Michael Oren : Sanders devrait s’excuser pour ses fausses accusations
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Michael Oren : Sanders devrait s’excuser pour ses fausses accusations

Les affirmations du candidat sur la cruauté israélienne et le nombre de morts mettent en danger la sécurité de l'Etat juif

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Michael Oren, député de Koulanou et ancien ambassadeur d'Israël aux Etats-Unis. (Crédit : Yossi Zamir/Flash 90)
Michael Oren, député de Koulanou et ancien ambassadeur d'Israël aux Etats-Unis. (Crédit : Yossi Zamir/Flash 90)

Bernie Sanders devrait se rétracter et présenter des excuses pour sa suggestion « calomnieuse » affirmant qu’Israël a tué plus de 10 000 Palestiniens innocents pendant la dernière guerre de Gaza, a affirmé Michael Oren jeudi, affirmant qu’en fin de compte cela ne servait que les intérêts du Hamas et d’autres groupes terroristes.

Oren, qui était l’ambassadeur d’Israël aux Etats-Unis entre 2009 et 2013, a fait valoir que les commentaires du candidat à la présidence délégitimaient l’Etat juif et mettaient en danger sa sécurité.

« Tout d’abord, il devrait vérifier ses faits. Deuxièmement, il doit à Israël des excuses », a déclaré le député (Koulanou) au The Times of Israel dans une interview.

« Il nous a accusés de meurtre rituel. Il nous a accusés de bombarder les hôpitaux. Il nous a accusé d’avoir tué 10 000 civils palestiniens. Ne pensez-vous pas que cela mérite des excuses ? », a poursuivi Oren.

« Il ne mentionne pas les milliers de roquettes que le Hamas nous a tiré dessus. Il ne mentionne pas le fait que le Hamas se cache derrière des civils. Il ne mentionne pas le fait que nous nous sommes retirés de Gaza afin de donner aux Palestiniens une chance d’expérimenter un Etat et qu’ils l’ont transformé en une expérience de la terreur. Il ne mentionne pas tout cela. Cela est, pour moi, diffamatoire ».

Dans une interview accordée au New York Daily News, Sanders a ajouté que, même s’il n’était pas sûr des chiffres, il estimait que « plus de 10 000 personnes innocentes ont été tuées à Gaza », et a déploré que « la vigueur d’Israël était plus aveugle qu’elle n’aurait dû l’être ». Il a également expliqué qu’il croyait qu’Israël avait attaqué les « hôpitaux » dans l’enclave côtière détenue par le Hamas, une affirmation qu’il avait déjà faite, avec plus d’assurance, lors du discours qu’il devait prononcer à la conférence de l’AIPAC à Washington le mois dernier.

Pourtant, Sanders a reconnu que « les Palestiniens, certains d’entre eux, utilisaient des zones civiles pour tirer des roquettes », qui ont rendu les choses « très difficiles » pour Israël et qu’il n’était pas qualifié pour prendre des décisions pour le gouvernement israélien.

« C’est terrible. Il est au service du BDS », a asséné Oren, se référant au mouvement anti-Israël, le Boycott, Désinvestissement et Sanctions. « Non seulement a-t-il multiplié par cinq le nombre des victimes [pendant la guerre de 2014 à Gaza] et n’a pas réussi à établir une distinction entre les combattants du Hamas que nous avons éliminés et les civils que nous avons, par inadvertance, et, malheureusement, tués, mais en plus, il a dit que nous avons bombardé les hôpitaux. Le Hamas se cache sous l’hôpital ; nous ne l’avons pas bombardé ».

Une chambre d'hôpital à l'hôpital Wafa après un raid israélien (Crédit : AFP/THOMAS COEX)
Une chambre d’hôpital à l’hôpital Wafa après un raid israélien (Crédit : AFP/THOMAS COEX)

En juillet 2014, les troupes israéliennes avaient lancé un raid aérien sur des parties de l’hôpital al-Wafa de Gaza, expliquant plus tard qu’il avait été utilisé comme un centre de commandement du Hamas et qu’il a été l’origine de plusieurs attaques contre les forces israéliennes. L’armée israélienne a déclaré qu’elle avait mis en garde à plusieurs reprises les autorités de l’hôpital de Gaza et avait demandé aux civils de quitter les lieux.

Les médias internationaux ont signalé plusieurs frappes sur l’établissement médical conduisant à de nombreuses victimes.

Selon le ministère de la Santé de Gaza, dirigé par le Hamas, qu’Israël et de nombreux autres pays considèrent comme un groupe terroriste, 10 626 Palestiniens ont été blessés pendant la guerre de 50 jours, en plus des 2 310 morts. Le Hamas affirme que sur les personnes tuées, 1 462 étaient des civils. Les autorités israéliennes affirment que le chiffre réel est significativement plus bas.

