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L’Occident gagnerait à donner ses vaccins anti-COVID à l’étranger – expert israélien

Les grands pays riches en vaccins protégeraient leurs populations plus efficacement en donnant les injections qu'ils stockent aux pays en voie de développement

Photo d'illustration : En Afghanistan, un médecin prépare un vaccin dans le cadre du programme COVAX, le 11 juillet 2021. (Crédit : AP Photo/Rahmat Gul, File)
Photo d'illustration : En Afghanistan, un médecin prépare un vaccin dans le cadre du programme COVAX, le 11 juillet 2021. (Crédit : AP Photo/Rahmat Gul, File)

Donner les vaccins excédentaires contre la COVID-19 actuellement en stock permettrait aux superpuissances occidentales de sauver un plus grand nombre de vies que les conserver comme c’est le cas actuellement, affirme un expert israélien dans une nouvelle étude réalisée dans le domaine de la théorie des jeux.

Si les grands États occidentaux disposent de suffisamment de vaccins pour différer grandement des pays en voie de développement en matière de taux de vaccination, « l’idéal pour eux serait de donner leurs vaccins excédentaires », concluent ces chercheurs dans une étude parue la semaine dernière dans Communications Medicine, une publication à comité de lecture.

L’équipe de chercheurs néerlandais, danois et israélien a utilisé un modèle du domaine de la théorie des jeux – un domaine complexe des mathématiques – permettant de prédire l’impact des différents choix que les pays sont susceptibles de prendre dans le cadre de la pandémie, se concentrant sur l’impact du don des vaccins aux pays en voie de développement.

L’étude laisse de côté l’aspect moral ou éthique au niveau international, réduisant la problématique à la seule question des intérêts nationaux occidentaux. Ils se sont interrogés sur ce qui profiterait le plus aux pays riches en vaccin pour eux-mêmes.

Ils ont écrit que « dans un monde inégalitaire, avec des économies ouvertes, les pandémies ne s’arrêtent pas aux frontières nationales. Les pays disposant des revenus les plus élevés tireraient des avantages d’aider les pays à revenus plus modestes ».

« En particulier dans la mesure où les nouveaux variants d’un virus sont davantage susceptibles de faire leur apparition dans les pays pauvres en vaccins, les pays riches en vaccins devraient avoir l’incitation forte d’offrir leurs doses excédentaires plutôt que de les stocker » sur leurs territoires respectifs.

Un employé du Centre national de Bio-préparations, Biocen, prépare des vaccins cubains Soberana Plus contre la COVID-19 avant de les emballer, à Bejucal, à Cuba, le 15 juillet 2022. (Crédit : AP/Ramon Espinosa)

Le professeur Raanan Sulitzeanu-Kenan, de l’Université hébraïque, explique au Times of Israel que « ce que nous avons découvert, c’est que dans les circonstances actuelles, c’est dans le meilleur intérêt des grands pays de donner leurs vaccins parce qu’à moyen-terme – d’ici un an ou deux ans – le coût sera pour eux, in fine, moins important en matière de vies et en matière d’argent, si on compare cette hypothèse avec celle qu’ils ne les offrent pas. »

Les États-Unis et les autres superpuissances ont donné des vaccins dans le cadre de l’initiative COVAX. Mais le processus a été trop long et il est trop insuffisant, conclut Sulitzeanu-Kenan avec ses collègues Adam Lampert, Pieter Vanhuysse et Markus Tepe.

Sulitzeanu-Kenan et son équipe ont modélisé plusieurs variables pour évaluer la pertinence des dons de vaccins aux pays moins riches du monde.

Ils ont écrit que l’étude est importante dans la mesure où la pandémie a été caractérisée par « une distribution de vaccins excessivement inéquitable ». Ils s’attendent à ce que de nombreuses populations manquent de vaccins jusqu’au milieu de l’année 2023 et ils établissent que « parce que 85 % de la population mondiale réside dans des pays à faible revenu ou à moyen revenu, la majorité de l’Humanité reste exposée à des épidémies continues. Une situation qui augmente le risque de voir des variants supplémentaires de la COVID-19 apparaître, ce qui pourrait saper l’efficacité des vaccins existants ».

