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« Morts ou vivants ? » : en Irak, l’angoisse des proches de Yazidis enlevés par l’EI

Au Kurdistan d'Irak, le Bureau de sauvetage des kidnappés, une administration publique, planche sur ce dossier en coopération avec l'ONU

Sur cette photo prise le 22 avril 2023, Bahar Elias, une femme irakienne déplacée de 40 ans appartenant à la communauté yazidi, pose pour une photo avec son fils et ses filles tout en tenant des photos d'autres membres de sa famille enlevés par le groupe État islamique (EI), lors d'un entretien au camp de Sharya, à une quinzaine de kilomètres près de la ville de Dohuk, dans le nord de l'Irak. (Crédit : SAFIN HAMED / AFP)
Sur cette photo prise le 22 avril 2023, Bahar Elias, une femme irakienne déplacée de 40 ans appartenant à la communauté yazidi, pose pour une photo avec son fils et ses filles tout en tenant des photos d'autres membres de sa famille enlevés par le groupe État islamique (EI), lors d'un entretien au camp de Sharya, à une quinzaine de kilomètres près de la ville de Dohuk, dans le nord de l'Irak. (Crédit : SAFIN HAMED / AFP)

Cent-mille dollars : c’est ce qu’a payé Khaled Taalou pour faire libérer une dizaine de proches enlevés en Irak par l’EI. Et le calvaire n’est pas fini. Cinq membres de sa famille manquent à l’appel, comme 2 700 autres Yazidis kidnappés par les jihadistes.

En août 2014, le groupe Etat islamique (EI) déferle sur le Mont Sinjar, foyer historique de la minorité yazidie dans le nord irakien.

Les jihadistes voient dans les Yazidis et leur religion ésotérique monothéiste des « hérétiques ». Des milliers d’hommes de cette communauté kurdophone sont massacrés. Les femmes sont enlevées et vendues comme « épouses » aux jihadistes ou réduites à l’esclavage sexuel, les enfants embrigadés.

La famille de Khaled Taalou, 49 ans, ne sera pas épargnée. Son frère, sa sœur, leurs conjoints et leurs enfants sont kidnappés. En tout, 19 personnes.

« On a emprunté de l’argent comme on pouvait, ici et là, pour les sortir », confie ce journaliste et écrivain à la moustache noire et la barbe rêche au village de Sharya, au Kurdistan d’Irak.

En échange de rançons, il réussit en l’espace de sept ans à faire libérer 10 personnes. La dernière en date est la petite-fille de son frère, en février 2022, retrouvée dans un camp en Syrie.

Sur cette photo prise le 19 avril 2023, Hayam (G), une femme irakienne déplacée de 26 ans appartenant à la communauté yazidi, donne une interview avec son mari Marwan et ses enfants dans une maison de la région de Sharya, à une quinzaine de kilomètres de la ville de Dohuk, dans le nord de l’Irak. (Crédit : SAFIN HAMED / AFP)

Des libérations négociées au prix fort « via des réseaux de trafiquants en Irak et à l’étranger, spécialisés dans cette affaire », explique-t-il. Au total, il dit avoir payé près de 100 000 dollars.

Si deux proches ont été tués dans des bombardements aériens, cinq personnes sont portées disparues. « On cherche encore. On ne perd pas espoir », souffle-t-il.

« Les yeux sur la route »

Après la montée en puissance de l’EI en 2014, l’Irak a proclamé en 2017 sa victoire sur les jihadistes, qui ont ensuite perdu leur dernier bastion syrien en 2019.

Aujourd’hui encore, des corps sont exhumés de charniers au Sinjar. Plus de 2 700 personnes sont portées disparues, selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).

Sur cette photo prise le 19 avril 2023, Bahar Elias, une femme irakienne déplacée de 40 ans appartenant à la communauté yazidi, pose pour une photo tout en tenant des photos d’autres membres de sa famille enlevés par le groupe État islamique (EI), lors d’un entretien dans la région de Sharya, à une quinzaine de kilomètres près de la ville de Dohuk, dans le nord de l’Irak. (Crédit : SAFIN HAMED / AFP)

« Certaines sont encore maintenues en captivité par l’EI. Pour d’autres, nous ignorons où elles se trouvent », explique l’agence onusienne dans un communiqué.

C’est ce que vit Bahar Elias, dont le mari Jassem et le fils Ahmed sont toujours portés disparus. La famille est enlevée en août 2014 au Sinjar, mais le père et son aîné, âgé à l’époque de 19 ans, sont séparés du groupe.

Ses proches ayant payé 22 000 dollars à des intermédiaires, Bahar Elias sera libérée avec ses trois cadets. Aujourd’hui encore, elle espère le retour de Jassem et Ahmed.

« Cela fait huit ans que nous vivons dans un camp (de déplacés, ndlr) et que nous avons les yeux rivés sur la route », lâche la quadragénaire, installée près de Sharya, dans un camps où s’alignent par dizaines tentes en bâche blanche et cases en béton.

« Les pays du monde entier doivent nous aider à retrouver la trace de nos familles, pour savoir s’ils sont morts ou vivants », plaide-t-elle. « Pour être libérés de la douleur. »

« Plus rien au Sinjar »

Au Kurdistan d’Irak, le Bureau de sauvetage des kidnappés, une administration publique, planche sur ce dossier en coopération avec l’ONU.

Son directeur Hussein Qaïdi explique que l’EI a enlevé au Sinjar 6.417 Yazidis. Plus de 3 500 d’entre eux ont pu être secourus en Irak, en Syrie et en Turquie voisine.

Sur cette photo prise le 22 avril 2023, des hommes irakiens déplacés de la communauté yazidi sont assis à l’extérieur du camp de Sharya, à une quinzaine de kilomètres de la ville de Dohuk, dans le nord de l’Irak. (Crédit : SAFIN HAMED / AFP)

Mais 2 855 personnes sont encore portées disparues, et ses équipes œuvrent sans relâche pour « rassembler les informations disponibles et libérer tous les kidnappés » ajoute-t-il.

Hayam a refait sa vie. Elle a épousé Marwan, le frère d’une Yazidie, Leïla, rencontrée dans une geôle de l’EI. Le couple a deux enfants et a demandé l’asile en Australie, où les attend la famille de Hayam.

La jeune femme se souvient encore du 3 août 2014, quand les jihadistes l’ont enlevée avec ses parents, cinq sœurs et deux frères. Un long calvaire commence alors pour l’adolescente de 17 ans à travers les terres du « califat »: Tal Afar, Badouch et enfin Raqa, en Syrie, en mai 2015.

Hayam et Leïla sont vendues à un Syrien et un Irakien à Raqa. Quatre mois plus tard, le Syrien cède Hayam à un homme du Daghestan. Sa seconde tentative de fuite sera la bonne, mettant fin à un an et demi de captivité. Elle réussit à rallier le Kurdistan d’Irak.

« Plus rien ne nous attend au Sinjar », résume Hayam, assise en robe blanche sur un matelas au sol dans son logis spartiate à Sharya. « Si j’y retourne, il n’y aura ni mes amies, ni les gens que je connaissais », poursuit-elle. « Certains ont été tués, d’autres sont toujours captifs de l’EI, d’autres ont émigré. Tout a changé ».

Au poignet, elle s’est fait tatouer le mot « Huriya », « Liberté », en arabe.

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