Les positions pacifistes de Sanders sur le conflit israélo-palestinien reflètent l’opinion répandue dans l’aile progressiste du Parti démocrate, a maintenu Oren. « C’est légitime dans un discours. Ce qui n’est pas légitime dans le discours, c’est de mentir sur les façons qui sont diffamatoires au sujet d’Israël et qui, en fait, mettent en danger la sécurité d’Israël ».

Le candidat démocrate, le sénateur Bernard Sanders, à Manchester, New Hampshire, le 8 février 2016. (Crédit : Meredith Dake-O'Connor / CQ Roll Call via JTA)
Le candidat démocrate, le sénateur Bernard Sanders, à Manchester, New Hampshire, le 8 février 2016. (Crédit : Meredith Dake-O’Connor / CQ Roll Call via JTA)

Oren, qui, comme Sanders est né à New York, a salué la Ligue Anti-Diffamation (ADL) qui a, mercredi, appelé Sanders à « corriger ses inexactitudes ». Mais le législateur israélien est allé plus loin : « La communauté juive américaine devrait exiger ce qu’on appelle en politique une clarification, qui est une rétractation ». En outre, le sénateur du Vermont devrait présenter des excuses pour avoir contribué à la délégitimation d’Israël, a affirmé Oren.

Les commentaires du candidat à l’investiture démocratique aux élections présidentielles américaines publiés dans le Daily News concernant la prétendue disproportionnalité d’Israël étaient « une contribution classique à la délégitimation », a-t-il ajouté.

Une personne qui calomnie négligemment Israël de la manière dont Sanders le fait ne peut prétendre être engagée en faveur de la sécurité d’Israël, a ajouté Oren.

« Parce que la délégitimation est une menace stratégique pour nous. Ce n’est pas une menace tactique. L’ironie amère de ceci est que les roquettes du Hamas sont une menace tactique », tandis que les hauts responsables politiques américains qui font des déclarations diffamatoires au sujet d’Israël sont un défi beaucoup plus sérieux, a-t-il soutenu.

Le Hamas et le Hezbollah savent qu’ils ne peuvent pas détruire Israël avec leurs roquettes, a expliqué Oren.

« Mais ce qu’ils peuvent faire est de nous obliger à répondre, sur l’air et sur le sol, et de tuer un grand nombre de Palestiniens. Cela est ensuite repris par les médias et transformé en ‘massacre’. Cela devient un terreau fertile pour une action en justice contre nous, pour le BDS. Ce que Bernie Sanders montre est précisément à quel point la tactique militaire et la stratégie média et juridique fonctionnent très bien ».

L’affirmation étrange de Sanders sur le nombre de morts à Gaza rend un service énorme des groupes comme le Hamas, a-t-il poursuivi. « Vous ne pouvez pas dire dans le même souffle que vous êtes engagé envers la sécurité d’Israël. Parce que c’est comme ça qu’ils tentent de saper la sécurité israélienne. Ils essaient de nous priver de la légitimité pour nous défendre ».

Barack Obama accueille Michael B. Oren à la Maison Blanche en juillet 2009 (Crédit : White House)
Barack Obama accueille Michael B. Oren à la Maison Blanche en juillet 2009 (Crédit : White House)

Oren, qui l’été dernier a fait sensation quand il a publié un livre contenant des observations incendiaires sur le président américain Barack Obama, est le premier responsable israélien à commenter publiquement le bilan des morts gonflés de Sanders des décès de civils palestiniens. La plupart des dignitaires israéliens préfèrent éviter toute déclaration qui pourrait être interprétée comme une ingérence dans les affaires intérieures d’un allié majeur.

Le vice-ministre de la Défense, Eli Ben Dahan, a publié jeudi une brève déclaration appelant Sanders à « apprendre les faits et chiffres sur Tsahal et les guerres d’Israël ».

Mais Oren, diplomate devenu politicien, a déclaré que quand un candidat important à la présidence accuse Israël de cruauté et de mépris pour la vie humaine, il se sent obligé de parler avec force.

« Quand Trump a dit ce qu’il a dit au sujet des Musulmans, je suis venu et j’ai condamné », a-t-il ajouté, se référant au principal candidat républicain à la présidentielle qui en décembre a appelé à un « arrêt total et complet [des entrées] des Musulmans » aux États-Unis.

« Quand Trump vient et fait des remarques préjudiciables sur environ 20 % de mon pays alors je vais dire quelque chose. Lorsque Sanders sort et diffame mon pays, je vais venir et dire quelque chose », a proclamé Oren.

« Ce n’est pas une intervention dans l’élection américaine. Les Américains peuvent prendre eux-mêmes leurs décisions ».

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