L’élément déterminant pour sauver des vies, selon le modèle, est d’éviter l’émergence des nouveaux variants. Ce sont dans les pays se prévalant d’un faible taux de vaccination que de nouvelles souches de la COVID sont le plus susceptibles d’apparaître, et ce sont ces souches qui peuvent potentiellement entraîner de nouvelles vagues d’infection contournant l’immunité existante et prolongeant la pandémie.

Le professeur Raanan Sulitzeanu-Kenan de l’université Hébraïque. (Autorisation : Prof. Raanan Sulitzeanu-Kenan)

L’une des questions posées à la base par Sulitzeanu-Kenan a été celle de la vitesse de l’émergence de nouveaux variants. S’ils n’étaient que peu nombreux, l’inquiétude pourrait alors être moins forte, ce qui limiterait la portée des dons de vaccins, selon le modèle. Mais son analyse montre toutefois que les variants apparaissent aujourd’hui suffisamment rapidement pour signifier que les pays riches bénéficieraient véritablement, en termes de gestion du risque, du don de vaccins aux États plus pauvres.

Une autre variable importante est le niveau d’immunité maximal pouvant être obtenu dans les pays en voie de développement. L’étude conclut que si un taux de vaccination de plus de 75 % des populations pouvait être obtenu dans tous ces pays, le risque de voir apparaître de nouveaux variants sera probablement réduit de manière significative, ce qui ferait aussi baisser, en conséquence, le nombre de cas – ce qui irait fortement dans l’intérêt des pays donateurs.

La considération à prendre absolument en compte par les pays qui s’efforcent de déterminer l’intérêt qu’ils tireront d’un don, c’est de déterminer si ce don seul présentera le potentiel nécessaire pour réduire la possibilité de l’émergence de nouveaux variants. Pour Sulitzeanu-Kenan, la réponse à cette question est incontestablement « oui » pour les États les plus importants.

Pour les petits pays comme Israël, tout don serait trop modeste pour avoir un impact sur les intérêts nationaux, laisse entendre Sulitzeanu-Kenan. (Il souligne encore une fois que les questions morales et éthiques se sont pas entrées en compte dans son étude).

« Cela pourrait être le bon choix à faire pour les grands pays riches qui peuvent faire la différence », continue-t-il. « Cela pourrait être le cas pour les États-Unis, le Royaume-Uni, la Chine, le Japon – un don fait par Israël n’aura pas le même impact ».

Photo d’illustration : Une unité de prise en charge du coronavirus à l’hôpital Martini de Mogadishu, en Somalie, le 24 février 2021. (Crédit : AP Photo/Farah Abdi Warsameh)

Sulitzeanu-Kenan indique que, selon son modèle, les responsables de la santé à l’international ont finalement fait une erreur en appelant tous les pays à donner. Avec un appel d’une telle portée, aucun pays n’a ressenti de manière particulière qu’il se trouvait sous les feux des projecteurs.

« Rétrospectivement, les responsables de la Santé auraient dû approcher les États-Unis et l’Union européenne en premier lieu », dit Lampert. « Cela aurait été préférable de leur recommander de faire des dons généreux et rapides, en disant que s’ils ne faisaient pas un don majeur, alors rien ne pourrait arriver et que les autres, de leur côté, ne donneraient rien ».

« Cette étude est théorique. Ce que nous prévoyons de faire maintenant, c’est évaluer l’opinion publique de manière à voir si elle pourrait soutenir les politiques dont nous discutons actuellement. Et même avant cela, nous espérons que notre étude pourra influencer les décisionnaires politiques », ajoute-t-il.

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