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Mort du pasteur qui personnifiait le dilemme des Juifs avec l’église évangélique

Pat Robertson, qui s'est éteint à 93 ans, était un fort soutien d'Israël - mais son message comportait d'anciens préjugés qui entraînaient un certain malaise chez les Juifs

Pat Robertson prend la parole au   Florida Economics Club en 1986. (Crédit : Mark T. Foley/Wikimedia Commons)
Pat Robertson prend la parole au Florida Economics Club en 1986. (Crédit : Mark T. Foley/Wikimedia Commons)

JTA — Pat Robertson avait tenté de complimenter les Juifs.

« On les trouvera à polir des diamants plutôt qu’à réparer des voitures », avait-il déclaré en 2014 lors de son émission diffusée sur la chaîne Christian Broadcasting Network, la chaîne fondée par ce pasteur de premier plan de la Convention Baptiste du sud, fondée en 1960 et devenue un moteur de l’église évangélique.

Robertson avait fait cette observation – en riant – au cours d’un entretien avec un rabbin proche de ses convictions conservatrices, Daniel Lapin. Il croyait vraiment que polir des diamants était une bonne chose, ancrée – d’une manière ou d’une autre – dans les préceptes bibliques.

« Mais qu’y a-t-il donc de particulier chez les Juifs, cette petite chose qui leur permet de prospérer financièrement ? » avait commencé Robertson, présentant son ami rabbin. « Vous ne trouverez presque jamais de Juifs en train de bricoler leur voiture le week-end ou en train de tondre la pelouse. C’est ce que dit Daniel Lapin, et il y a une très bonne raison pour cela – et cette raison peut être trouvée dans les secrets de la Bible ».

Des propos hautement emblématiques d’un dilemme qui, depuis des années, assaille les responsables de la communauté juive américaine et qui était incarné par Robertson, qui s’est éteint jeudi à l’âge de 93 ans. Comme de nombreux évangélistes disposant d’un public important à la télévision et dont l’influence politique est non négligeable, Robertson était béat d’admiration devant les Juifs et il était un soutien fervent et assumé d’Israël.

Mais en même temps, le message transmis par Robertson était rempli de vieux stéréotypes qui suscitaient un certain malaise chez les Juifs. L’homme était également connu pour ses pamphlets dénigrant le féminisme, la communauté LGBTQ et les musulmans.

Le révérend Pat Robertson écoute parler le candidat à la présidentielle Donald Trump à la Regent University de Virginia Beach, en Virginie, le 24 février 2016. (Crédit : AP Photo/Steve Helber, File)

« L’ADL apprécie à sa juste valeur le soutien apporté à Israël dont ont fait preuve ces leaders », avait commenté un communiqué écrit par l’Anti-Defamation League (ADL) après la publication, par l’organisation, d’un rapport de 60 pages qui avait été publié sur le rejet, par les conservateurs politiques juifs, de la Christian Coalition de Robertson, qui était par ailleurs soutenue par Lapin. « Mais ce soutien ne saurait être utilisé comme bouclier face aux critiques légitimes ».

Robertson avait diffusé son émission « 700 Club », très populaire, depuis le sol israélien à de multiples reprises et c’est lui qui avait formulé un argument largement repris depuis qui somme les chrétiens de soutenir l’État juif sur la base des prophéties bibliques – une idée qui s’est largement propagée aujourd’hui dans les rangs du parti républicain.

« La survie du peuple juif est un miracle divin », avait-il déclaré dans un discours non-daté posté sur son site internet. « Le retour du peuple juif sur la Terre qui avait été promise à Abraham, Isaac, et Jacob est un miracle de Dieu. Les victoires remarquables de l’armée juive, des victoires remportées contre toute attente, pendant des batailles successives survenues en 1948, en 1967 et en 1973 sont très clairement des miracles de Dieu. Les merveilles technologiques de l’industrie israélienne, ses prouesses militaires, l’abondance de l’agriculture israélienne, les fruits et les fleurs qui s’épanouissent à profusion sur cette terre témoignent du soin attentif que Dieu apporte à cette nouvelle nation et du génie de ce peuple ».

