Malgré les accusations de viol, la cérémonie d’Etat pour un ministre assassiné aura lieu
Rechercher

Malgré les accusations de viol, la cérémonie d’Etat pour un ministre assassiné aura lieu

Certains avaient appelé à l’annulation des cérémonies après la diffusion d’un reportage accusant Rehavam Zeevi, tué par des Palestiniens en 2001, d’avoir violé des soldates et d’être lié au milieu criminel

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

L'ancien ministre du Tourisme Rehavam Zeevi, assassiné par le FPLP en 2001. (Crédit : Flash90)
L'ancien ministre du Tourisme Rehavam Zeevi, assassiné par le FPLP en 2001. (Crédit : Flash90)

L’ancien ministre Rehavam Zeevi, un général israélien qui a fondé le parti ultranationaliste Moledet et défendu le transfert des Arabes en-dehors d’Israël, a été un personnage controversé pendant toute sa carrière.

Mais après avoir été assassiné par des terroristes palestiniens en 2001, alors qu’il était ministre du Tourisme, Zeevi, surnommé ironiquement Gandhi, est entré dans les annales de l’histoire sioniste et a été canonisé comme un vrai héros israélien. Des routes portent son nom, un programme scolaire obligatoire a été écrit et des lois ont été votées pour inscrire sa mémoire dans les cérémonies du souvenir annuelles de l’Etat.

Cette année, plusieurs politiques et personnages publics israéliens ont cependant appelé à l’annulation des commémorations publiques, prévues jeudi après-midi, suite à la diffusion en avril d’un reportage d’investigation qui détaillait les accusations sérieuses, notamment de viol et d’intimidation, portées contre Zeevi.

Ces accusations ont été rendues publiques dans l’émission de reportages Uvda (fait) de la Deuxième chaîne, qui a diffusé un témoignage anonyme d’une soldate qui affirmait avoir été violée par Zeevi quand il était général de l’armée israélienne.

Le programme affirmait que plusieurs officiers supérieurs étaient informés de l’incident, et avaient aidé Zeevi à cacher son crime. De nombreuses autres femmes étaient également citées, accusant Zeevi d’intimidation et de harcèlement.

Portrait de Rehavam Zeevi, alors ministre du Tourisme, le 11 mars 2001. (Crédit : Flash90)
Portrait de Rehavam Zeevi, alors ministre du Tourisme, le 11 mars 2001. (Crédit : Flash90)

Le reportage détaillait plusieurs incidents dans lesquels Zeevi aurait utilisé des méthodes coercitives violentes pour effrayer ceux qui étaient en travers de son chemin.

Selon Uvda, Zeevi affirmait qu’il avait conspiré avec le parrain du crime Tuvia Oshri pour mettre en place un engin explosif devant le domicile de Sylvie Keshet, journaliste d’investigation qui l’avait critiqué. Personne n’a jamais été accusé du crime. De plus, Eitan Haber, proche associé du Premier ministre assassiné Yitzhak Rabin, a déclaré que Zeevi avait une fois pointé un révolver sur sa tête pendant une dispute.

Après la diffusion du reportage, la présidente du Meretz, parti de gauche, Zehava Galon, a déclaré que son parti tenterait de faire annuler la journée annuelle de commémoration. Shelly Yachimovich, députée de l’Union sioniste et ancienne dirigeante du Parti travailliste, a déclaré qu’elle soutenait ces efforts, écrivant sur Twitter que Zeevi « est mort mais ses victimes sont vivantes, effrayées, alors que leurs filles et petites-filles étudient son terrible héritage. »

Malgré ces efforts, les évènements commémoratifs, qui marquent cette année les 15 ans de l’assassinat de Zeevi par quatre hommes armés dans un hôtel de Jérusalem, au plus fort de la Seconde Intifada palestinienne, se dérouleront jeudi comme prévu.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le président Reuven Rivlin devraient assister à la cérémonie publique officielle à 15h00 au cimetière du mont Herzl à Jérusalem, où Zeevi est enterré. Netanyahu se rendra ensuite à la Knesset pour une session spéciale où il prononcera un discours d’hommage à Zeevi, tout comme le président de la Knesset, Yuli Edelstein, et le chef de l’opposition, Isaac Herzog.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant une cérémonie d'hommage à Rehavam Zeevi, ancien ministre assassiné, à la Knesset, le 12 octobre 2010. (Crédit : Abir Sultan/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant une cérémonie d’hommage à Rehavam Zeevi, ancien ministre assassiné, à la Knesset, le 12 octobre 2010. (Crédit : Abir Sultan/Flash90)

Yael Dayan, ancienne députée qui est apparue dans le reportage d’Uvda, a décrit les cérémonies comme une « erreur qui doit être réparée ».

« L’erreur a été de transformer Gandhi en symbole national et positif de l’Etat. C’est une honte que nous avons l’obligation de réparer », a-t-elle déclaré à la radio militaire mardi matin. « On peut se souvenir de lui, mais sans les honneurs de l’Etat. »

Ksenia Svetlova, députée de l’Union sioniste, a déclaré que tenir une cérémonie officielle à la Knesset envoyait un message, que les députés n’étaient pas prêts à défendre les femmes qui font des accusations de harcèlement sexuel. « Nous n’avons pas à effacer tout son héritage, mais nous devrions cesser la cérémonie à la Knesset », a-t-elle déclaré à la radio militaire.

Répondant aux appels à ne pas participer à la cérémonie et à annuler son discours, Herzog a déclaré qu’il était possible de faire une différence entre l’homme et l’assassinat.

En tant que chef de l’opposition, Herzog « prononcera un discours à la cérémonie, en conformité avec le protocole de la Knesset », a annoncé son bureau dans un communiqué.

Herzog « voit l’importance de la séparation entre le meurtre d’un ministre israélien par des terroristes palestiniens, ce qui ne doit jamais être oublié et doit être commémoré, et les accusations sérieuses portées contre le ministre », a-t-il ajouté.

Zeevi a combattu pendant la guerre d’Indépendance d’Israël en 1948, et était membre de l’état-major de l’armée israélienne pendant la guerre des Six Jours en 1967. Rabin, qui était chef d’Etat-major, l’a promu au rang de général de brigade après la guerre.

Elevé dans une famille sioniste socialiste, Zeevi est devenu plus belliqueux au fil des ans. Pendant les années 1990, il défendait le concept de relocalisation des Arabes israéliens et des Palestiniens en dehors des frontières de l’Etat d’Israël et de la Cisjordanie.

Rehavam Zeevi (left) shakes hands with former prime minister Yitzhak Shamir. (photo credit: Moshe Shai/Flash90)
Rehavam Zeevi (à gauche) avec l’ancien Premier ministre Yitzhak Shamir. Photographie non datée. (Crédit : Moshe Shai/Flash90)

Uri Ariel, ministre de l’Agriculture et membre du parti HaBayit HaYehudi, a déclaré qu’il s’opposerait aux tentatives de mettre fin aux commémorations. Il avait critiqué le reportage d’Uvda au moment de sa diffusion, en raison de l’incapacité de Zeevi de répondre aux accusations. Zeevi a fondé le parti Moledet, qui a ensuite fait partie de l’Union nationale, qui représente actuellement une tendance du parti HaBayit HaYehudi.

« Le général Rehavam Zeevi a dédié sa vie à protéger la sécurité d’Israël », avait à l’époque écrit Ariel sur Facebook. « Il est inapproprié de détruire sa réputation alors qu’il ne peut pas répondre. »

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...