De Clooney à Clinton : révélations du livre de Michael Oren
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De Clooney à Clinton : révélations du livre de Michael Oren

L'ex-ambassadeur israélien à Washington revient sur son expérience dans les coulisses du pouvoir

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et Hillary Clinton, alors secrétaire d'Etat américaine, dans le bureau de Netanyahu, à Jérusalem, en juillet 2012. (Crédit : Ohad Zwigenberg/Pool/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et Hillary Clinton, alors secrétaire d'Etat américaine, dans le bureau de Netanyahu, à Jérusalem, en juillet 2012. (Crédit : Ohad Zwigenberg/Pool/Flash90)

Le nouveau livre de Michael Oren, « Ally », qui sera publié la semaine prochaine, revient sur ce qu’il appelle son « voyage à travers le fossé israélo-américain ». Il est extrêmement rare qu’un diplomate décrive des aspects très précis de son expérience si peu de temps après la fin de son mandat.

Il évoque des détails insignifiants, comme le jour où sa femme a laissé passer l’occasion de parler avec George Clooney et des choses importantes, dont des discussions délicates entre le Premier ministre Benjamin Netanyahu et d’autres personnalités israéliennes et américaines.

Voici quelques-uns de ces détails, dans l’ordre chronologique du livre :

1. Le point de vue de Netanyahu sur la presse en hébreu. Critiqué de toute part dans la presse israélienne pour son discours de 2009 à l’Université Bar-ilan où il soutenait la solution à deux Etats, Netanyahu a dit à Oren, en plaisantant à moitié : « Si je marchais sur la mer de Galilée, les journaux israéliens écriraient : ‘Bibi ne peut pas nager’.»

2. La non-formation des ambassadeurs. Contrairement aux nouveaux ambassadeurs américains, qui suivent un cours intensif en diplomatie et en gestion d’ambassade, Oren indique n’avoir reçu « aucune instruction » lors de sa nomination, en mai 2009, au poste le plus crucial pour la diplomatie d’Israël ; et cela, alors qu’il a obtenu le poste en étant à l’extérieur de la hiérarchie du ministère des Affaires étrangères.

« Personne ne m’a informé des positions d’Israël à propos de questions cruciales telles que le commerce bilatéral et la prolifération nucléaire », écrit-il.

Et tous, à l’ambassade de Washington DC, n’étaient pas au courant de sa venue. Lors de sa première journée de travail, le 21 juin, il a été arrêté par un gardien de sécurité de l’ambassade qui lui a demandé : « Qui êtes-vous ? Que faites-vous ici ? » Le patron du gardien est intervenu : « Gaon, (génie en hébreu), l’a-t-il réprimandé, c’est l’ambassadeur. »

3. La sombre évaluation de Kissinger de l’approche d’Obama au Moyen-Orient. Lors d’une rencontre avec Henry Kissinger, au début de son mandat, Oren trouve l’ex-secrétaire d’Etat sombre sur l’empressement du président à se réconcilier avec l’Iran.

Probablement, lui demande Oren, que la Maison Blanche se rend compte qu’un « Iran avec des capacités nucléaires signifie la fin de l’hégémonie américaine au Moyen-Orient ? » Kissinger lui a rétorqué : « Et qu’est-ce qui vous fait penser que quelqu’un à la Maison Blanche se soucie encore de l’hégémonie américaine au Moyen-Orient ? ».

4. Oren a été abasourdi par l’attitude d’Obama envers les Etats-Unis. En lisant l’autobiographie du président, « Les Rêves de mon père », l’ambassadeur explique qu’il a parcouru en vain le livre à la recherche « d’une expression de vénération, de respect même, pour le pays dont son auteur serait un jour le leader ». Au lieu de cela, d’après Oren, « le livre critique les Américains pour leur capitalisme et leur culture de la consommation, pour leur gestion de l’environnements et le maintien de structures de pouvoir archaïques ». Il note qu’Obama a accusé les Américains voyageant à l’étranger de montrer de « l’ignorance et de l’arrogance » – les mêmes défauts, pointe Oren, que ceux que les critiques du président lui reprochent.

5. L’attitude d’Hillary. Bien qu’il a passé, plus tard, de nombreuses heures avec elle, la secrétaire d’Etat Hillary Clinton a inexplicablement refusé une série de demandes d’Oren pour une rencontre privée, alors que ses prédécesseurs et ceux de Clinton avaient fréquemment tenu ce type de sessions.

Elle lui a une fois « donné un coup » sur le bras quand ils s’étaient croisés, et, en riant, lui a lancé qu’il ne répondait pas à ses messages. Mais malgré cela, elle ne souhaitait pas le rencontrer.

6. Trop de talons hauts, pas de Clooney. La femme d’Oren, Sally, a un jour laissé passer la possibilité de se joindre à lui lors d’une conversation avec George Clooney à la résidence de l’ambassadeur français parce qu’elle avait porté des talons toute la nuit et que ses pieds « la tuaient ».

