Mahmoud Abbas, le « pacificateur » absent
Rechercher
Opinion

Mahmoud Abbas, le « pacificateur » absent

Les États-Unis ont invité à plusieurs reprises le leader palestinien à se réengager et à défendre les intérêts de son peuple. N'est-ce pas censé être son objectif ?

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Le chef de l'Autorité palestinienne  Mahmoud Abbas lors d'une réunion conjointe des dirigeants palestiniens suite à la normalisation des liens entre Israël et les Emirats arabes unis (Autorisation : Wafa)
Le chef de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas lors d'une réunion conjointe des dirigeants palestiniens suite à la normalisation des liens entre Israël et les Emirats arabes unis (Autorisation : Wafa)

Que s’est-il passé dans la tête de Mahmoud Abbas, me suis-je demandé, alors qu’il regardait probablement l’inspirante cérémonie de normalisation à la Maison Blanche mardi, retransmise en direct à la télévision palestinienne ?

Pensait-il que ça aurait pu être lui, là-haut sur le balcon, faisant la paix avec Israël, si seulement il avait répondu à l’offre extraordinaire et précipitée du Premier ministre Ehud Olmert en 2008 ? Pensait-il que cela aurait pu être lui, s’il avait pleinement profité du gel des implantations pendant dix mois en 2009-2010 imposé par le président américain Obama au Premier ministre Benjamin Netanyahu, profondément réticent, plutôt que de gaspiller les neuf premiers mois en refusant de négocier ?

Abbas déclare avec suffisance qu’il ne veut pas être le leader qui a vendu la cause palestinienne, le leader qui a trahi les intérêts de son peuple. Mais c’est précisément ce qu’il a fait au cours des seize années qui se sont écoulées depuis qu’il a succédé à Yasser Arafat, ce participant fourbe à une précédente cérémonie des accords de la Maison Blanche.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, le président américain Donald Trump et le ministre des Affaires étrangères des EAU Abdullah bin Zayed Al-Nahyan sourient alors qu’ils participent à la signature des Accords d’Abraham à la Maison Blanche, le 15 septembre 2020. (SAUL LOEB / AFP)

Contrairement à Arafat, Abbas n’a pas directement orchestré des actes de terrorisme. Mais lui et son establishment ont incité sans relâche à la violence contre l’État juif, en bafouant sa légitimité historique et en étant le principal instigateur de ce que le président américain Donald Trump, dans son discours, a qualifié avec justesse de mensonges constants « qu’Al-Aqsa était attaquée ». Ces mensonges, « transmis de génération en génération », a déclaré M. Trump, ont alimenté « un cercle vicieux de terreur et de violence » dans cette région et au-delà. Et ce faisant, Abbas a stratégiquement choisi, aussi clairement qu’Arafat, de ne pas préparer son peuple aux compromis nécessaires pour forger une paix viable avec Israël.

Bien qu’il ait refusé de négocier et qu’il ait, lors d’une brève réunion, tenu des positions telles que la demande intenable d’un « droit de retour » en Israël pour des millions de Palestiniens, sa main s’est affaiblie. D’un côté, comme Jared Kushner l’a dit au monde la semaine dernière, l’entreprise d’implantations israéliennes a progressivement grignoté « les terres de Cisjordanie… et il est peu probable qu’ils les cèdent un jour ». Et d’autre part, comme l’ont démontré avec force les événements remarquables de mardi, des parties croissantes du monde arabe démêlent progressivement leurs propres priorités nationales de celles des Palestiniens intransigeants.

Le rejet d’Abbas s’avère désastreux non seulement pour son peuple mais aussi pour le nôtre. Il est tout à fait raisonnable de se réjouir de la bonne volonté et de l’engagement en faveur d’un meilleur avenir partagé qui ont été exposés à la Maison Blanche, et de déplorer simultanément que le leadership du voisin à notre porte glisse de plus en plus dans les bras des forces obscures de la région.

Jared Kushner (à gauche) rencontre le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas à Ramallah, le 21 juin 2017. (Bureau de presse de l’AP).

Sa main s’affaiblit et le temps presse pour Abbas, qui a maintenant atteint le milieu de ses 80 ans. Mais il n’est pas trop tard. Comme Obama en 2009, l’administration Trump et les EAU se sont associés pour lui donner une autre chance, en imposant un autre type de gel sur un Netanyahu réticent : l’application de la souveraineté israélienne aux 30 % de la Cisjordanie alloués à Israël dans le plan de paix Trump a été suspendue indéfiniment – enfin jusqu’à au moins 2024, selon des sources bien informées qui se sont confiées au Times of Israël ces derniers jours.

Les États-Unis ont invité à plusieurs reprises Abbas à se réengager, pour défendre les intérêts de son peuple. N’est-ce pas censé être son objectif ? En l’absence insistante d’Abbas, comme l’a expliqué Kushner dans son briefing d’une franchise saisissante la semaine dernière : « Nous avons dessiné ce que nous pensions être une carte réaliste… Nous avons joué le jeu comme il se doit, n’est-ce pas ? »

Je me demande ce qui est passé par la tête de Mahmoud Abbas mardi. Veut-il vraiment mêler le sort de son peuple avec les terroristes de Gaza (qui ont jugé bon de tirer des roquettes sur Israël pendant et après la cérémonie), le Hezbollah et Téhéran ? Attend-il que Trump perde, et si oui, dans l’espoir qu’un président Biden fasse quoi exactement ? A-t-il une stratégie quelconque ?

A-t-il même suivi la cérémonie à la télévision ?

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...