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Analyse

Meloni se présente comme une grande partisane d’Israël et rejette son passé fasciste

La dirigeante du parti Fratelli d'Italia a souligné ses liens avec le Likud ; Israël, qui a boycotté d'autres dirigeants d'extrême droite européens, n'a pas encore réagi

La favorite des élections italiennes, Giorgia Meloni, s'exprimant lors d'un meeting de campagne, à Palerme, en Sicile, le 20 septembre 2022. (Crédit : Igor Petyx/ANSA/AFP)
La favorite des élections italiennes, Giorgia Meloni, s'exprimant lors d'un meeting de campagne, à Palerme, en Sicile, le 20 septembre 2022. (Crédit : Igor Petyx/ANSA/AFP)

L’Italienne Giorgia Meloni, qui est en passe de devenir la première dirigeante d’extrême droite du pays depuis Mussolini pendant la Seconde Guerre mondiale, essaie depuis longtemps de prendre ses distances avec le passé fasciste de son parti et a indiqué qu’elle serait une fervente partisane d’Israël, se vantant même de ses liens avec le Likud.

Le parti Fratelli d’Italia (FdI) de Meloni est arrivé en tête des élections générales dimanche, remportant environ 26 % des voix ; sa coalition de droite semble prête à obtenir la majorité dans les deux chambres du Parlement.

Il n’y a pas encore eu de réaction de la part d’Israël, les résultats ayant été annoncés alors que le pays célébrait le Nouvel an juif. Mais Israël a déjà cherché par le passé à boycotter les partis européens d’extrême droite qui sont arrivés au pouvoir, comme il l’a fait avec le Parti de la liberté d’Autriche (FPÖ), fondé par d’anciens nazis.

Fratelli d’Italia, que Meloni a fondé en 2012, est un descendant politique du Mouvement social italien (MSI), formé par des partisans du dictateur fasciste Benito Mussolini après la Seconde Guerre mondiale. Sa popularité a grimpé en flèche. Il n’était qu’à 4 % il y a quatre ans. Le parti utilise un symbole représentant une flamme tricolore, emblème du MSI.

FdI a son siège à l’adresse Via della Scrofa, dans le centre de Rome, où le MSI avait installé ses bureaux en 1946, a rapporté The Guardian. Lors des élections locales organisées à Rome en octobre dernier, la petite-fille de Mussolini, Rachelle, membre du parti FdI, avait obtenu le plus grand nombre de voix pour le poste de conseiller municipal.

Les États-Unis et l’Union européenne ont indiqué lundi qu’ils étaient disposés à travailler avec Meloni, mais ont mis en garde contre d’éventuelles violations des droits de l’homme en Italie.

Ces derniers mois, Meloni a exprimé à plusieurs reprises son soutien à Israël et a cherché à minimiser les racines néo-fascistes de son parti.

Giorgia Meloni s’adressant aux journalistes sur la place du Panthéon, à Rome, le 16 mars 2016. (Crédit : AP Photo/Alessandra Tarantino/Dossier)

« Il y a plusieurs décennies que la droite italienne a relégué le fascisme à l’Histoire, en condamnant sans ambiguïté la privation de démocratie, les infâmes lois anti-juives et la tragédie de la Seconde Guerre mondiale », a-t-elle déclaré dans une récente interview accordée au journal Israel Hayom.

Elle répondait à une question sur les accusations selon lesquelles son parti serait néo-fasciste, et a souligné que si cette affirmation était « une affabulation ridicule d’une gauche désespérée », elle ne voulait cependant pas « esquiver la question », sachant combien elle peut être délicate pour les lecteurs [israéliens] ».

Ces commentaires font écho à une déclaration vidéo qu’elle a publiée en août, désavouant le fascisme.

« Pendant des années, j’ai également eu l’honneur de diriger le Parti conservateur européen », a-t-elle déclaré dans la vidéo, notant que ce groupement du Parlement européen « partage des valeurs et des expériences avec les Tories britanniques [le Parti conservateur au pouvoir], les Républicains américains et le Likud israélien ».

