakhol Lavan-HaMahane HaMamlahti, Benny Gantz, et le chef du parti Les Démocrates, Yaïr Golan.
Une source appartenant à l’opposition a indiqué au Times of Israël que, si « rien de concret » n’a encore été réalisé, le « bloc du changement » anti-Netanyahu était « beaucoup plus coordonné que les gens ne le pensent, en particulier les acteurs qui se trouvent en son cœur. Ce que vous avez vu au cours de la semaine dernière, ce n’est qu’une partie de ce qui est désormais rendu public ».
Aucun effort sérieux n’a encore été livré en faveur de la fusion des partis d’opposition — qui comprennent des listes de droite, du centre et de gauche — avant les prochaines élections, « mais tout le monde s’efforce de s’assurer que le bloc sera bien construit, cette fois-ci », a ajouté la source.
Lors des élections législatives très disputées qui avaient eu lieu en 2022, les partis Avoda et Meretz, qui avaient précédemment fusionné, s’étaient présentés sur deux listes distinctes, ce qui avait empêché le Meretz de franchir le seuil électoral et ce qui avait, par conséquent, renforcé le bloc d’extrême droite pro-Netanyahu. De plus, le parti arabe Balad n’était pas parvenu à intégrer la Knesset après s’être séparé des partis Hadash et Taal, alors que les trois listes avaient, dans le passé, déjà fusionné, formant la Liste arabe unie. Des efforts sont actuellement en cours pour regrouper toutes les factions arabes sur une liste unique avant les prochaines élections, qui sont prévues pour le mois d’octobre 2026 mais qui pourraient avoir lieu avant cette date.
Eisenkot, ancien numéro deux du parti Kakhol Lavan, a quitté à la fois la faction et la Knesset pendant l’été, expliquant que si lui-même et Gantz avaient travaillé ensemble pendant de nombreuses années et qu’ils se respectaient mutuellement, leurs divergences les avaient finalement éloignés politiquement.
Eisenkot avait ensuite appelé Gantz à démissionner – son parti oscillant dangereusement autour du seuil électoral dans les sondages d’opinion, avec le risque de ne pas réintégrer le parlement israélien lors du prochain scrutin.
Le départ d’Eisenkot, qui avait déclaré qu’il était nécessaire « de construire une alternative au leadership qui permettrait de remporter la victoire lors des prochaines élections », du parti Kakhol Lavan avait été rapidement suivi par celui d’autres membres du parti de Gantz. Cela avait notamment été le cas du député Matan Kahana, qui avait déclaré au Times of Israel à l’époque qu’il tenterait de négocier une alliance politique avec l’ancien Premier ministre Naftali Bennett.
Rencontres avec Bennett
En plus de son entretien avec Lapid, Eisenkot a également échangé avec Bennett pour discuter d’une alternative à la gouvernance actuelle dans la journée de dimanche, selon un communiqué qui a été transmis par l’équipe de l’ancien Premier ministre.
« Les deux hommes ont discuté de la guerre à Gaza et de l’urgence d’obtenir la remise en liberté des otages, de la détérioration de la position internationale d’Israël et des mesures à prendre pour établir une nouvelle direction efficace pour Israël, une direction qui saurait créer l’union au sein du peuple, qui renforcerait la sécurité et qui réhabiliterait le pays », a noté le communiqué.
Selon le communiqué, cette rencontre a fait suite à plusieurs autres entre les deux politiciens, ces dernières semaines, et elle s’est s’inscrite « dans le cadre d’un plan coordonné visant à préparer un changement de gouvernement ».
Bennett ne siège actuellement pas à la Knesset, mais son nouveau parti éponyme, baptisé « Bennett 2026 », arrive régulièrement en tête des sondages d’opinion, aux côtés du Likud, le parti de Netanyahu.
Il n’occupe plus de fonction depuis l’effondrement en 2022 de son gouvernement de coalition diversifié avec Lapid – un gouvernement qui était parvenu à évincer Netanyahu du poste de Premier ministre en 2021 après douze années consécutives au pouvoir, et après une période de troubles politiques qui a vu quatre scrutins nationaux organisés en trois ans.
Selon le quotidien Maariv, ces réunions s’inscrivent dans le cadre d’une initiative plus large lancée par Liberman qui cherche à créer un vaste bloc qui servirait d’alternative à l’actuelle coalition placée sous la direction du Likud.
Liberman s’est également entretenu avec Bennett le mois dernier, alors qu’il tentait de galvaniser les « chefs des partis d’opposition sionistes » avec pour objectif d’élaborer « un plan directeur » pour le prochain gouvernement.
