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« Mi-cuisse », shorts et « terrorisme »: le burkini fait des vagues au Conseil d’Etat

Le burkini n'est "ni plus ni moins" que la transcription du foulard à la piscine ou à la mer, soutient Marion Ogier pour Alliance citoyenne

Une Tunisienne porte un « burkini », le 16 août 2016. (Crédit : Fethi Belaid/AFP/Getty Images)
Une Tunisienne porte un « burkini », le 16 août 2016. (Crédit : Fethi Belaid/AFP/Getty Images)

Longueur des maillots, saleté des shorts, qualité de l’eau, séparatisme et terrorisme… Le port du burkini dans les piscines municipales de Grenoble, autorisé par la ville puis suspendu par la justice, a nourri mardi de larges débats au Conseil d’Etat.

L’affaire commence mi-mai, quand le conseil municipal de Grenoble adopte – à une courte majorité et sur fond de polémique nationale – un nouveau règlement pour les piscines de la ville, ouvrant la porte aux burkinis et à la baignade seins nus pour les femmes et aux maillots anti-UV pour tous.

Le ministère de l’Intérieur, via la préfecture de l’Isère, dépose un « déféré laïcité », une procédure issue de la loi contre le « séparatisme » qui permet aux préfets de saisir le juge administratif d’un acte d’une collectivité locale jugé contraire aux principes de laïcité.

Le tribunal administratif leur donne raison, la ville de Grenoble fait appel et l’affaire arrive mardi devant le Conseil d’Etat.

A l’audience, le débat devient très vite technique.

On y apprend que les shorts – souvent portés en ville – sont interdits à la piscine à Grenoble depuis 1991, notamment pour leur impact sur la qualité de l’eau.

Que les maillots doivent être portés près du corps car l’eau accumulée dans une tenue plus large pourrait compliquer le « remorquage » d’une personne en détresse. Car me maître-nageur a tendance « à nager avec les jambes entre les jambes de la personne qu’on remorque » et qu’il ne faudrait pas qu’un tissu plus large gêne la manœuvre, a-t-on ainsi explicité.

Jusqu’à la « mi-cuisse », cela ne pose pas de problème, précise le maire de Grenoble Eric Piolle dans son exposé. La représentante de l’Etat Pascale Léglise est sceptique. Pourquoi les shorts sont interdits alors ?

Le maire répond « hygiène », Mme Léglise suggère alors d' »exiger qu’ils le mettent sur place ? », puis un avocat intervient, « j’ai l’impression que nous sommes un peu en train de nous perdre »…

« Adaptation »

Peu avant, le maire de Grenoble a brandi plusieurs modèles de maillots pour illustrer son propos. Des « une-pièce » colorés, certains avec un micro-short intégré, d’autres avec jupette, tous généralement acceptés en piscine municipale et pas forcément portés pour des raisons religieuses, précise Eric Piolle.

« Je crois en avoir assez vu », l’interrompt le président. Mais, l’édile veut en montrer un dernier, un burkini vert et blanc à la jupette plus large que celle du modèle précédemment montré. « Pourquoi est-ce qu’un maillot comme celui-ci serait interdit et celui-là autorisé ? », lance-t-il.

Le burkini avait déjà fait l’objet d’une polémique nationale à l’été 2016, quand une trentaine de villes les avaient interdits sur leurs plages. Avant que le Conseil d’Etat n’annule leurs décisions jugées démesurées.

Cette fois, « il ne s’agit pas de manifester une expression religieuse dans l’espace public », avance la représentante de l’Etat, mais « bien de parler de l’adaptation d’une règle », d’un service public « aux seuls fins de satisfaire des intérêts religieux » – ce qui porte selon elle atteinte à son principe de neutralité et de laïcité.

« Evidemment », souligne-t-elle, le « contexte » d' »entrisme » islamiste, de « séparatisme » et la « vague de terrorisme » doivent être pris en compte.

« Le service public est fait pour tous », rétorque l’avocat de la ville de Grenoble, Me Olivier Coudray. Le nouveau règlement de la piscine « ne fait rien de préférentiel », « ne compromet pas le bon fonctionnement du service: il permet simplement à plus de monde d’en profiter ».

La Ligue des droits de l’Homme (LDH) et l’association Alliance citoyenne, qui s’est battue à Grenoble pour l’autorisation du burkini, rappellent, elles, que les « usagers » du service public ont le droit d’y « manifester leur appartenance religieuse par leur tenue vestimentaire ».

Le burkini n’est « ni plus ni moins » que la transcription du foulard à la piscine ou à la mer, soutient Marion Ogier pour Alliance citoyenne.

« C’est une polémique qui dépasse très largement de simples enjeux juridiques », assure à son tour Patrice Spinosi pour la LDH, dénonçant un « coup de force de l’Etat » sur la définition des limites de la laïcité.

La décision sera rendue dans les prochains jours.

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