L’Iran enclenche le processus pour enrichir de l’uranium à 20%, Israël fulmine
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L’Iran enclenche le processus pour enrichir de l’uranium à 20%, Israël fulmine

"Israël ne permettra pas à l'Iran de fabriquer des armes nucléaires.," a réagi le Premier ministre ; l'AIEA confirme que Téhéran a bien violé l'accord

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu pendant une conférence de presse au ministère de la Santé de Jérusalem, le 9 décembre 2020. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu pendant une conférence de presse au ministère de la Santé de Jérusalem, le 9 décembre 2020. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

L’enrichissement d’uranium à 20 % annoncé par l’Iran « constituerait une entorse considérable à ses engagements nucléaires » dans le cadre de l’Accord de Vienne « avec de graves conséquences en matière de non-prolifération », a averti lundi l’Union européenne.

Cependant, Bruxelles attendait le briefing du directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), avant de décider d’une éventuelle action, a expliqué un porte-parole de la Commission lors d’une conférence de presse quotidienne.

L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a ensuite confirmé que l’Iran avait bien enclenché le processus destiné à produire de l’uranium enrichi à 20 % à l’usine souterraine de Fordo, nouvelle violation de l’accord nucléaire signé en 2015.

« Le directeur général Rafael Mariano Grossi a informé les Etats membres de l’AIEA que l’Iran avait commencé à alimenter en uranium déjà enrichi à 4,1 % six cascades de centrifugeuses (…) dans le but de monter à 20 % », a annoncé l’agence onusienne dans une déclaration transmise à l’AFP.

Sur cette photo prise le 2 octobre 2019, l’un des quatre candidats au poste de directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), l’Argentin Rafael Grossi, s’adresse à la presse après une audience. (Crédit : JOE KLAMAR / AFP)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a déclaré lundi que « la décision de l’Iran de continuer à violer ses engagements, d’augmenter le niveau d’enrichissement et de faire progresser la capacité industrielle d’enrichissement souterrain de l’uranium, ne peut s’expliquer d’aucune manière si ce n’est par la concrétisation continue de son intention de développer un programme nucléaire militaire. »

« Israël ne permettra pas à l’Iran de fabriquer des armes nucléaires, » lit-on dans le communiqué.

Le même jour, l’armée idéologique du pouvoir en Iran, les Gardiens de la Révolution, a indiqué avoir saisi un pétrolier battant pavillon sud-coréen dans les eaux du Golfe, où sont déployés des navires américains.

Un haut commandant iranien a déclaré samedi que le guide suprême Ali Khamenei avait donné l’ordre aux groupes terroristes soutenus par Téhéran de détruire Haïfa et Tel Aviv si « une bêtise était commise contre l’Iran », avertissant que la République islamique travaillait depuis des années au développement des capacités de ses mandataires au Liban et dans la bande de Gaza.

L’Iran a enclenché lundi le processus destiné à produire de l’uranium enrichi à 20 % dans l’usine souterraine de Fordo, sa principale mesure de désengagement de l’accord international de 2015 censé limiter son programme nucléaire.

En mai 2019, un an après le retrait unilatéral des Etats-Unis de cet accord suivi du retour de lourdes sanctions américaines contre la République islamique d’Iran, Téhéran a commencé à s’affranchir de ses principaux engagements, dont la limite du taux d’enrichissement de l’uranium.

« Le processus pour produire de l’uranium enrichi à 20 % a commencé au complexe d’enrichissement Shahid Alimohammadi (Fordo) », situé à 180 kilomètres au sud de Téhéran, a déclaré le porte-parole Ali Rabii, cité sur le site internet de la télévision d’Etat.

Selon lui, le président iranien Hassan Rouhani a donné l’ordre « ces derniers jours » et « le processus d’injection de gaz a commencé il y a quelques heures ».

Le président iranien Hassan Rouhani s’exprime devant le parlement après la levée des sanctions par l’accord nucléaire, à Téhéran, le 17 janvier 2016. (Crédit : Atta Kenare/AFP)

Dans une lettre datée du 31 décembre, l’Iran avait fait part à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) de sa volonté de produire de l’uranium enrichi à 20 %, niveau pratiqué avant la conclusion de l’accord de Vienne.

« Compromettre l’avenir »

D’après le dernier rapport disponible de l’agence onusienne, publié en novembre, Téhéran enrichissait de l’uranium à un degré de pureté supérieur à la limite prévue par l’accord de 2015 (3,67 %) mais ne dépassait pas le seuil de 4,5 %, et se pliait toujours au régime très strict d’inspections de l’AIEA.

Mais le dossier a connu des soubresauts à la suite de l’assassinat fin novembre près de Téhéran du père du nucléaire iranien, Mohsen Fakhrizadeh.

Le scientifique nucléaire iranien Mohsen Fakhrizadeh. (Autorisation)

Dans la foulée de cette attaque attribuée par l’Iran à Israël, le Parlement iranien, à majorité conservatrice, a adopté une loi controversée préconisant de produire et stocker au « moins 120 kilogrammes par an d’uranium enrichi à 20 % » et de « mettre fin » aux inspections de l’AIEA, destinées à vérifier que le pays ne cherche pas à se doter de la bombe atomique.

Le gouvernement du président Rouhani s’était opposé à cette initiative dénoncée par les autres parties à l’accord de 2015, qui avaient appelé en décembre Téhéran à ne pas « compromettre l’avenir ».

Cet accord a été conclu après des années d’âpres négociations entre l’Iran et les cinq membres permanents du Conseil de sécurité – Royaume-Uni, Chine, France, Russie, Etats-Unis – ainsi que l’Allemagne.

« Obligé »

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, lors d’une conférence de presse à Téhéran, Iran, le 10 juin 2019. (Ebrahim Noroozi/AP)

Le Conseil des gardiens de la Constitution, qui arbitre les litiges entre le gouvernement et le Parlement en Iran, a approuvé la loi en décembre et plusieurs responsables, dont le ministre des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif, avaient indiqué que le gouvernement se conformerait à sa décision.

Lundi, M. Rabii a ajouté que la position du gouvernement à l’égard de cette loi restait la même « mais qu’il se considérait obligé de la mettre en oeuvre ».

A partir de mai 2019, l’Iran avait déjà commencé à s’affranchir des principaux engagements pris dans le cadre de l’accord de Vienne destiné à limiter son programme nucléaire en échange de la levée d’une partie des sanctions internationales à son encontre.

Ce désengagement a commencé un an après le retrait unilatéral des Etats-Unis de cet accord et des sanctions américaines qui ont privé l’Iran des retombées escomptées du pacte.

L’annonce de la reprise de l’enrichissement à 20 % intervient à quelques semaines du départ de la Maison Blanche du président Donald Trump, qui a mené une campagne de « pression maximale contre l’Iran ».

L’arrivée du président élu Joe Biden fait espérer un sauvetage du pacte.

Mais un éventuel renvoi des inspecteurs de l’AIEA et la reprise d’activités d’enrichissement à hauteur de 20 % risqueraient de renvoyer le dossier du nucléaire iranien devant le Conseil de sécurité de l’ONU et de torpiller définitivement ce texte, selon les observateurs.

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