L’héritage d’un champion olympique juif finlandais oublié en Israël
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L’héritage d’un champion olympique juif finlandais oublié en Israël

S'alignant dans les années 1920 aux côtés de certains des plus célèbres athlètes finlandais, Eliyahu Katz a donné son nom à un prix d'athlétisme en Israël

Elias Katz franchit la ligne d'arrivée au stade de Helsinki, aux environs de 1920 (Capture d'écran)
Elias Katz franchit la ligne d'arrivée au stade de Helsinki, aux environs de 1920 (Capture d'écran)

Le coureur Elias Katz est probablement le champion finlandais le plus anonyme de toute l’histoire des Jeux Olympiques. Mais il est également très certainement le plus anonyme des champions israéliens aux Olympiades.

Elias Katz a été tué dans un attentat terroriste en 1947 ; le monument aux morts qui trône sur le mont Herzl, à Jérusalem, lui rend hommage.

Et s’il n’aura pas suffisamment vécu pour assister à la naissance de l’Etat d’Israël, dit l’historien finnois Roni Smoller, il aura néanmoins énormément contribué au sport israélien dans les dernières années du Mandat britannique en Palestine, abrogé en date du 15 mai 1948.

Né à Turku, en Finlande, Katz était le fils d’un soldat juif qui servait dans les rangs de l’armée du Tsar. Comme de nombreux autres Juifs russes, son père avait été envoyé en Finlande et à l’issue d’un service militaire qui s’était étendu sur une vingtaine d’années, il avait été autorisé à rester dans le pays qui faisait alors partie de l’empire russe mais qui jouissait d’une certaine autonomie.

Selon Smoller, Katz fréquentait souvent les boîtes de nuit locales et il participait à des concours de danse. Il avait également rejoint le petit club sportif juif de Turku, où il jouait au football.

Smoller est un journaliste chevronné qui a vécu durant 20 ans à Jérusalem. Il est actuellement le président de la communauté juive de Finlande. Il a écrit un livre sur l’histoire du sport dans le monde juif ainsi que sur la communauté finnoise.

A l’âge de 18 ans, Katz avait été invité à prendre part à une course de moyenne distance.

« Il a couru avec ses chaussures habituelles, vêtu d’un pantalon long, et il est quand même parvenu à battre le champion en titre. Quelqu’un lui a alors suggéré que ce serait une bonne idée qu’il se mette à l’athlétisme et qu’il s’entraîne », confie Smoller, l’auteur, à Zman Yisrael, le site en hébreu du Times of Israel.

Il s’est avéré que l’idée était très bonne. Katz avait commencé à s’entraîner dans le principal club de sport de Turku où il avait rencontré Paavo Nurmi, coureur finlandais de moyennes et longues distances, qui était surnommé le « Finnois volant ». Nurmi avait dominé les épreuves de course de distance dans les années 1920 et il est par ailleurs considéré comme l’un des plus grands athlètes olympiques de tous les temps.

Paavo Nurmi mène le 1 500 mètres lors des essais des Jeux olympiques à Helsinki, devant Oskari Rissanen et Elias Katz, à l’extrême droite (Crédit : Domaine public via Wikipedia)

Les deux hommes s’étaient rapidement liés d’amitié et Nurmi avait aidé Katz, encore inexpérimenté, à améliorer sa technique. Katz, plein de talent, avait en effet tendance à se balancer en courant et Nurmi l’avait conseillé pour qu’il parvienne à corriger son style. Résultat, la carrière du jeune athlète s’était littéralement accélérée.

Se retrouver sur les mêmes pistes et dans la même équipe de terrain de Nurmi n’était pas une mince affaire. Nurmi et son coéquipier Ville Ritola étaient des superstars qui avaient gagné, à eux deux, 26 médailles olympiques dans les années 1920 dans un pays comme la Finlande où leurs succès les avaient catapultés au rang d’idoles.

