L’huile de grenade créée par nano-ingénierie pour guérir les maladies du cerveau
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L’huile de grenade créée par nano-ingénierie pour guérir les maladies du cerveau

Des patients atteints de sclérose en plaques ayant pris un complément alimentaire riche en antioxydants pendant 3 mois ont constaté une "amélioration cognitive significative"

Des grenades vendues à l'occasion du Nouvel An juif, Rosh Hashana, au marché Mahane Yehuda à Jérusalem, le 8 septembre 2014. (Hadas Parush/Flash90)
Des grenades vendues à l'occasion du Nouvel An juif, Rosh Hashana, au marché Mahane Yehuda à Jérusalem, le 8 septembre 2014. (Hadas Parush/Flash90)

Une étude israélienne a révélé que les patients atteints de sclérose en plaques qui prenaient un complément nutritionnel à base d’huile de grenade produit par nano-ingénierie présentaient une « amélioration cognitive significative » après seulement trois mois.

L’étude à petite échelle portant sur 30 patients a été menée au Centre de la sclérose en plaques de l’hôpital Hadassah Ein Kerem à Jérusalem par le professeur Dimitrios Karussis, directeur du centre et neurologue en chef. Les résultats ont montré que les patients prenant le supplément ont constaté une amélioration moyenne de 12 % de leur capacité d’apprentissage et de compréhension de textes, de leur mémoire des mots et de leur catégorisation, au cours des trois mois de traitement.

Les chercheurs sont en train de rédiger les résultats pour les soumettre à des revues neurologiques pour une évaluation par les pairs, nous indique Dimitrios Karussis lors d’un entretien téléphonique.

Le complément administré aux patients a été développé par la professeure Ruth Gabizon, chercheuse en maladies dégénératives du cerveau au département de neurologie de l’hôpital universitaire Hadassah à Jérusalem, en collaboration avec le professeur Shlomo Magdassi, expert dans le domaine des nanotechnologies de l’Institut Casali de chimie appliquée de l’Université hébraïque.

Des grenades sur les étals du marché Mahane Yehuda de Jérusalem. Illustration. (Crédit : Flash 90)

L’huile de pépins de grenade contient de fortes concentrations d’acide punicique, ou oméga 5, qui est considéré comme l’un des plus puissants antioxydants de la nature.

Les activités quotidiennes courantes, telles que la digestion des aliments et la respiration, créent des radicaux libres qui entraînent une oxydation et des dommages aux cellules humaines, en particulier aux cellules du cerveau. Contrairement aux cellules du sang ou de la peau, les cellules du cerveau ne sont pas remplacées par de nouvelles. Les radicaux libres altèrent donc la pensée, la mémoire, l’orientation et la vigilance, entre autres capacités.

Les maladies dégénératives du cerveau et l’atrophie cérébrale sont typiques des maladies d’Alzheimer, de Parkinson et de Creutzfeldt-Jakob, dans lesquelles les cellules cérébrales sont détruites, suivies d’une détérioration rapide des fonctions et du comportement et d’une mort éventuelle.

Le vieillissement et la dégénérescence cérébrale sont des processus naturels et inévitables, mais ils peuvent être accélérés ou ralentis en fonction de notre mode de vie.

Les anti-oxydants sont connus pour leur capacité à protéger contre la destruction des cellules du cerveau et du corps. On les trouve dans des aliments tels que les canneberges, les myrtilles, les haricots, les artichauts, les noix de pécan et les aliments contenant de la vitamine E.

Le problème est que les anti-oxydants consommés par les aliments et les compléments sont ingérés en trop faible concentration pour avoir l’effet souhaité ou sont décomposés dans le système digestif, et ne parviennent donc jamais au cerveau ou à d’autres cellules.

La professeure Ruth Gabizon, chercheuse en maladies dégénératives du cerveau au département de neurologie de l’hôpital universitaire de Hadassah à Jérusalem (Autorisation)

Ainsi, grâce aux nanotechnologies, Ruth Gabizon et Shlomo Magdassi ont réussi à décomposer l’huile de grenade en minuscules particules capables d’échapper à la fonction de filtrage du foie et donc de se frayer un chemin jusqu’au cerveau.

Le produit qu’ils ont développé, appelé GranaGard, contenant une forte concentration d’antioxydants, s’est révélé efficace chez les souris de laboratoire, et deux études ont été publiées dans l’International Journal of Nanomedicine en novembre 2015 et en 2014.

L’étude du professeur Dimitrios Karussis est la première à tester l’efficacité du complément sur les humains.

Dans le cadre de l’étude, les 30 patients ont été divisés en deux groupes de 15, un groupe recevant le supplément d’acide oméga 5 issu de la nanotechnologie, et l’autre un placebo. L’étude a été réalisée en double aveugle, ce qui signifie que les médecins et les patients ne savaient pas qui prenait quoi.