Suite à sa mort, l’American Israel Public Affairs Committee (AIPAC) a qualifié Robertson de « grand ami d’Israël, de pionnier du mouvement sioniste chrétien moderne. »

« J’ai été profondément attristé d’apprendre le décès de Pat Robertson, orateur brillant, responsable religieux et ami extraordinaire d’Israël et du peuple juif », a commenté sur Twitter David Friedman, ancien ambassadeur américain en Israël sous l’administration Trump. « Mes plus sincères condoléances à Gordon et à toute la famille Robertson. Puissiez-vous tirer beaucoup de réconfort de cet héritage incroyable ».

Et pourtant, ce peuple « de génie » irritait Robertson. En 2014, il avait qualifié le directeur de la Military Religious Freedom Foundation, une organisation qui lutte contre le prosélytisme au sein de l’armée, de « petit Juif radical ». Mikey Weinstein, l’homme à qui s’adressait ces paroles, s’est exprimé lors de la mort du prédicateur conservateur.

Pat Robertson devant des piles de signatures après avoir annoncé vouloir en collecter sept millions au total pendant une conférence de presse, le 15 septembre 1987. (Crédit : AP Photo/Steve Helber, file)

« Je sais très bien ce que ça fait d’être attaqué par lui, simplement parce que je suis un Juif qui s’est battu en faveur des droits civils dans nos forces armées », a-t-il indiqué dans une déclaration.

En 1988, quand l’ADL avait demandé à Robertson de condamner l’antisémitisme qui se manifestait dans le mouvement de protestation qui avait pris pour cible « La dernière tentation du Christ », le film de Martin Scorsese, le pasteur avait proposé un compromis : celui que les organisations juives condamnent en retour les producteurs du long-métrage, qui étaient Juifs.

En 1995, Robertson était entré dans la tourmente alors qu’il tentait de s’extraire de la controverse suscitée par son livre écrit en 1991, « The New World Order, » dans lequel il blâmait « les banquiers européens » – dont il s’avérait qu’ils étaient Juifs – en leur attribuant la responsabilité de tous les maux du monde.

La défense utilisée par Robertson, à ce moment-là, avait été familière. L’ouvrage, avait-il dit au New York Times, était « pro-Israël et pro-Juif » parce que les Nations unies figuraient parmi ses cibles. Il avait ajouté qu’il comptait « de nombreux, très nombreux amis au sein de la communauté juive. »

Robertson était si confiant en ses amis qu’il avait espéré qu’ils l’aideraient à entrer à la Maison Blanche, en 1988. « Je m’attends, en particulier de la part des Juifs orthodoxes et massorti, à bénéficier d’un immense soutien », avait-t-il dit à l’époque. « D’après tout ce que j’ai pu voir, je compte vraiment là-dessus ».

Le révérend Pat Robertson pose une question à un candidat républicain à la présidentielle pendant un forum à la Regent University de Virginia Beach, en Virginie, le 23 octobre 2015. (Crédit : AP Photo/Steve Helber, File)

Ce soutien ne s’était jamais matérialisé ; Robertson avait rapidement quitté la course à la présidentielle. Mais il devait rendre plus solide un style de campagne qui mélangeait piété chrétienne et politique politicienne, un style dont Jimmy Carter avait été le pionnier, une décennie environ auparavant, et qui sera dorénavant devenue omniprésente, au moins dans les rangs des républicains. Mike Pence, l’ex-vice président, a rendu sa foi évangélique inséparable de sa politique lors du lancement de sa compagne à la nomination républicaine à la présidentielle, en 2024.

Mais contrairement à Pence et à d’autres chrétiens se présentant à des postes politiques à responsabilité, Robertson n’avait jamais réussi – ou il ne l’avait peut-être pas désiré – à masquer les manifestations de mauvais augure de ses croyances, prêchant l’apocalypse en Israël et disant que l’accident vasculaire cérébral dont avait été victime feu le Premier ministre israélien Ariel Sharon était une sanction divine suite au retrait de Gaza (un point de vue qui l’avait rendu persona non grata auprès du gouvernement israélien pendant une courte période).

En 2002, le directeur national de l’ADL de l’époque, Abraham Foxman, avait résumé le sentiment ambivalent ressenti par de nombreux Juifs alors que les évangélistes chrétiens programmaient un rassemblement pro-israélien à Washington à un moment où le pays était en proie à la Seconde intifada. Les groupes juifs n’étaient ni pour, ni contre l’événement, avait-il dit.

« Il n’y a pas d’alliance », avait déclaré Foxman. « La relation est basée sur cette question unique ».

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