L’Iran sera « durement frappé » s’il attaque Israël, prévient Netanyahu
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L’Iran sera « durement frappé » s’il attaque Israël, prévient Netanyahu

Lors de la même conférence, l'ambassadeur américain David Friedman a dit que les Etats-Unis disposent de l'armée la plus puissante au monde

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s'exprime lors d'une conférence à Jérusalem, le 8 janvier 2020.  (Olivier Fitoussi)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s'exprime lors d'une conférence à Jérusalem, le 8 janvier 2020. (Olivier Fitoussi)

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a prévenu mercredi l’Iran qu’Israël répondrait de manière « retentissante » en cas d’attaque contre l’Etat hébreu suite à ses menaces répétées depuis l’élimination de Qassem Soleimani par Washington.

« Nous nous dressons fermement contre ceux qui veulent nous tuer. Nous nous dressons avec détermination et avec force. Quiconque nous attaque recevra une riposte retentissante », a-t-il affirmé lors d’une conférence à Jérusalem, après les tirs nocturnes de missiles iraniens sur des bases utilisées par des soldats américains postés en Irak.

« Qassem Soleimani était responsable de la mort d’innombrables innocents, a souligné Netanyahu. Il a déstabilisé de nombreux pays. Pendant des décennies, il a semé la peur, la misère et l’angoisse. Et il préparait bien pire. »

« Le président Trump devrait être félicité pour avoir agi avec rapidité, audace et détermination contre ce terroriste en chef, qui était l’architecte et le cerveau de la campagne iranienne de terreur à travers le Moyen-Orient et le monde », a-t-il ajouté.

Le Premier ministre a affirmé que nombreux dirigeants au Moyen-Orient étaient d’accord avec lui. La région est divisée entre les Islamistes radicaux et les forces modérées qu’ils combattent, a-t-il poursuivi. « Israël est une ancre stable au milieu de ces eaux agitées ».

« Il est très important de rappeler qu’Israël se tient totalement aux côtés des Etats-Unis, a-t-il ajouté. L’Amérique n’a pas de meilleur ami qu’Israël, et Israël n’a pas de meilleur ami que l’Amérique ».

Le secrétaire d’État américain Mike Pompeo rend visite au Premier ministre Benjamin Netanyahu à l’occasion d’un entretien avec le Premier ministre le 18 octobre 2019. À gauche, l’ambassadeur des États-Unis en Israël, David Friedman. (Amos Ben Gershom / GPO)

Avant l’intervention du Premier ministre, l’ambassadeur américain en Israël David Friedman a brièvement évoqué l’attaque iranienne sur une base américaine en Irak qui a eu lieu dans la nuit de mardi à mercredi.

« Nous observons de près l’évolution de la situation dans la région », a-t-il dit lors de la conférence organisée par le cercle de réflexion de droite Kohelet Forum au Centre Begin à Jérusalem.

« Les premières informations sont positives. Nous prions pour que ces informations soient vraies », a-t-il indiqué.

« Notre armée est de loin la plus forte dans le monde et notre cause est juste », a ajouté Friedman. Nous prions Dieu pour que nous puissions remporter une victoire écrasante ».

Benny Gantz, un ancien chef d’Etat major d’Israël, a également mis l’Iran en garde.

« La frappe iranienne sur une base militaire américaine prouve une fois de plus que l’Iran constitue un danger pour le monde entier et pour la stabilité et la sécurité au Moyen Orient, a déclaré Gantz. Tsahal est l’armée la plus puissante de la région et je conseillerais à quiconque de ne pas entraîner Israël dans toute confrontation où il n’est pas impliqué. Si l’on essaie de nous entraîner là-dedans, je suis convaincu que la réponse sera puissante, dure, douloureuse et décisive ».

Un haut-gradé du corps des Gardiens de la révolution iranienne a averti que Tel Aviv pourrait aussi être ciblée. De son côté, l’ancien chef des Gardiens de la révolution a menacé de réduire les villes israéliennes « en poussière » si les Etats-Unis attaquaient des cibles en Iran.

Pourtant, lundi, des officiels israéliens de la sécurité ont déclaré au cabinet de sécurité restreint qu’il était peu probable que l’Iran attaque Israël en représailles pour la frappe américaine qui a tué Soleimani en Irak.

Selon plusieurs officiels qui étaient présents lors de la réunion du cabinet et qui se sont exprimés aux médias israéliens, plusieurs scénarios ont été envisagés concernant une possible réponse de l’Iran à l’attaque. Des officiels en charge de la sécurité ont déclaré que les risques d’une attaque sur Israël étaient faibles.

« Israël n’était pas impliqué dans l’assassinat et il n’y a aucune raison qu’il soit entraîné dans cette affaire », a déclaré un officiel haut placé.

Lundi également, dans ce qui a été la première déclaration publique d’un haut-gradé israélien après l’élimination de Soleimani, le chef du Commandement du sud, le général Herzi Halevi, a pris soin de distancer l’Etat juif de l’incident. Il a déclaré que l’assassinat s’inscrivait dans une lutte continue entre l’Iran et les Etats-Unis pour l’influence en Irak.