7. Mahmoud Abbas. À la suggestion du responsable américain Dennis Ross, le vice-président Biden, en visite en Israël en 2010, a demandé à Mahmoud Abbas, quand il a rendu visite au président de l’Autorité palestinienne à Ramallah, de le « regarder dans les yeux et de lui promettre qu’il pouvait faire la paix avec Israël. Abbas a refusé ».

8. L’ancien secrétaire américain à la Défense, Robert Gates, ressentait « une aversion viscérale » à l’égard de Netanyahu, écrit Oren. Il avait connu Netanyahu lorsque le Premier ministre était ministre-adjoint aux Affaires étrangères, et il l’avait trouvé superficiel, désinvolte, arrogant et trop ambitieux. En tant que conseiller de George H.W. Bush, Gates avait été jusqu’à recommander que le jeune Netanyahu soit banni de la Maison Blanche.

9. La folle rengaine de Gilad. Plusieurs fois dans le livre, Oren enregistre la réponse similaire donnée par le responsable israélien du ministère de la Défense, Amos Gilad, à telle ou telle politique ou déclaration de l’administration perçue comme étant incompréhensible.

Répondant par exemple à une réaction étourdissante de l’administration sur la « révolution de jasmin » en Tunisie, à la fin de 2010, Gilad a demandé Oren : « Sont-ils fous ?… C’est le Moyen-Orient, pas Manhattan ! ». De même, en apprenant que divers politiciens américains étaient rentrés d’une visite à Bachar al-Assad en Syrieen assurant à Clinton que le boucher de Damas s’était « réformé », Gilad a explosé : « Sont-ils fous ? »

10. Obama a leurré Israël lors des pourparlers avec Abbas. En janvier 2011, cherchant à convaincre Abbas d’abandonner une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU visant à faire condamner la construction d’implantations israéliennes, Obama a eu une conversation téléphonique de 55 minutes avec Abbas au cours de laquelle il lui a proposé de faire pression pour un nouveau gel de la construction des implantations et a fait une déclaration qui, à ce moment-là, aurait été la marque d’un soutien sans précédent des États-Unis pour un Etat palestinien sur la base des lignes datant d’avant 1967 avec des échanges de territoires.

« Israël n’a jamais été consulté à propos de cette conversation, ni même informé », déclare Oren. Netanyahu était si « indigné » quand il a découvert cela qu’Oren « pouvait à peine tenir le récepteur à [s]on oreille » quand Netanyahu a appelé.

11. Netanyahu et sa série préférée. Oren brosse un portrait empathique et parfois admiratif de Netanyahu et le dépeint comme « une figure biblique » avec des qualités  et des défauts bibliques. Il dit bien l’aimer mais me ne s’est jamais lié d’amitié avec lui.

Il décrit « Bibi » comme un homme « réputé » pour ses plaisirs dont il ne semble « tirer aucune joie » – il mange et boit « avec une détermination farouche » et fume avec « résignation » ses cigares. Netanyahu ne semble jamais se détendre, écrit Oren, « sauf lorsqu’il regarde la série télévisée Breaking Bad ».

12. Obama ne frappera pas l’Iran. Au début de l’année 2012, Oren a abouti à la conclusion qu’« en l’absence d’une grave provocation », comme une attaque sur un porte-avions américain, Obama n’ordonnerait pas l’utilisation de la force contre l’Iran, et ce, malgré les propos du président qui affirmait que toutes les options étaient sur la table.

En outre, les Etats-Unis poursuivraient un accord diplomatique « même au risque de parvenir à un accord inacceptable pour Israël ». Et si Israël « avait pris les choses en mains, la Maison Blanche aurait gardé ses distances et aurait proposé de défendre Israël uniquement si le pays avait été frappé par des centaines de milliers de missiles du Hezbollah ».

13. Encore plus d’Erdogan s’il vous plaît ! Ne vous laissez pas impressionner par les positions pro-Hamas et anti-Israël du leader turc, a déclaré Obama à une équipe israélienne dirigée par Netanyahu à la Maison Blanche en 2012 : « Il y aurait bien pire que d’avoir un tas d’Erdogan au Moyen-Orient. »

14. La fenêtre iranienne est fermée. Tandis que Netanyahu continue encore aujourd’hui de déclarer qu’Israël peut intervenir, s’il le faut, pour contrecarrer le programme nucléaire de l’Iran, Oren écrit qu’ « en tenant compte du rythme du programme iranien, l’été 2012 semblait déjà la dernière opportunité pour attaquer ».

Après que Netanyahu a effectué son discours aux Nations unies, en septembre 2012, en montrant le dessin de la bombe, Obama l’a appelé à son hôtel pour le féliciter. Le président, écrit Oren, était « véritablement soulagé » de pouvoir affirmer que « le pique de la menace d’une attaque israélienne sur l’Iran » était alors dépassé.

