Malgré les objections d’Israël, l’UNRWA relance l’enseignement à Gaza
L’agence onusienne, accusée d’inculquer la haine d’Israël, rouvre des écoles alors que le système géré par le Hamas reste paralysé et que les écoles privées peinent à combler le vide
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Après deux années de guerre qui ont presque entièrement paralysé le système éducatif dans la bande de Gaza, les jeunes Gazaouis reprennent peu à peu le chemin de l’école. Des dizaines de milliers d’entre eux ont réintégré les établissements gérés par l’agence des Nations unies, accusée depuis des dizaines d’années d’inculquer la haine d’Israël aux Palestiniens, selon ses détracteurs.
Quelque 30 000 élèves ont ainsi repris les cours en présentiel dans des écoles gérées par l’Office de secours et de travaux des Nations unies (UNRWA), a indiqué Adnan Abu Hasna, porte-parole de l’agence à Gaza.
D’autres enfants sont scolarisés dans des établissements créés par diverses organisations humanitaires, tandis que plusieurs écoles privées payantes ont ouvert leurs portes. Le système public administré par le gouvernement du Hamas, qui comptait environ 300 000 élèves avant la guerre, demeure toutefois fermé.
Les écoles de l’UNRWA n’ont pas pu accueillir leurs élèves dans des salles de classe équipées de bureaux et de tableaux, la plupart des bâtiments ayant été endommagés par la guerre ou transformés en refuges pour personnes déplacées.
Les images en provenance de Gaza montrent des enfants assis à même le sol, dans des structures partiellement détruites ou sous des tentes de fortune.
Un rapport présenté au Conseil des droits de l’homme de l’ONU en juin dernier estimait que plus de 90 % des écoles et universités de Gaza avaient été endommagées, voire complètement détruites, par les opérations militaires israéliennes – frappes aériennes, bombardements, incendies et démolitions contrôlées.
???? Palestinian children are trying to continue their education under difficult conditions in a UNRWA building in Deir al-Balah, Gaza
???? Educational activities have been suspended in Gaza for nearly 2 years, as bombs have destroyed most schools, and the remaining buildings have… pic.twitter.com/GX5kgKhti2
— Anadolu English (@anadoluagency) November 5, 2025
De nombreuses familles déplacées continuent aujourd’hui de se réfugier dans les bâtiments de l’UNRWA qui n’ont pas été détruites, empêchant un retour complet à la normale. Conscient de cette réalité, Adnan Abu Hasna reconnaît les obstacles mais refuse de céder au découragement.
« Nous faisons avec les moyens du bord », a-t-il déclaré au Times of Israel lors d’un entretien au Caire, où il s’est installé pendant la guerre après avoir fui Gaza.
« Nous avons commencé en 1949 dans des tentes, et aujourd’hui, nous repartons des tentes », a-t-il ajouté, en référence à l’année de création de l’agence.
Créée pour venir en aide aux Palestiniens déplacés pendant la guerre d’indépendance de 1948, l’UNRWA continue de fournir une éducation et des soins gratuits à des millions de réfugiés et à leurs descendants à Gaza, en Cisjordanie, au Liban, en Syrie et en Jordanie.
Plus de la moitié des quelque 550 000 élèves pris en charge par l’UNRWA vivent dans la bande de Gaza. En 2022, environ 300 écoles accueillaient 290 000 élèves gazaouis, sur les près de 600 000 enfants scolarisés que comptait le territoire avant la guerre. Seuls les descendants de réfugiés peuvent fréquenter les établissements de l’UNRWA.
La majorité des élèves non inscrits dans les écoles de l’agence suivaient auparavant des cours dans les écoles publiques, qui ont continué d’appliquer le programme de l’Autorité palestinienne (AP) même après la prise de pouvoir du groupe terroriste palestinien du Hamas à Gaza.
Des études menées depuis plusieurs années ont révélé que le matériel pédagogique utilisé dans les écoles de l’AP et de l’UNRWA, à Gaza comme en Cisjordanie, incitait à la violence contre Israël, délégitimait l’État hébreu et contenaient des propos antisémites ou racistes.
L’agence utilise en effet les manuels scolaires de l’AP. Ces manuels ont été jugés problématiques, car ils ne reconnaissent pas Israël et glorifient les attaques contre les Israéliens.
Une étude menée avant le 7 octobre 2023 sur des supports pédagogiques supplémentaires rédigés par l’UNRWA spécifiquement pour Gaza révélait également des contenus problématiques.
Marcus Sheff, PDG de l’organisme de surveillance des programmes scolaires IMPACT-SE, a indiqué au Times of Israel qu’il était plus que probable que l’UNRWA continue à utiliser les supports pédagogiques problématiques de l’AP à Gaza, en dépit de ses promesses de réforme et de suppression des contenus incitant à la violence.