Des personnes endeuillés participent à l’enterrement du général iranien Qassem Soleimani et de ses camarades, qui ont été tués en Irak dans une attaque de drone américain vendredi, dans la ville de Kerman, en Iran, le mardi 7 janvier 2020.
(Erfan Kouchari/Tasnim News Agency via AP)

« Soleimani faisait du tort aux intérêts américains et représentait un danger significatif pour les Américains dans la région. Nous devons voir cette élimination dans le cadre d’une lutte entre l’Iran et les Etats-Unis pour l’influence en Irak. Voilà l’histoire », a déclaré Halevi.

« L’élimination a également des conséquences pour nous les Israéliens, nous devons suivre cela de près, mais nous ne sommes pas les principaux acteurs de cette histoire, mais c’est bien que cela se soit produit loin de nous », a-t-il dit.

Halevi a déclaré qu’Israël était prêt à lancer une « réponse très significative » si la réaction de la République islamique pour la frappe américaine incluait des actions de ses alliés palestiniens, comme le groupe terroriste du Jihad Islamique basé à Gaza.

L’ambassade américaine en Israël a cependant publié un message d’alerte à l’égard de ses ressortissants en Israël, en Cisjordanie et à Gaza, prévenant de la possibilité d’un tir soudain de roquettes en direction du pays.

Lundi, l’un des principaux cercles de réflexion d’Israël en matière de sécurité nationale a prévenu du risque croissant d’une guerre à grande échelle le long des frontières nord d’Israël dans l’année qui vient, en partie à cause de la « détermination et de l’audace » croissantes de l’Iran.

En une demi-heure, 22 missiles sol-sol se sont abattus sur deux bases irakiennes, Aïn al-Assad (ouest) et Erbil (nord), où sont stationnés certains des 5 200 soldats américains déployés en Irak.

Le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, a salué une « gifle à la face » des Etats-Unis, prévenant toutefois que ce n’était « pas suffisant pour cette affaire ». Il est nécessaire que « la présence corrompue des Etats-Unis dans la région prenne fin », a-t-il martelé, alors que l’axe pro-Iran profite depuis vendredi d’un regain de sentiment anti-américain en Iran, mais aussi en Irak et au Liban.

« Nous ne cherchons pas l’escalade ou la guerre, mais nous nous défendrons », a abondé Mohammad Javad Zarif, le chef de la diplomatie. Il a affirmé que les représailles « proportionnées » de la nuit, qui ont notamment ciblé « une base d’où ont été lancées des attaques lâches contre nos citoyens et officiers de haut rang », étaient « terminées ».

A la suite de ces nouvelles violences, l’agence fédérale de l’aviation américaine (FAA) a interdit aux avions civils américains le survol de l’Irak, de l’Iran et du Golfe, de même qu’Air France, Lufthansa ou encore KLM.

Peu après, un Boeing ukrainien s’est écrasé après son décollage de Téhéran en direction de Kiev, faisant environ 170 morts – majoritairement des Iraniens et des Canadiens – sans que la cause de ce crash ne soit connue.

Avant même les frappes de la nuit, plusieurs Etats membres de la coalition antijihadistes emmenée par les Etats-Unis ont annoncé sortir leurs soldats d’Irak, après des dizaines de tirs de roquettes depuis des semaines sur des bases les abritant.

Si la France et l’Italie disent rester, Canadiens et Allemands ont redéployé une partie de leurs troupes vers la Jordanie et le Koweït. L’Otan a décidé de retirer temporairement une partie de son personnel.

M. Trump écarte tout départ, alors que le Parlement irakien réclame l’expulsion des troupes étrangères. Ce « serait la pire chose qui puisse arriver à l’Irak », a-t-il jugé.

« L’Iran ne doit pas réitérer ces attaques imprudentes et dangereuses mais devrait plutôt oeuvrer en faveur d’une désescalade urgente », a exhorté le Premier ministre britannique Boris Johnson.

Chypre, elle, « a donné son accord » à Washington pour que, temporairement, « une unité de réaction rapide » se serve de son sol pour « évacuer des missions diplomatiques américaines (…) et des citoyens américains ».

Le Premier ministre démissionnaire irakien Adel Abdel Mahdi a indiqué avoir été prévenu des tirs imminents par « un message verbal » de Téhéran, « au moment » où les Américains appelaient pour indiquer que des missiles s’abattaient sur les bases où ils se trouvent.

Il a dénoncé « une violation de la souveraineté de l’Irak », sans toutefois utiliser les termes sévères qu’il avait réservés aux Etats-Unis, dont le Parlement irakien réclame désormais la fin de la présence militaire en Irak.

M. Abdel Mahdi passe pour être plus proche des pro-Iran que le président Barham Saleh et le chef du Parlement Mohammed al-Halboussi qui, eux, ont « condamné » et « dénoncé » la riposte iranienne sur leur sol.

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