Liberman à Elaph : « Si l’Iran attaque Tel Aviv, nous frapperons Téhéran »
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Liberman à Elaph : « Si l’Iran attaque Tel Aviv, nous frapperons Téhéran »

Le ministre de la Défense a soutenu le retrait de Trump de l'accord sur le nucléaire, qui mènerait à l’effondrement de l’économie iranienne et mettra potentiellement fin au régime

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Le ministre de la Défense, Avigdor Liberman, s'exprime lors d'une cérémonie commémorative de l'Holocauste dans le kibboutz  Yad Mordechai, le 12 avril 2018 (Crédit : Flash90)
Le ministre de la Défense, Avigdor Liberman, s'exprime lors d'une cérémonie commémorative de l'Holocauste dans le kibboutz Yad Mordechai, le 12 avril 2018 (Crédit : Flash90)

Le ministre de la Défense Avigdor Liberman a menacé de frapper Téhéran et les infrastructures iraniennes en Syrie si l’Iran venait à attaquer Tel Aviv, dans une interview publiée sur un site anglais en langue arabe appartenant à l’Arabie saoudite.

« S’ils attaquent Tel Aviv, nous frapperons Téhéran », a mis en garde le ministre de la Défense.

Les propos de Liberman s’inscrivent dans un contexte de menaces agressives proférées par Téhéran, après une frappe en date du 9 avril contre une base iranienne au centre de la Syrie, que l’Iran a attribuée à Israël, mais qui ne s’est pas prononcé sur cette frappe.

Jérusalem a déclaré que l’implantation iranienne en Syrie n’était pas tolérable, et a juré que des mesures seraient prises pour empêcher cet enracinement.

« Nous détruirons chaque site qui nous semblera être une tentative de la part de l’Iran de se positionner en Syrie », a indiqué le ministre de la Défense. « Nous ne le tolèrerons à aucun prix. »

Malgré ces propos virulents, Liberman a fait savoir qu’il « veut le calme » et ne « souhaite pas attaquer ni combattre qui que ce soit ».

« Je veux que Tel Aviv, où les hôtels affichent complet, où les cafés et les restaurants sont bondés jour et nuit, reste ce qu’elle est, et c’est également ce que je souhaite [aux Iraniens], le calme, pas la guerre », a-t-il dit.

Liberman est le dernier responsable israélien en date à avoir été interviewé par le journal arabophone. Le chef d’état-major Gadi Eizenkot et le chef du COGAT, le major de division Yoav Mordechai, ont récemment été interviewés par ce journal, comme d’autres responsables.

Si Elaph appartient à l’homme d’affaires et journaliste saoudien Othman Al Omeir, le site n’est pas pour autant accessible en Arabie saoudite. Néanmoins, ce site est perçu comme un instrument permettant à Israël de communiquer avec le royaume, bien qu’indirectement.

L’interview de Liberman a porté sur trois sujets : l’Iran, les Palestiniens et l’amélioration des relations entre Israël et le monde arabe.

Sur l’Iran, Liberman a adopté une approche ferme, ce qui sera probablement très bien reçu par les Saoudiens, qui voient en la République islamique leur principal ennemi dans la région.

Les négociations de l’Iran avec les P5+1 à Vienne, 19 mars 2014. (Crédit : AFP/Dieter Nagl)

Liberman a critiqué l’accord sur le nucléaire iranien, officiellement appelé le Plan global d’action conjoint, qu’il a comparé aux Accords de Munich de 1938, censés freiner l’expansion du nazisme en Europe, mais qui ont fini par renforcer Adolf Hitler.

« L’Europe a tort à nouveau. Les Européens ont, par le passé, commis une erreur en signant les Accords de Munich en 1938 avec l’Allemagne. Nous savons tous ce qui s’est passé et comment Hitler les a piégés », a-t-il dit.

« Je pense qu’ils commettent la même erreur », a-t-il souligné.

Le ministre de la Défense s’est montré favorable au retrait des États-Unis de l’accord, comme l’a menacé le président américain Donald Trump. Selon Liberman, ce retrait conduirait à l’effondrement de l’économie iranienne, et pourrait potentiellement mettre fin au régime.