Présentation de la bombe et de la ligne rouge par Netanyahu à l'Assemblée générale de l'ONU le 27 septembre 2012 (Crédit : Avi Ohayun, GPO)
Présentation de la bombe et de la ligne rouge par Netanyahu à l’Assemblée générale de l’ONU, le 27 septembre 2012 (Crédit : Avi Ohayun, GPO)

15. Le retrait du Moyen-Orient. Deux ans après avoir eu une conversation intéressante avec Kissinger, Oren, à la fin de l’année 2012, a conclu que le président était déterminé « à se retirer du Moyen-Orient en raison du coût humain ».

Interprétant les remarques formulées par Obama dans un entretien avec Jeffrey Goldberg – où le président expliquait que les Etats-Unis n’auraient jamais pu « changer la donne sur le terrain » dans la Syrie d’Assad ravagée par la guerre, l’ambassadeur écrit que ce commentaire marquait l’aveu d’Obama « que l’Amérique ne pouvait plus gérer une région affectée par des conflits aussi importants ».

16. Une excuse regrettée. Dans la dernière partie de sa visite en Israël, en mars 2013, Obama a négocié un appel au président turc Erdogan au cours duquel Netanyahu, avec d’autres déclarations visant à réparer les liens entre Israël et la Turquie, s’est excusé pour les erreurs tactiques qui ont pu être commises par l’armée lors de l’incident du Mavi Marmara.

Après que l’appel a été passé, tout le monde s’est serré la main et s’est pris dans les bras, mais Netanyahu a ensuite confié à Oren, dans la même soirée : « Il se peut que nous ayons fait une erreur. »

Les deux hommes étaient assis dans le bureau de Netanyahu pour regarder un programme télévisé dans lequel des mères de commandos israéliens de la marine impliqués dans l’intervention l’accusent d’avoir abandonné leurs fils, et d’avoir ensuite vu Erdogan se vanter d’avoir humilié Israël en le forçant à faire des excuses. « Netanyahu répétait avec lassitude, ‘je crois que nous avons fait un erreur’ », raconte Oren.

17. Choix difficile. Il est bien connu qu’Abbas a exigé un gel des implantations israéliennes, les frontières de 1967 pour base des négociations et la libération des dizaines de prisonniers comme conditions pour participer aux négociations de paix, délicates dès le départ, de Kerry en 2013.

Oren explique pourtant que « Kerry est parvenu à convaincre Abbas de se contenter d’une de ces demandes » et de laisser Netanyahu choisir laquelle. Auparavant, plusieurs officiels américains et israéliens ont déclaré que ce n’était pas exact.

Le Premier ministre a choisi, en créant une polémique, de ne pas geler les implantations, de ne pas accepter les lignes de 1967 comme base pour les pourparlers, mais de libérer des dizaines de prisonniers, y compris ceux qui avaient été condamnés pour des crimes graves. Les pourparlers ont fini par échouer au printemps 2014.

18. La proposition syrienne de Steinitz et Netanyahu. Après qu’Obama a décidé – après hésitation – de ne pas mener de frappes punitives contre Assad (qui avait utilisé des armes chimiques contre son propre peuple à l’été 2013), l’idée d’une solution diplomatique à la crise, par laquelle l’arsenal chimique aurait été enlevé pacifiquement, a été avancée.

Israël était véritablement préoccupé par l’inaction d’Obama, conscient que cela serait perçu en Iran comme une preuve que, malgré toutes les déclarations affirmant le contraire, le président bluffait lorsqu’il s’agissait d’en venir aux actions militaires.

Oren écrit que c’est Israël, avec le ministre du Likud Steinitz et Netanyahu lui-même, qui a initié le processus diplomatique de sortie de crise. L’idée d’un retrait pacifique de l’arsenal chimique d’Assad a d’abord été soulevée par Steinitz – qui en a fait la suggestion aux Russes. Et, c’est ensuite Netanyahu qui l’a proposée à Obama. Tandis que le président a salué un accord historique, Oren note que « le rôle d’Israël est resté secret ». Jusqu’à aujourd’hui.

19. Des liens en lambeaux. L’aveu de l’administration Obama, à la fin 2013, peu après le retour d’Oren en Israël, qu’elle négociait secrètement un accord sur le nucléaire avec l’Iran, est pour lui une preuve du bas niveau où sont tombées les relations entre les deux pays.

« Pour moi, le plus dérangeant fut de me rendre compte que notre plus proche allié avait négocié avec notre pire ennemi sur une question existentielle sans même vraiment nous en informer », écrit-il.

Selon Oren, les liens n’ont cessé de se détériorer depuis. Il note qu’Obama a qualifié la perte de vies civiles lors de l’Opération Bordure protectrice à Gaza comme « épouvantable », un mot que le président avait utilisé pour décrire le massacre des Libyens par Khadafi.

Il souligne que l’administration « a tardé à fournir les munitions dont l’armée avait besoin » et a donné l’ordre aux compagnies américaines de ne pas voler vers Israël après qu’une roquette a ateri à environ un kilomètre de l’aéroport, accordant ainsi au Hamas sa « plus grande victoire stratégique ». A la fin du conflit, conclut tristement Oren, « des aspects de l’alliance entre les Etats-Unis et Israël sont en lambeaux ».

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