Smoller explique que « la Finlande a gagné son indépendance en 1917 et seulement cinq ou six ans plus tard, Paavo Nurmi lui a apporté la célébrité internationale et il a été une source de fierté nationale pendant de nombreuses années. Même aujourd’hui, il y a une statue de Nurmi aux abords du stade olympique » de Helsinki.

La Finlande, poursuit-il, « est une nation sportive et cela va bien au-delà de l’athlétisme. Depuis l’époque de Nurmi et de Ritola, dans les années 1920, la Finlande est devenue une superpuissance dans les sports d’hiver, depuis le hockey sur glace jusqu’au [footballeur finlandais] Jari Litmanen. Mon livre [consacré aux sportifs juifs de Finlande] a été désigné meilleur livre sportif en 2016 et dans un pays qui aime le sport comme c’est le cas de la Finlande, c’est une grande réussite ».

Sur la couverture du livre de Smoller, Katz franchit la ligne d’arrivée au stade de Helsinki, et l’auteur est fier de noter que Lasse Virén, champion olympique sur les épreuves du 5 000 et 1 000 mètres aux Jeux olympiques de Munich, en 1972, et aux Jeux Olympiques de Montréal, en 1976, lui a dédicacé la toute première copie de son ouvrage.

Virén « est un bon ami à moi et de la communauté juive aussi. Il avait été consterné par le meurtre des athlètes israéliens à Munich et il a maintenu depuis lors une relation étroite avec la communauté juive », déclare Smoller, se référant à l’attaque du village olympique durant laquelle des membres du groupe terroriste palestinien Septembre noir avaient assassiné onze athlètes israéliens et un agent de police ouest-allemand.

Longues foulées

La tombe d’Elias (Eliyahu) Katz à Rehovot, en Israël (Crédit : Oded Yisraeli/ via Zman Yisrael)

Avec l’aide de Nurmi, Katz avait fait de grandes avancées au début des années 1920. Suite aux essais qualificatifs pour les Jeux olympiques de 1923, il avait intégré la liste des concurrents de l’équipe finnoise.

Et dans les Olympiades de Paris, en 1924, Katz devait remporter l’épreuve préliminaire du 3 000 mètres en un temps de 9:43.8 minutes – le meilleur temps des qualifications. Il était entré dans le meilleur groupe en lice pour la finale mais il avait chuté au bout de deux tours, se retrouvant à la cinquième place, avant de faire une remontée phénoménale pour finir deuxième avec un chronomètre de 9:44.0 – soit 10.5 secondes après Ritola, qui aura gagné cinq médailles d’or olympiques au cours de sa carrière.

Les deux hommes devaient s’associer à Nurmi et remporter la médaille d’or dans l’épreuve par équipe du 3 000 mètres. C’est ainsi que Katz – dont la première course s’était effectuée en pantalon long – était devenu un champion olympique.

En 1925, Katz s’était installé à Berlin où il avait rejoint le club sportif Bar Kokhba qui comptait parmi ses membres Lilli Henoch, athlète allemande qui aura établi quatre records du monde et remporté dix championnats nationaux allemands dans quatre disciplines différentes.

Katz, pour sa part, concourait en amateur et pour gagner sa vie, il travaillait à KWD, un grand magasin de la capitale allemande. Mais ses résultats et son aura de champion olympique avaient aidé à dynamiser la promotion du club Bar Kokhba, transformant ce petit club juif local en club sportif important au niveau européen.

En 1926, Katz avait fait partie du quatuor finnois qui avait établi un nouveau record du monde dans l’épreuve du relais sur 1 500 mètres.

Avant les Jeux olympiques qui devaient être organisés à Amsterdam, en 1928, l’Association olympique finlandaise l’avait pressé d’intégrer une nouvelle fois la représentation nationale. Il avait finalement accepté après une longue négociation sur son salaire mais, s’étant blessé à la cheville, il avait été dans l’incapacité de participer aux Jeux.