Les patients étaient dans un stade « progressif » ou modéré de la maladie, précise M. Karussis, à un niveau de gravité de cinq sur neuf. « Il s’agissait de patients qui avaient déjà une déficience neurologique importante », décrit-il, et qui souffraient de la maladie depuis plus de dix ans.

La sclérose en plaques est une maladie dans laquelle les enveloppes isolantes des cellules nerveuses du cerveau et de la moelle épinière sont endommagées. Cela perturbe la capacité de certaines parties du système nerveux à transmettre des signaux, ce qui entraîne toute une série de problèmes physiques et mentaux.

Les patients peuvent souffrir de cécité, de faiblesse musculaire et de troubles de la sensation et de la coordination. Une modification de la fonction cognitive est courante dans la SEP, et plus de la moitié des personnes atteintes développeront des problèmes de traitement de l’information, de mémoire, d’attention et de concentration, de perception visuelle et de recherche de mots.

De nombreux traitements proposés aux patients atteints de SEP affectent leurs capacités motrices et sensorielles, ajoute le neurologue, mais n’abordent pas leurs capacités cognitives.

« Les médicaments que nous donnons visent généralement à déprimer un processus inflammatoire, mais dans le même temps, un processus de dégénérescence se produit également, causé par la mort des cellules nerveuses », explique-t-il. « Pour éviter cette mort, il faut d’autres choses, comme par exemple quelque chose qui fonctionne comme un antioxydant », car l’oxydation est l’un des principaux facteurs de la mort des cellules nerveuses.

L’amélioration moyenne de 12 % des fonctions cognitives montrée par les patients « est significative », assure-t-il. Dans certains des tests effectués pour évaluer la variété des fonctions, les patients ont obtenu un score entre 20 et 30 %, poursuit-il.

Aucune amélioration ou changement n’a été observé parmi les sujets participant au groupe de contrôle. À la fin de l’étude, il a été constaté que l’amélioration  durait au moins trois mois.

« Le résultat des tests allait dans un seul sens », commente-t-il.

GranaGard est un complément alimentaire contenant de l’huile de pépins de grenade. (Autorisation : Efrat Eshel)

Le chercheur indique qu’il connait les développeurs du supplément, Ruth Gabizon et Shlomo Magdassi, mais l’étude a été réalisée de manière indépendante et il n’a aucun lien ni intérêt financier dans la société créée par Ruth Gabizon pour commercialiser le produit. Dimitrios Karussis a publié plus de 120 articles scientifiques évalués par des pairs, principalement dans le domaine de la neuro-immunologie et des cellules souches, et est considéré comme l’un des experts mondiaux dans le domaine des applications cliniques des cellules souches dans les maladies neurologiques.

Il a ajouté que bien que l’étude porte sur l’impact du supplément sur la fonction cognitive des patients atteints de sclérose en plaques, cela fournit une « base logique pour penser » que le supplément pourrait également travailler sur l’amélioration des facultés cognitives des patients atteints d’Alzheimer ou d’autres maladies neurodégénératives.

M. Karussis dit qu’il recommanderait le supplément aux personnes souffrant de troubles cognitifs, car il peut être un « ajout important » pour prévenir la mort des neurones.

Il explique que l’étude a été réalisée à petite échelle en raison des contraintes de coût.

« Nous commençons normalement par une étude pilote, une étude initiale. Et puis nous pouvons faire quelque chose de plus important si nécessaire. Notre objectif est d’obtenir ce que l’on appelle une preuve de concept qui prouve l’idée », détaille-t-il.

« On arrive à une preuve de concept quand on est sûr des résultats, et là on obtient une indication significative » de succès, ce qui signifie qu’il y a des raisons de recommander le supplément comme complément au traitement pour les personnes souffrant de dégénérescence cognitive. « Je serais heureux de voir également une étude plus importante qui le prouvera de manière non ambiguë ».

« Cet essai représente une percée scientifique dans le traitement des troubles cognitifs résultant de la destruction des cellules du cerveau à l’aide d’antioxydants naturels », nous affirme Mme Gabizon par téléphone. Elle ajoute que le supplément peut également aider les personnes âgées qui sont bloquées à la maison, en raison de la pandémie de coronavirus, à maintenir leurs capacités cognitives.

Ces personnes âgées sont seules à la maison, sans le stimulus d’un cercle social ou d’une famille, et cela peut entraîner une détérioration de leurs facultés cognitives, explique-t-elle, causant des problèmes de mémoire ou même une dépression.

La société, Granalix Biotechnologies Ltd, vend ses produits directement à des clients en Israël et à l’étranger, en ligne et par l’intermédiaire de distributeurs au Mexique, au Portugal et en Grèce. La société est sur le point de lancer une deuxième étude clinique avec l’hôpital Rambam à Haïfa pour étudier l’impact du supplément sur les troubles cognitifs modérés et légers des personnes atteintes de démence, conclut Mme Gabizon.

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