« Ces manuels scolaires sont antisémites et incitent à la violence », a-t-il expliqué au Times of Israel. « Comme nous l’avons souligné à maintes reprises, l’UNRWA manque à son devoir de diligence envers les élèves qu’elle éduque et envers la communauté internationale. »
Adnan Abu Hasna a rejeté ces accusations. « Nous disposons d’une plateforme publique qui présente l’ensemble de notre programme scolaire, et celui-ci est parfaitement irréprochable. Il ne contient aucune incitation à la violence et aborde l’égalité, les droits de l’homme et les questions de genre », a-t-il affirmé.
Le site web de l’UNRWA ne présente qu’une partie des supports pédagogiques qu’elle utilise et ne mentionne pas certains manuels ou thématiques sensibles.
À la suite de l’invasion et du pogrom perpétrés par le Hamas dans le sud d’Israël le 7 octobre 2023, et pendant la guerre qui a suivi à Gaza, Israël a intensifié ses efforts pour fermer l’UNRWA. Il a accusé l’agence de collaborer avec le Hamas, fournissant des preuves de l’implication directe de plusieurs de ses employés dans les atrocités commises ce jour-là ainsi que dans les combats contre Israël.
Début 2025, Israël a adopté une loi interdisant à ses institutions et à ses fonctionnaires toute coopération avec l’organisation et prohibant toute activité de l’UNRWA sur le territoire israélien. La mesure ne s’applique toutefois pas à la Cisjordanie ni à la bande de Gaza.
Le mois dernier, la Cour internationale de justice (CIJ) a rendu un avis consultatif stipulant qu’Israël est légalement tenu de permettre à l’UNRWA de fournir une aide humanitaire à Gaza. La Cour n’a trouvé aucune preuve que l’agence a enfreint les obligations de neutralité énoncées à l’article 59 de la quatrième Convention de Genève, qui proscrit toute discrimination dans la distribution d’aide et de services humanitaires.
Les écoles publiques restent fermées
À l’exception de quelques établissements ayant rouvert pendant le cessez-le-feu de deux mois en janvier et février, les écoles publiques de Gaza demeurent essentiellement fermées depuis le début de la guerre, déclenchée par le pogrom du Hamas le 7 octobre 2023.
L’UNRWA affirme avoir continué d’assurer un enseignement à distance, tout au long de la guerre, permettant aux élèves de télécharger du matériel pédagogique sur leurs téléphones portables. Selon l’agence, plusieurs centaines de milliers d’élèves gazaouis auraient eu recours à cette méthode d’apprentissage en ligne.
L’organisation reconnaît toutefois que cette solution reste très limitée, car elle ne s’adresse qu’à ceux disposant d’un téléphone mobile et d’un accès régulier à l’électricité.
L’AP a elle aussi lancé un programme d’enseignement à distance pour les élèves de Gaza. D’après une étude consacrée à ce dispositif, certains supports éducatifs spécialement conçus pour la période de guerre contenaient des propos anti-israéliens et anti-juifs.
Le retour progressif des élèves dans les salles de classe ces dernières semaines marque une reprise partielle de l’enseignement en présentiel, selon les responsables de l’UNRWA.
« Nous avons ouvert 467 centres d’apprentissage dans la bande de Gaza, installés dans 67 refuges pour personnes déplacées », a précisé Adnan Abu Hasna. « Huit mille enseignants y travaillent, et les cours sont organisés en deux sessions : l’une le matin, l’autre l’après-midi. »
L’agence n’opère que dans les zones où l’armée israélienne s’est retirée – principalement le centre de la bande de Gaza, Khan Younès et Gaza-City.
« Il nous est impossible de travailler dans les zones sous contrôle militaire ou jugées non sécurisées, mais la plupart des habitants se trouvent aujourd’hui dans la partie occidentale de Gaza. Nous faisons avec les moyens du bord, et même si nous manquons de livres, nos activités ont repris », a-t-il ajouté.
Les écoles autrefois administrées par le gouvernement de Gaza, contrôlé par le Hamas, n’ont-elles, pas encore rouvert leurs portes.
Ni les autorités de Gaza ni le Hamas n’ont publié de déclaration officielle concernant la réouverture des écoles publiques, et aucune preuve visuelle ne permet de confirmer une telle initiative.
Izz al-Din Shehab, un habitant du centre de Gaza, a confié au Times of Israel que certains anciens enseignants du secteur public s’étaient portés volontaires pour dispenser des cours aux élèves du primaire.
Le plan d’après-guerre élaboré par la Maison Blanche pour Gaza ne précise pas clairement à qui reviendra la responsabilité du système éducatif ni si l’UNRWA sera autorisée à poursuivre ses activités dans ce domaine.