Son parti, a-t-elle ajouté, « condamne sans ambiguïté le nazisme et le communisme » et « s’oppose farouchement à toute dérive antidémocratique ». « Il y a plusieurs décennies que la droite italienne a relégué le fascisme à l’Histoire, en condamnant sans ambiguïté la privation de démocratie et les infâmes lois anti-juives », a-t-elle également déclaré.

Giorgia Meloni, dirigeante du parti Fratelli d’Italia, lors du rassemblement de clôture de la coalition de centre-droit à Rome, le 22 septembre 2022. (Crédit : AP Photo/Gregorio Borgia/Dossier)

La semaine dernière, Meloni a suspendu un candidat du parti qui avait publié sur Facebook, en 2014, une photo d’elle avec le slogan « L’Italie au-dessus de tout », en écrivant que « cela lui rappelle un grand homme d’État d’il y a 70 ans », et précisant qu’il ne faisait pas référence à Mussolini mais à un « Allemand ».

Dans l’interview qu’elle a accordée au quotidien israélien il y a dix jours, elle a déclaré qu’elle serait à la tête d’un « gouvernement de droite européen et occidental moderne » et a réaffirmé l’affiliation de son parti à d’autres factions conservatrices traditionnelles comme le « Likud de Benjamin Netanyahu, les Tories britanniques et les Républicains américains. »

Meloni a évoqué ses précédentes visites en Israël, notamment au Mémorial de Yad Vashem, qu’elle a décrit comme « prise de conscience ».

« Israël représente la seule démocratie du Moyen-Orient, et nous défendons sans aucune réserve son droit d’exister et de vivre en sécurité. Je crois que l’existence de l’État d’Israël est vitale, et Fratelli d’Italia fera tout son possible pour permettre une plus grande coopération entre nos pays », a-t-elle déclaré.

Dans une vidéo de 2020, Meloni a également promis de défendre le droit à l’existence d’Israël « sans l’ambiguïté honteuse de la gauche ».

Elle a déclaré à Israel Hayom qu’elle prévoyait de retourner en Israël prochainement, espérant se concentrer sur des collaborations et des stratégies communes, à commencer par celles concernant l’approvisionnement en gaz naturel par la Méditerranée orientale.

Cependant, elle a semblé rompre avec d’autres dirigeants de droite, tel que son probable partenaire de coalition Matteo Salvini, en indiquant qu’elle ne déplacerait probablement pas l’ambassade d’Italie de Tel Aviv à Jérusalem.

« C’est une question très sensible, sur laquelle je pense que le prochain gouvernement italien, comme tous ceux qui l’ont précédé, devra agir en synergie avec nos partenaires de l’Union européenne », a-t-elle déclaré.

L’Union européenne s’est catégoriquement opposée à une telle démarche.

Meloni s’est également exprimée contre l’antisémitisme croissant en Europe et a cherché à le dépeindre comme émanant principalement de la gauche et des immigrants islamiques.

« Je pense que l’une des manifestations les plus courantes de l’antisémitisme aujourd’hui est la propagande anti-israélienne, que les Juifs d’Europe sont le plus susceptibles de rencontrer en ligne. Les Juifs d’Europe sont également soumis à la menace provenant non seulement des factions d’extrême-gauche et d’extrême-droite, mais surtout des immigrants islamiques radicalisés qui se nourrissent du ressentiment à l’égard d’Israël », a-t-elle déclaré.

« Israël est et doit rester un allié crucial de l’Union européenne dans l’effort d’éradication de ce mal dans le monde. Nous soutenons les efforts visant à mieux faire comprendre aux jeunes étudiants l’histoire, la religion et la culture juives. Cela contribuera à l’élimination des préjugés sociétaux et à la pleine acceptation des coutumes juives en Europe », a-t-elle ajouté.

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