Des étudiants iraniens affrontent la police à l’université de Téhéran durant une manifestation, le 30 décembre 2017 (Crédit : AFP PHOTO / STR)

« L’économie iranienne s’effondre. Regardez les manifestations populaires contre ce régime injuste, le régime qui a conduit à la déroute économique », a-t-il dit. « Ils savent que le régime iranien vit ses derniers jours, et que l’effondrement est imminent. »

Liberman a accusé l’Iran d’avoir financé des groupes terroristes à travers le Moyen Orient tels que le Hezbollah, le Hamas et le Jihad islamique palestinien, à hauteur de 13 milliards de dollars. « Et le peuple iranien n’a rien », a-t-il dit.

D’ici le 12 mai, Trump devra décider si l’Amérique reste dans l’accord sur le nucléaire iranien ou s’il impose de nouvelles sanctions au régime. Mercredi, Trump et le président français Emmanuel Macron, en visite d’État à Washington ont fait savoir que les États-Unis resteront probablement dans l’accord, mais qu’ils chercheront à imposer des mesures supplémentaires pour freiner le programme balistique iranien et le soutien que la République islamique octroie aux groupes terroristes de la région.

« Nous respecterons toute décision que prendra l’administration américaine à ce sujet », a confié Liberman à Elaph.

Photo prise le 21 avril 2018 : deux hommes placardent le visage d’un membre du Hamas, Fadi Mohammad al-Batsh âgé de 35 ans,, devant la maison de sa famille, à Jabaliya, au nord de la bande de Gaza. (Crédit : AFP/Mahmud Hams)

Liberman a aussi démenti la rumeur selon laquelle Israël avait commandité l’assassinat du scientifique du Hamas, Fadi al-Batsh, qui a été tué par balles dimanche en Malaisie. « Al-Batsh n’était pas un scientifique qui amenait l’électricité à Gaza. Il travaillait pour développer des drones et améliorer la précision des roquettes du Hamas », a expliqué Liberman.

Mais le ministre de la Défense a affirmé : « nous ne l’avons pas tué ».

Interrogé sur ses théories sur l’assassin de l’ingénieur, le ministre de la Défense a plaisanté qu’il s’agissait peut-être de « James Bond, comme dans les films ».

Un article du New York Times de mercredi a relayé des propos de responsables du renseignement du Moyen Orient, selon lesquels l’agence israélienne du Mossad était derrière l’assassinat, dans le cadre d’une importante campagne menée contre les efforts mis en œuvre par le Hamas, qui envoie ses experts à l’étranger recevoir des formations techniques et acheter des armes.

Quant au projet d’une paix avec les Palestiniens, Liberman a déclaré que « la solution à deux États n’est pas du tout d’actualité ».

Le ministre de la Défense a relancé ses appels à une « solution régionale », qui permettrait de parvenir à un accord entre Israël et le monde arabe dans son ensemble, et pas seulement les Palestiniens.

Liberman a également émis ses doutes sur la capacité du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas à faire la paix avec Israël, qu’il a qualifié de « léger ».

Des manifestants palestiniens brûlent un drapeau israélien lors d’affrontements avec les forces israéliennes près de la frontière avec Israël, à l’est de la ville de Gaza, dans le centre de la bande de Gaza, le 13 avril 2018 (AFP / Mahmud Hams)

Le ministre de la Défense a défendu les réponses apportées face aux manifestations et aux affrontements le long de la frontière à Gaza, qui ont causé la mort de 40 Palestiniens, selon le ministère de la Santé de la bande de Gaza dirigée par le Hamas.

Liberman a tenu le Hamas pour responsable de ces victimes.

« Le Hamas utilise les femmes et les enfants comme boucliers humains », a-t-il dit. Le Parlement européen a récemment fait le même constat pour la première fois.

Il a ajouté que les relations entre Israël et le monde arabe, dans l’ensemble du Moyen Orient s’améliorent, mais restent discrètes. Il les a encouragés à suivre la voie de l’ancien président égyptien Anwar Sadat, qui a effectué une visite officielle en Israël en 1977 et avait prononcé un discours à la Knesset.

« Je les invite à se dévoiler au public et à se rendre en Israël, comme l’avait fait Anwar Sadat, et nous les accueillerons tous », a-t-il dit.

Liberman a déclaré au journal qu’Israël et les pays arabes du Moyen Orient sont parvenus à un accord sur « 75 % des choses », mais le quart restant « est le plus difficile ».

Liberman n’est pas entré dans les détails de la coopération militaire entre Israël et les pays arabes, mais a assuré que l’on « peut dire qu’il y a bien une coopération ».

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