L’Ukraine honore le nationaliste dont les troupes ont assassiné des juifs
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L’Ukraine honore le nationaliste dont les troupes ont assassiné des juifs

Un hommage a été rendu à Symon Petliura, homme d’état des années 1920 accusé de la mort de 50 000 juifs

Symon Petliura, homme d'état des années 1920 accusé du meurtre de 50 000 compatriotes juifs. (Crédit : capture d'écran YouTube)
Symon Petliura, homme d'état des années 1920 accusé du meurtre de 50 000 compatriotes juifs. (Crédit : capture d'écran YouTube)

Au milieu d’un débat clivant en Ukraine sur les honneurs rendus par l’Etat aux nationalistes vus comme responsables de pogroms antisémites, le pays a observé pour la première fois une minute de silence en mémoire de Symon Petliura, un homme d’état des années 1920 accusé du meurtre de 50 000 juifs ukrainiens.

La minute de silence a été observée le 25 mai, le jour du 90e anniversaire de l’assassinat de Petliura à Paris. Les chaînes de télévision nationales ont interrompu leurs programmes et ont diffusé une image de bougie allumée pendant 60 secondes, a annoncé l’agence de presse Federal d’Ukraine.

Un tribunal français avait acquitté du meurtre Sholom Schwartzbard, juif né en Russie, même s’il l’avait avoué quand la cour avait découvert que Petliura avait été impliqué, ou avait au moins eu connaissance, de pogroms commis par des membres de sa milice, combattant pour l’indépendance de l’Ukraine vis-à-vis de la Russie dans les années 1917 à 1921.

Quinze des membres de la famille de Schwartzbard avaient été assassinés dans les pogroms.

D’autre part, le directeur de l’Institut du souvenir national d’Ukraine, Vladimir Vyatrovich, a déclaré lundi dans un communiqué que Kiev baptiserait bientôt des rues du nom de deux autres nationalistes, Stepan Bandera et Roman Shukhevych, qui seraient responsables de violences mortelles contre des juifs. Une autre rue a été baptisée Janusz Korczak, le nom d’auteur d’Henryk Goldszmit, un enseignant juif polonais qui a été assassiné à Auschwitz.

Bandera et Shukhevych ont collaboré avec les forces nazies qui occupaient ce qui est aujourd’hui l’Ukraine, et auraient commandé les troupes qui ont tué des milliers de juifs. Autrefois vus par les autorités ukrainiennes comme illégitimes pour servir de modèles à cause de leurs crimes de guerre contre les juifs et les Polonais, Petliura, Bandera et Shukhevych sont à présent ouvertement honorés en Ukraine suite à la révolution nationaliste de 2014.

Eduard Dolinsky, directeur du Comité juif ukrainien, a condamné le projet de baptême de rues aux noms de Bandera et Shukhevych.

« Mes compatriotes devraient savoir que Bandera et Shukhevych me considéraient moi et tous les juifs ukrainiens, enfants, femmes, personnes âgées, comme des ennemis des Ukrainiens », a-t-il écrit sur Facebook.

Pendant le soulèvement de 2014, les manifestants ont renversé le gouvernement du président Viktor Ianoukovytch, perçu par ses détracteurs comme un pion corrompu au service des Russes. La révolution a déclenché une vague de sentiment nationaliste et avec elle le changement de noms de rues et des évènements mémoriels pour ces trois hommes et leurs pairs dans toute l’Ukraine, où ils ont été honorés pour avoir combattu la domination russe.

Le sujet est clivant parmi les juifs et non juifs d’Ukraine, où 40 % de la population est russe, et où des milliers de personnes sont mortes depuis que les séparatistes, soutenus par la Russie, ont déclenché en 2014 un conflit entre l’Ukraine et la Russie.

Efraim Zuroff, le directeur pour Israël du centre Simon Wiesenthal, et certains dirigeants juifs ukrainiens ont protesté contre cette tendance, parlant de blanchiment de l’implication dans des meurtres antisémites par des Ukrainiens et des nazis.

Mais d’autres dirigeants juifs ukrainiens, dont Josef Zissels, président de l’organisation Vaad des juifs ukrainiens, affirment que la préoccupation à ce sujet « mène à une mise en cause inutile qui ne sert que la rétrospection et n’offre pas de vision du futur » dans un pays où les juifs jouissent de droits égaux et souffrent de moins d’agressions antisémites que dans beaucoup d’autres états européens, a déclaré le mois dernier Zissels à JTA.

Pendant un débat sur le sujet organisé la semaine dernière à Kiev, Zissels a déclaré qu’il doutait « que les livres juifs décrivent ce que certains juifs ont fait aux Ukrainiens » de la manière dont ils décrivent les atrocités ukrainiennes contre les juifs. En Ukraine, beaucoup pensent que les juifs communistes sont en partie responsables de l’oppression soviétique.

Dolinsky a condamné la déclaration de Zissel, disant qu’elle créait une fausse équivalence morale et perpétuait des stéréotypes antisémites. Les juifs soviétiques, a-t-il affirmé sur Facebook, ont opprimé les Ukrainiens non pas en tant que juifs mais en tant que soviétiques, avec d’autres fonctionnaires de différentes origines, alors que les nationalistes ukrainiens ont assassiné des juifs sous la bannière nationaliste ukrainienne.

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