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L’événement « Shoah-Nakba » organisé par l’institut allemand de Tel Aviv annulé

La table ronde du Goethe-Institut d’Israël avait initialement été reportée après un tollé provoqué par la tenue de l'événement le jour des 84 ans de la Nuit de Cristal

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Des habitants palestiniens et israéliens lors d'un rassemblement pour le 73e anniversaire de la Nakba, la "catastrophe" de la création d'Israël en 1948, à Jaffa, le 15 mai 2021. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)
Des habitants palestiniens et israéliens lors d'un rassemblement pour le 73e anniversaire de la Nakba, la "catastrophe" de la création d'Israël en 1948, à Jaffa, le 15 mai 2021. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)

Le mémorial de Yad Vashem a déclaré vendredi qu’après des discussions avec le Goethe-Institut d’Israël, l’institut culturel allemand a décidé d’annuler complètement un événement controversé qui avait été prévu, accusé de faire une équivalence entre la Shoah et la Nakba palestinienne.

Plus tôt dans la semaine, le Goethe-Institut d’Israël avait reporté l’événement intitulé « Saisir la douleur des autres – Table ronde sur la Shoah, la Nakba et la culture de la mémoire allemande« , qui devait avoir lieu à Tel Aviv mercredi soir, jour du 84e anniversaire de la Nuit de Cristal.

L’institut s’était seulement excusé pour la date de l’événement et l’avait reporté à dimanche. Toutefois, il semble désormais que l’événement soit définitivement annulé.

« Plus tôt dans la journée, le président de Yad Vashem, Dani Dayan, s’est longuement entretenu avec le secrétaire général du Goethe-Institut Monde, Johannes Ebert. À la fin de leur conversation, Ebert a assuré à Dayan que l’événement prévu pour dimanche prochain n’aura finalement pas lieu », a déclaré Yad Vashem vendredi.

Mardi, l’institut avait défendu l’événement face à la colère en Israël et en Allemagne.

« La mémoire de la Shoah et la célébration de la mémoire des victimes sont des préoccupations majeures du Goethe-Institut, que nous évoquons dans de nombreux projets », avait déclaré l’institut dans un communiqué en allemand.

« Nous regrettons que la date choisie pour cette table ronde ait provoqué une telle émotion. »

« Le Goethe-Institut est un acteur de compréhension et de dialogue », poursuivait le communiqué. « C’est tout l’objet de la table-ronde. »

Le Goethe-Institut fait partie des services culturels allemands qui ont vocation à développer les échanges culturels dans le monde entier.

L’institut n’a pas répondu aux critiques concernant l’équivalence établie entre la Shoah et la Nakba, ou « catastrophe », nom que les Palestiniens et de nombreux Arabes israéliens emploient pour qualifier la défaite arabe lors de la guerre d’Indépendance israélienne de 1948, qui a conduit à la création de l’État juif.

Auparavant, le ministère des Affaires étrangères avait fustigé « une dépréciation flagrante de la Shoah doublée d’une tentative cynique et manipulatrice de créer un lien dont le but est de diffamer Israël », en mettant en perspective Shoah et Nakba.

Dayan avait estimé que l’affaire était une « insupportable distorsion de la Shoah ».

Le logo du Goethe-Institut, dans les locaux de l’association culturelle allemande à Boston. (Crédit : AP Photo/Elise Amendola)

Suite à l’annonce du report de la table-ronde, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Emmanuel Nahshon, ne s’est pas montré plus tendre : « Cet événement est absolument honteux et totalement inapproprié, quel que soit le jour de l’année, pas seulement le jour anniversaire de la Nuit de cristal. »

Dans une interview accordée à la radio 103FM, l’ambassadeur d’Israël en Allemagne, Ron Prosor, a qualifié la table-ronde de « tentative d’établir une comparaison inappropriée aux dépens des survivants de la Shoah ».

« Si ce n’était pas ironique, ce serait tragique », a-t-il déclaré. « Cela ne doit en aucun cas être toléré, même au prétexte ‘d’organiser une discussion civilisée’. Il n’en est rien. »

Prosor avait également critiqué la décision du Goethe-Institut de reporter l’événement, plutôt que de l’annuler.

« Ils ne semblent pas comprendre le problème. Il n’y a pas de date appropriée pour une telle démonstration d’insensibilité et d’hypocrisie de la part de l’institut », avait-il ajouté.

La Nuit de Cristal a eu lieu le 9 novembre 1938, lorsque des soldats nazis et des civils allemands ont violemment attaqué des synagogues et des entreprises juives, tuant des centaines de personnes.

« Nous ne devons pas tolérer que des politiques culturelles et éducatives étrangères soutiennent les rapprochements faits par certains entre la Shoah et la Nakba », a écrit le député allemand Frank Muller-Rosentritt.

« Que cela soit planifié par @goetheinstitut en Israël le 9 novembre ou n’importe quel autre jour est proprement scandaleux. »

Des nazis allemands et des civils regardant le saccage de biens juifs pendant la Nuit de cristal, très probablement dans la ville de Fürth, en Allemagne, le 10 novembre 1938. (Crédit : Yad Vashem via AP)

Le panel prévu pour la table-ronde, organisée en collaboration avec le bureau israélien de la Fondation Rosa Luxemburg, comptait deux universitaires israéliens qui devaient être accompagnés de la journaliste allemande Charlotte Wiedemann.

Wiedemann souhaite que les Allemands « aient une approche globale de la Nakba, comme faisant partie de l’histoire allemande, et donnent à cette histoire un espace dans la culture du souvenir. Cela n’implique pas pour autant de considérer la fondation de l’État d’Israël comme un acte de colonialisme de peuplement. »

Tobias Siegal a contribué à cet article.

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