Katz était retourné à Berlin et il était devenu entraîneur au club Bar Kokhba jusqu’à l’ascension des nazis au pouvoir, qui avaient alors interdit aux Juifs de prendre part à des activités sportives.

Et alors qu’il aurait pu retourner en Finlande, Katz avait choisi d’immigrer en 1933 en Palestine, alors sous mandat britannique, comme l’avaient fait aussi de nombreux autres membres du club. Ils devaient tous contribuer au développement des sports au sein de l’Etat juif naissant.

L’athlète juive allemande Lilly Henoch (à gauche) joue au handball pour le Berlin Sports Club (Crédit : domaine public)

Tandis qu’un grand nombre de Juifs qui vivaient à Turku servaient dans l’armée finnoise, aux côtés des soldats allemands, sur le front russe, ils – contrairement aux Juifs qui étaient arrivés en Finlande depuis l’Autriche et la République tchèque – n’étaient pas persécutés par les nazis.

Katz qui, au moment d’émigrer, avait changé son nom en Eliyahu, avait espéré continuer à travailler comme entraîneur dans l’Israël pré-1948, mais il n’avait été rémunéré ni pour son travail, ni pour son expertise, et il avait lutté pour gagner sa vie.

Il avait finalement trouvé un emploi en tant que gardien et employé de maintenance au stade Maccabiah (qui devait devenir plus tard le célèbre stade Bloomfield de Tel Aviv). Il devait être aussi ouvrier et projectionniste de cinéma pour l’armée britannique.

L’équipe d’Israël interdite aux J.O de 1948

Durant son temps libre, Katz avait entraîné les athlètes de l’Association Maccabi et il avait été prévu qu’il prenne en charge les athlètes israéliens avant leur première apparition aux Jeux Olympiques de Londres, en 1948.

Mais l’Etat juif, fondé seulement deux mois avant le lancement de l’événement, avait été interdit de participation aux Olympiades en raison d’un jugement de dernière minute du Comité olympique international.

L’équipe israélienne de six membres s’était inscrite pour les Jeux, en 1948, comme équipe issue « de la Palestine mandataire » mais au moment du coup d’envoi de l’événement, le 29 juillet, cette entité n’existait plus.

Inquiet d’un éventuel boycott des pays arabes, le Comité international olympique avait exploité cette anomalie technique pour déterminer que l’Etat juif naissant n’était pas éligible à une participation aux Jeux, refusant de transiger sur cette question.

Le 24 décembre 1947, Katz avait projeté un film dans un camp de l’armée britannique à Rehovot. Plus tard, ce soir-là, il avait été assassiné par deux Arabes, devenant la première victime mortellement touchée, dans la ville, de la guerre d’Indépendance.

« Eliyahu Katz s’est garanti une place dans l’histoire des sportifs juifs », avaient clamé les journaux de l’époque, dès le lendemain. « Il ne sera jamais oublié et il deviendra un symbole de notre jeunesse sportive ».

Cette prophétie, hélas, ne se sera jamais réalisée. Même si un trophée qui porte son nom est remis au gagnant du championnat d’athlétisme israélien depuis des années, l’héritage laissé derrière lui n’a pas été sauvé de l’oubli, ni en Finlande et ni en Israël.

“Le public en Finlande connaît à peine Katz, principalement parce qu’il n’a été ici l’un des plus grand athlètes que pendant quelques années avant de partir à Berlin et qu’il n’est revenu que peu de temps », estime Smoller.

Le champion olympique a été enterré au cimetière militaire de Rehovot, dans le carré numéro un. Sur sa stèle est écrit : « Ici gît Eliyahu, fils de Shlomo Zalman Katz. Venu de Finlande. Est tombé dans l’exercice de son devoir, le 11 Tevet 5078. Puisse son âme trouver le repos pour l’éternité ».

Cet article a été publié en exclusivité sur le site en hébreu du Times of Israel, Zman Yisrael.

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