Dans une déclaration faite à l’époque au sujet de sa rencontre avec Liberman, des propos qui avaient été rapportés par les médias israéliens, Bennett avait expliqué que les deux hommes avaient discuté de diverses questions, notamment « des différentes façons de remplacer le gouvernement dès que possible afin de redresser Israël ».
La réunion, au mois d’août, avait eu lieu peu après que Liberman a envoyé une lettre à Lapid lui demandant de convoquer une réunion des « chefs des partis d’opposition sionistes » — avec Bennett et Eisenkot — pour débattre de la « formulation des grandes lignes du prochain gouvernement ». Liberman avait déclaré aux politiciens de l’opposition qu’ils devaient former une alternative unie au gouvernement actuel avant les prochaines élections législatives.
Dans un message publié dimanche sur le réseau social X, Liberman a expliqué certaines de ses réflexions sur le prochain gouvernement. Il a écrit que si l’opposition actuelle prenait le pouvoir, elle « établirait une constitution » limitant la taille du cabinet et la durée du mandat du Premier ministre, tout en « renforçant le système judiciaire » et en veillant à ce que tous les citoyens israéliens fassent leur service dans l’armée.
Fin août, Gantz a appelé Lapid et Liberman à former un « gouvernement de libération des otages » et à rejoindre la coalition Netanyahu afin de garantir un accord de libération des otages et de fixer une date pour de nouvelles élections. Les deux autres figures de l’opposition ont qualifié cette idée de « pitoyable », affirmant qu’il n’y avait « aucune raison » de rejoindre ce gouvernement.
Gantz a réitéré son appel lundi.
« Un grand parti »
Selon des fuites provenant d’un discours prononcé lors d’une conférence à Kfar Saba la semaine dernière, publiées dimanche par le site d’information Walla, Bennett a déclaré : « Nous devons former un gouvernement d’union nationale sioniste basé sur « l’alliance du service » : ceux qui servent et qui acceptent les principes directeurs du gouvernement. »
« J’ai une mission : réunir les différents partis du centre. Nous discuterons avec Liberman et Eisenkot, et nous rassemblerons tout le monde au sein d’un grand parti », a-t-il déclaré, expliquant à l’auditoire de la conférence que leur rôle était de « convaincre tout le monde de voter pour ce parti et de remporter une majorité claire et décisive ».
Comme Liberman, Bennett a également dit que si ce parti venait à prendre le pouvoir, son projet serait de « jeter des bases constitutionnelles » et « d’adopter une constitution pour Israël », ce qu’il avait jugé « inutile » par le passé.
Bennett a également évoqué l’idée d’un « parti uni avec Yisrael Beytenu et Eisenkot » lors d’une réunion à huis clos avec des représentants de la communauté russophone d’Israël à Herzliya la semaine dernière, selon un participant qui s’est entretenu avec le Times of Israel lundi soir.
« Il nous a demandé de voter pour lui et de persuader nos pairs, nos voisins et nos amis de voter pour lui. Il a pris soin de ne rien dire de négatif à propos de Liberman », a commenté l’individu, qui a demandé à conserver l’anonymat et qui a souligné que Bennett « n’a pas dit qu’il ne ferait jamais partie d’un gouvernement avec le Likud ».
« Optimiser le bloc »
Interrogé sur les résultats possibles des discussions en cours entre Bennett et d’autres politiciens anti-Netanyahu, une source proche de l’ancien Premier ministre a fait savoir qu’il restait flexible dans son approche et qu’une décision finale sur une nouvelle liste commune ne serait probablement pas prise avant un certain temps.
« Je ne pense pas qu’il soit attaché à une idée en particulier. Il veut simplement que ça fonctionne. Il est prêt à écouter tout le monde, à entendre tout le monde et à voir ce qui peut être fait pour optimiser le bloc qu’il dirige dans le but de vaincre Netanyahu », a confié la source.
Des principes communs, pas des personnalités
Interrogé sur la possibilité d’une fusion avec Bennett, le député Evgeny Sova (Yisrael Beytenu) a répondu que l’objectif principal de Liberman à l’heure actuelle « est vraiment de rédiger les principes fondamentaux d’un gouvernement sioniste ».
« Quant à savoir qui dirigera le bloc, cela n’a aucune importance pour l’instant. Il y aura peut-être une rotation [à la tête du bloc] », a-t-il poursuivi, arguant que « même si les sondages indiquent que les listes séparées obtiennent plus de sièges, cela ne signifie pas pour autant que les partis ne doivent pas coordonner étroitement leurs actions ».







