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Giorgia Meloni, une ex-fan de Mussolini conquiert l’Italie

"Nous gouvernerons pour tous les Italiens... Nous le ferons dans l'objectif d'unir le peuple", a assuré la présidente du parti Fratelli d'Italia, un mouvement à l'ADN post-fasciste

Des pages de journaux italiens avec des photos de la dirigeante du parti d'extrême-droite italien Fratelli d'Italia Giorgia Meloni, au lendemain de la victoire de son parti aux élections générales, à Rome le 26 septembre 2022. (Crédit : Vincenzo Pinto/AFP)
Des pages de journaux italiens avec des photos de la dirigeante du parti d'extrême-droite italien Fratelli d'Italia Giorgia Meloni, au lendemain de la victoire de son parti aux élections générales, à Rome le 26 septembre 2022. (Crédit : Vincenzo Pinto/AFP)

Probable future première ministre de l’Italie, Giorgia Meloni, présidente du parti Fratelli d’Italia (FDI), incarne un mouvement à l’ADN post-fasciste qu’elle a réussi à « dédiaboliser » pour arriver au pouvoir.

Sous la houlette de cette Romaine de 45 ans, FDI est devenu le premier parti du pays en raflant plus d’un quart des voix.

Aux législatives de 2018, FDI avait dû se contenter d’un maigre 4 % des voix, mais Meloni est parvenue depuis à rassembler sous son nom les mécontentements et frustrations des nombreux Italiens excédés par les « diktat » de Bruxelles, la vie chère et l’avenir bouché des jeunes.

Renvoyée par ses adversaires à sa longue expérience de militante dans la mouvance néo-fasciste, elle demandait à la foule pendant ses meetings de campagne si « elle leur faisait peur ».

Elle a tenu à rassurer dimanche soir après le vote dans une courte allocution à la presse où elle a multiplié les appels à l’apaisement et à la concorde nationale.

« Nous gouvernerons pour tous les Italiens… Nous le ferons dans l’objectif d’unir le peuple », a-t-elle assuré.

De fait, Meloni et son parti sont les héritiers du Mouvement social italien (MSI), parti néofasciste créé après la Seconde Guerre mondiale dont elle a repris, à la fondation de Fratelli d’Italia fin 2012, la flamme tricolore.

À 19 ans, elle avait affirmé à la chaîne française France 3 que le dictateur Benito Mussolini était « un bon politicien ».

Elle reconnaît encore aujourd’hui à Mussolini d’avoir « beaucoup accompli », sans l’exonérer de ses « erreurs » : les lois anti-juives et l’entrée en guerre. Mais elle dit aussi que dans son parti « il n’y a pas de place pour les nostalgiques du fascisme, ni pour le racisme et l’antisémitisme ».

La dirigeante des Fratelli d’Italia, Giorgia Meloni, applaudie sur scène lors d’un rassemblement commun des partis de droite italiens Fratelli d’Italia, Lega et Forza Italia, avant les élections générales du 25 septembre, à la Piazza del Popolo, à Rome, le 22 septembre 2022. (Crédit : Alberto Pizzoli/AFP)

« Je suis chrétienne »

Née à Rome le 15 janvier 1977, Giorgia Meloni entre en militance à l’âge de 15 ans dans les associations étudiantes classées très à droite, tout en travaillant comme baby-sitter ou comme serveuse.

En 1996, elle prend la tête d’une association lycéenne, Azione Studentesca, dont l’emblème est la Croix celtique.

En 2006, elle devient députée et vice-présidente de la chambre. Deux ans plus tard, elle est nommée ministre de la Jeunesse dans le gouvernement de Silvio Berlusconi. Il s’agit là de sa seule expérience gouvernementale.

Elle fréquente alors assidûment les plateaux de télé.

Sa jeunesse, sa témérité, ses formules font d’elle une bonne cliente pour les médias. Elle comprend que, au moins autant que les idées, la personnalité d’une jeune et jolie femme blonde, dans une Italie encore très machiste, séduit.

Sa devise : « Dieu, patrie, famille ». Ses priorités : Fermer les frontières pour protéger l’Italie de « l’islamisation », renégocier les traités européens pour que Rome reprenne le contrôle de son destin, lutter contre les « lobbys LGBT » et « l’hiver démographique » du pays, dont la moyenne d’âge est la plus élevée du monde industrialisé, juste derrière le Japon.

En 2016, elle dénonce « le remplacement ethnique en cours en Italie », à l’unisson des autres formations d’extrême droite européennes.

« Meloni représente un point de référence pour la contestation, la protestation, la désaffection », a analysé pour l’AFP Sofia Ventura, professeur de sciences politiques à l’université de Bologne.

Le Premier ministre italien Mario Draghi rencontrant le Secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres (hors cadre) lors de la 77e session de l’Assemblée générale des Nations unies au siège de l’ONU à New York, le 21 septembre 2022. (Crédit : Bebeto Matthews/POOL/AFP)

« Je suis Giorgia, je suis une femme, je suis une mère, je suis Italienne, je suis chrétienne », avait-elle lancé à ses supporteurs en 2019 à Rome, lors d’un fervent discours devenu célèbre.

Giorgia Meloni, qui vit en concubinage avec un journaliste TV, a une fille née en 2016, année où elle a failli à conquérir la mairie de Rome.

Cette oratrice de talent qui sait parler aux tripes des Italiens en cultivant son accent populaire typique de Rome, peut aussi se montrer cassante, voire agressive. Elle tombe parfois dans le mauvais goût, comme dans une vidéo publiée dimanche sur TikTok où elle se montre avec deux melons dans ses mains au niveau de ses seins, en référence à son nom de famille.

Fin 2012, lasse des dissensions qui rongent la droite, elle fonde Fratelli d’Italia avec d’autres dissidents du berlusconisme, et choisit de camper dans l’opposition.

Lorsque Mario Draghi, ancien gouverneur de la Banque centrale européenne, forme en février 2021 un cabinet d’unité nationale pour sortir l’Italie de la crise sanitaire et économique, elle et son parti sont les seuls à refuser d’y participer.

« L’Italie a besoin d’une opposition libre », avait-elle alors affirmé. C’est au nom de cette liberté, synonyme de souveraineté, que cette Atlantiste a dénoncé l’invasion russe en Ukraine, dès le premier jour.

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