Le texte prévoit que les affaires civiles – dont l’éducation – soient gérées par une commission administrative temporaire composée de technocrates palestiniens chargés de gouverner la bande de Gaza.
Selon les médias arabes, cette commission aurait été retardée par des rivalités internes entre le Hamas et l’Autorité palestinienne, ainsi que par des désaccords persistants entre responsables palestiniens et israéliens sur sa composition et sa direction.
Pas de supervision, mais des frais de scolarité
En dehors de l’UNRWA, de nombreuses autres organisations sont désormais actives dans le secteur éducatif à Gaza. Certaines sont des groupes humanitaires impliqués depuis la guerre, qui ont depuis élargi leurs activités. D’autres n’ont commencé à opérer dans l’éducation que récemment, profitant de la fin relative des combats pour ouvrir des écoles physiques.
Des images diffusées par Al Jazeera le 27 octobre montrent une école sous tentes à Deir al-Balah, gérée par l’organisation caritative musulmane britannique Human Appeal. Le 30 octobre, Fayez Abu Shamala, ancien maire de Khan Younès, s’est filmé visitant une école de la ville administrée par l’organisation humanitaire américaine LIFE.
D’autres séquences montrent des écoles dont la direction n’est pas clairement identifiée, comme celle récemment ouverte dans le quartier de Zeitoun à Gaza-City, où environ 300 élèves seraient scolarisés selon un reportage d’Al Jazeera du 2 novembre.
On ignore quels programmes scolaires sont utilisés dans ces établissements, qu’ils soient gérés par des organisations humanitaires ou d’autres acteurs locaux. Aucune de ces organisations n’a publié de détails sur son matériel pédagogique sur son site web ou dans des déclarations officielles, et aucune autorité ne supervise ou ne contrôle actuellement ce qui est enseigné.
Si la plupart des deux millions d’habitants de Gaza se trouvent dans la partie occidentale de la bande de l’enclave, sous le contrôle du Hamas, des dizaines de milliers de civils vivraient également dans des zones contrôlées par Tsahal ou dans quatre secteurs administrés par des milices locales soutenues par Israël, selon les évaluations du ministère israélien de la Défense.
La plus ancienne de ces milices, dirigée par Yasser Abu Shabab, aurait ouvert une école il y a plusieurs mois, accueillant quelques centaines d’élèves.
Des images diffusées en août montraient des enfants y suivant des cours axés sur la tolérance et la paix. Selon les membres de la milice, les manuels proviennent d’Israël.
Selon plusieurs habitants, des écoles privées et des jardins d’enfants payants ont également rouvert à travers la bande de Gaza. Avant la guerre, une petite proportion d’écoles privées facturaient des frais mensuels, tandis que les établissements publics ou ceux de l’UNRWA étaient gratuits, à l’exception de contributions symboliques.
Les écoles privées de Gaza ne pouvaient fonctionner, avant le conflit, qu’après obtention d’une licence délivrée par le gouvernement local. Aujourd’hui, elles fonctionnent sans contrôle et nombre d’entre elles semblent être des entreprises à but lucratif gérées par des hommes d’affaires locaux. Or, avec la fermeture prolongée des écoles publiques et le nombre limité de places dans les établissements gratuits administrés par des organisations caritatives, de nombreux parents gazaouis n’ont d’autre choix que de payer pour la scolarité de leurs enfants.
« Je ne sais pas si je vais pouvoir continuer à payer », confie Anas Arafat, père de trois enfants vivant à Gaza-City, qui a récemment inscrit son fils de six ans dans une école privée. « Le manque de revenus rend les choses difficiles. »
Son plus jeune fils, âgé de cinq ans, lui demande sans cesse quand il pourra aller à la maternelle. Mais avec des frais de scolarité de 800 shekels par mois, auxquels s’ajoutent 500 shekels d’inscription, cet avocat au chômage estime que cela n’est pas tenable.
« Il ne cesse de me demander quand je vais l’inscrire, mais les prix sont trop élevés alors que nous n’avons aucun revenu », explique Arafat.
Moein Hilu, un autre habitant de Gaza-City, souligne que malgré les frais, plusieurs écoles maternelles et primaires privées fonctionnent encore sous tentes en raison de l’ampleur des destructions dans la bande de Gaza.
Les écoles ne sont qu’un aspect de la vie quotidienne à Gaza qui mettra du temps à se remettre de la guerre, a-t-il souligné.
« Les écoles publiques n’ont pas encore rouvert leurs portes ; elles abritent toujours les déplacés. La plupart des habitants de Gaza n’ont même pas accès à l’eau courante », ajoute-t-il. « Gaza est détruite dans tous les sens du terme. »
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