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Menacée par son ex-mari, une femme doit être placée dans un refuge contre son gré

Le tribunal a noté vouloir également protéger les quatre enfants ; la détention devrait être réservée aux agresseurs potentiels, a rappelé l'organisation No2Violence

Illustration : Une femme regardant par la fenêtre de sa chambre dans un refuge pour femmes maltraitées, le 15 juillet 2014. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)
Illustration : Une femme regardant par la fenêtre de sa chambre dans un refuge pour femmes maltraitées, le 15 juillet 2014. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Une résidente de Lod – menacée par son ex-mari – a été placée, contre sa volonté, dans un foyer de protection suite à l’ordonnance d’un juge du tribunal de Rishon Lezion.

Cette décision a été prise après qu’une femme, qui était elle aussi menacée par son mari, a été abattue la semaine dernière à Lod.

Cependant, la décision du tribunal a suscité les critiques d’un groupe de pression anti-violence et de l’une des candidates à la direction du Meretz, qui ont déclaré que la décision allait à l’encontre des droits des femmes.

Vendredi, des coups de feu ont été tirés au domicile familial de la femme, a rapporté le radiodiffuseur public Kan.

Elle a été emmenée en lieu sûr, dans un poste de police, où elle a passé la nuit, ayant refusé de se rendre dans un refuge.

Malgré les demandes répétées d’une assistante sociale et de la police, elle a refusé toutes les autres offres de protection.

Illustration : La police israélienne enquête sur la scène d’un crime le 2 juin 2021. (Crédit : Police israélienne)

Après délibération, le juge Menahem Mizrahi du tribunal de première instance de Rishon Lezion a décidé samedi que la femme serait transférée dans un foyer de protection contre son gré en raison de la menace qui pèse sur sa vie et celle de ses quatre enfants.

Tout en reconnaissant que le fait d’ordonner à la femme d’être placée dans un centre d’hébergement était une atteinte à ses droits, Mizrahi a souligné que les personnes menaçant la vie de la femme pouvaient également porter atteinte à ses enfants.

Mizrahi a déclaré que la décision visait également à protéger ses enfants  « dont les voix ne sont pas entendues ; il y a une crainte que ceux qui mettent sa sécurité en danger puissent également mettre la leur en danger ».

« Il n’est pas facile pour le tribunal de prendre une telle décision judiciaire et paternaliste, mais le caractère sacré de la vie passe avant tout », a déclaré Mizrahi.

« Dans des cas comme celui-ci, le tribunal doit prendre ses responsabilités. Il ne s’agit pas d’une décision juridique, mais d’une décision qui vient du cœur », a-t-il ajouté.

Un homme soupçonné d’avoir proféré les menaces a été arrêté, interrogé et placé en résidence surveillée.

Le suspect a déjà mis le feu à la voiture de la femme par le passé, selon les informations rapportées par Kan.

La femme a reçu l’ordre de rester au refuge pendant trois jours, mais à la demande de son avocat, le juge a accepté de retarder l’exécution de l’ordonnance jusqu’à dimanche, lui permettant de faire appel de la décision, a rapporté Haaretz.

L’avocat de la victime, Shadi Kabaha, a déclaré : « Avec toute la bonne volonté du tribunal et de la police pour protéger la défenderesse, la solution ne peut pas être de piétiner ses droits et de lui refuser la liberté. »

« Il est inacceptable qu’une victime soit détenue et forcée contre son gré de rester dans un refuge, alors que ceux qui l’ont menacée se promènent librement », a déclaré Kabaha.

La police israélienne a déclaré dans un communiqué qu’elle « investit beaucoup d’efforts, en utilisant tous les moyens et outils à sa disposition dans le cadre de la loi, dans le but de protéger la vie humaine ».

Cependant, l’ancienne dirigeante du parti Meretz, Zehava Galon, qui fait un retour dans le but de reprendre la direction du parti, a vivement critiqué la police.

« Le rôle de la police est de protéger les femmes, pas de les incarcérer », a déclaré Galon. « Il est inacceptable qu’ils emprisonnent la femme au lieu de placer les meurtriers potentiels derrière les barreaux ».

Galon a demandé au ministre de la Sécurité intérieure, Omer Barlev d’intervenir personnellement.

Zehava Galon, alors cheffe du parti Meretz, s’exprimant lors de la conférence internationale annuelle de l’Institut d’études de sécurité nationale à Tel Aviv, le 31 janvier 2018. (Crédit : Flash90)

Responsable de l’organisation No2Violence, Vardit Danziger a déclaré dans un communiqué qu’ « un refuge n’est pas une prison, c’est un lieu de protection et de réhabilitation pour la femme vivant dans la violence à la maison. »

Elle a toutefois reconnu que si une femme refuse d’entrer dans un centre d’accueil, même si elle est consciente des dangers auxquels elle est confrontée, « on ne peut pas la forcer à le faire, et certainement pas par une ordonnance [du tribunal] » et a noté que la réhabilitation d’une relation violente ne peut se faire que si une femme choisit de son plein gré d’entrer dans un centre d’accueil.

« Les forces de l’ordre doivent intérioriser le fait que leur devoir est de punir les agresseurs, de les arrêter pour une période prolongée dans le cadre de la protection de la victime et non de les relâcher après quelques jours », a conseillé Danziger.

La semaine dernière, Rabab Abu Siyam, également originaire de Lod, a été abattue alors que sa fille de deux ans jouait sur ses genoux, dans un incident de violence domestique mortelle.

Abu Siyam avait récemment divorcé, et aurait été menacée à plusieurs reprises par son ex-mari et elle a été contrainte de fuir la ville, selon des proches.

Rabab Abu Siyam. (Crédit : Avec l’aimable autorisation)

Les militants déplorent depuis longtemps l’insuffisance des mesures prises pour prévenir la violence à l’égard des femmes en Israël, en particulier dans les cas connus des autorités.

Selon des chercheurs à l’Observatoire israélien du féminicide (IOF) relié à l’Université hébraïque, le mois de juin a été jusqu’à présent le plus violent de l’année en ce qui concerne le meurtre de femmes, avec quatre décès en dix jours.

Une étude du centre portant sur la première moitié de 2022 a révélé une augmentation de 71 % des féminicides par rapport à la même période de l’année dernière – 12 contre 7.

Dans son rapport de janvier, le centre a indiqué qu’il y avait eu 16 cas de femmes assassinées par un parent ou un partenaire en Israël en 2021, et 21 cas en 2020.

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