L’Iran produit secrètement de la poudre d’aluminium pour lancer des missiles
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L’Iran produit secrètement de la poudre d’aluminium pour lancer des missiles

Un ancien haut fonctionnaire iranien a révélé à Reuters des documents semblant prouver que Téhéran gère un atelier de fabrication de propulseurs à combustible solide

L'usine iranienne de transformation de l'uranium près d'Ispahan, qui retraite le concentré de minerai d'uranium en hexafluorure d'uranium gazeux, qui est ensuite acheminé à Natanz et envoyé dans les centrifugeuses pour enrichissement, le 30 mars 2005. (AP/Vahid Salemi)
L'usine iranienne de transformation de l'uranium près d'Ispahan, qui retraite le concentré de minerai d'uranium en hexafluorure d'uranium gazeux, qui est ensuite acheminé à Natanz et envoyé dans les centrifugeuses pour enrichissement, le 30 mars 2005. (AP/Vahid Salemi)

En parallèle des sanctions internationales destinées à bloquer ses efforts pour acquérir des technologies d’armement avancées, l’Iran aurait secrètement produit de la poudre d’aluminium pour son programme de missiles, selon un rapport d’enquête publié mercredi par l’agence de presse Reuters.

Selon le rapport, basé sur le témoignage d’un ancien fonctionnaire du gouvernement iranien et sur des documents qu’il a partagés avec Reuters, le Corps des gardiens de la révolution gère depuis cinq ans une installation produisant du matériel militaire dans le nord-est de la province du Khorasan, près du plus grand gisement de bauxite (minerai d’aluminium) du pays.

Produite à partir de la bauxite, la poudre d’aluminium est un ingrédient central des propergols solides utilisés pour le lancement de missiles.

L’Iran a été accusé d’avancer son programme de missiles balistiques à capacité nucléaire en violation de l’accord de 2015 avec les puissances mondiales qui a limité son programme nucléaire en échange de bénéfices économiques. Téhéran a nié avoir violé l’accord, affirmant qu’il ne s’intéressait pas aux armes nucléaires.

Selon les experts cités par Reuters, l’utilisation de poudre d’aluminium pour aider à alimenter les missiles pourrait permettre à l’Iran de contourner certaines limitations de la production de missiles toujours en place dans le cadre de l’accord.

S’adressant à Reuters depuis son exil en France, l’ancien haut fonctionnaire iranien Amir Moghadam – qui, de 2013 à 2018, était à la tête des relations publiques et envoyé aux affaires parlementaires au sein du bureau du vice-président des affaires exécutives de l’Iran – a indiqué avoir visité l’installation à deux reprises et que la production de poudre d’aluminium se poursuivait lorsqu’il a quitté l’Iran en 2018.

Il a également fourni « plus d’une dizaine de documents relatifs au projet de poudre d’aluminium et aux personnes impliquées, datant de 2011 à 2018 », selon le rapport.

Dans une lettre de 2017 adressée au Guide suprême de l’Iran, l’Ayatollah Ali Khamenei, Téhérani Moghadam (sans lien avec Amir Moghadam), un commandant des Gardiens de la Révolution dont le frère a été défini comme le père du programme de missiles iranien, a décrit l’installation comme un « projet de production de combustible pour missiles à partir de poudre de métal » et a déclaré qu’elle jouait un rôle important dans « l’amélioration de l’autosuffisance du pays en matière de production de combustible solide pour missiles ».

Un religieux iranien observe les missiles sol-sol développés en Iran alors qu’ils sont exposés par les Gardes de la Révolution lors d’une présentation militaire marquant le 40e anniversaire de la Révolution islamique, à la grande mosquée de l’Imam Khomeini à Téhéran, en Iran, le 3 février 2019. (Crédit : Vahid Salemi/AP)

Le corps des Gardiens, qui gère sa propre infrastructure militaire parallèlement aux forces armées régulières de l’Iran, est une entité qui ne répond qu’à Khamenei.

En réponse aux questions de Reuters sur cette installation, Alireza Miryousefi, porte-parole de la mission iranienne auprès des Nations unies à New York, a commenté : « Nous n’avons aucune information sur ces affirmations et sur l’authenticité de ces documents. »

« Nous devons réitérer que l’Iran n’a jamais eu l’intention de produire des ogives ou des missiles nucléaires », a-t-il ajouté.

La révélation de la production de poudre d’aluminium survient alors que l’Iran a cessé de respecter les limites fixées par l’accord nucléaire duquel le président américain Donald Trump a unilatéralement retiré l’Amérique en 2018. Depuis, Téhéran a cherché à ce que les autres signataires de l’accord – l’Allemagne, la France, la Grande-Bretagne, la Russie et la Chine, qui se battent pour sauver l’accord – augmentent leurs incitations économiques pour compenser les sanctions sévères imposées par Washington après son retrait.

En réponse à ces affirmations et en suggérant qu’elles pourraient inciter à de nouvelles sanctions, un porte-parole du ministère des Finances américain a déclaré qu’il « prend au sérieux toute information faisant état d’un comportement potentiellement sanctionnable, et bien que nous ne commentions pas les éventuelles enquêtes, nous sommes déterminés à cibler les personnes qui soutiennent le régime iranien et leurs activités malveillantes dans le monde entier ».

Jose Luis Diaz, porte-parole du Département des affaires politiques et de la consolidation de la paix des Nations unies, a fait savoir que « le Conseil de sécurité n’a pas clarifié si la capacité de l’Iran à produire de la poudre d’aluminium destinée à être utilisée comme propulseur de missile est incompatible avec les mesures restrictives ».

Il a ajouté que ce matériau peut également être utilisé dans les propergols de missiles ou de fusées qui ne sont pas conçus pour servir de vecteurs à des armes nucléaires.

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