Musulmans et juifs français s’unissent pour défendre l’abattage rituel
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Musulmans et juifs français s’unissent pour défendre l’abattage rituel

L’abattage rituel juif est plus humain que les pratiques industrielles, dit un dirigeant communautaire aux députés

Joël Mergui, président du Consistoire, devant les députés français pour parler de l'abattage rituel et de la circoncision, à l'Assemblée nationale, le 23 juin 2016. (Crédit : capture d'écran YouTube)
Joël Mergui, président du Consistoire, devant les députés français pour parler de l'abattage rituel et de la circoncision, à l'Assemblée nationale, le 23 juin 2016. (Crédit : capture d'écran YouTube)

PARIS – Musulmans et juifs français ont annoncé la formation d’une commission conjointe pour se défendre des attaques contre l’abattage rituel qui, selon un dirigeant communautaire français, poussent certains juifs à s’interroger sur la viabilité de leur futur en France.

L’annonce de la mise en place d’une nouvelle institution a eu lieu le 23 juin pendant une apparence commune à l’Assemblée nationale d’un responsable communautaire musulman et de Joël Mergui, président du Consistoire. Ils sont venus au Parlement pour répondre aux questions des députés sur l’abattage rituel.

Anouar Kbibech, président du Conseil français du culte musulman, a déclaré que la commission conjointe sera « chargée des évaluations et du travail sur les défis communs aux deux religions » face aux tentatives de limiter la coutume.

La session parlementaire, une des nombreuses discussions critiques sur le sujet organisées récemment à l’Assemblée nationale, a été convoquée à la demande de députés suite à la diffusion de vidéos montrant des souffrances animales dans des abattoirs pratiquant soit la shehita, l’abattage rituel juif, soit la dhabiha, son équivalent musulman.

Dans le cadre de la révision des pratiques existantes, les députés cherchaient à revenir sur l’abattage rituel pensant la session à laquelle ils ont invité Mergui et Kbibech.

Un boucher casher aiguise ses outils. (Crédit : Kobi Gideon/Flash90)
Un boucher casher aiguise ses outils. (Crédit : Kobi Gideon/Flash90)

Les lois religieuses en islam et dans le judaïsme demandent que les animaux soient conscients quand leur gorge est tranchée, bien que certains dirigeants religieux des deux cultes autorisent un étourdissement immédiatement après l’égorgement.

Le judaïsme a des règles d’abattage plus strictes, notamment sur la longueur et le tranchant du couteau. Il est habituellement réalisé par un shohet, un abatteur qualifié avec un équipement spécial. L’approche plus libérale utilisée par les communautés musulmanes a rendu le lobbying commun difficile en Europe.

Comme la circoncision non médicale des garçons, l’abattage rituel des animaux affronte une opposition sur tout le continent des politiciens d’extrême-droite, qui le perçoivent comme un élément étranger à leur culture, importé principalement par des vagues d’immigration musulmane, et des libéraux qui pensent que c’est inhumain pour les animaux.

S’attaquant à ce dernier argument, Mergui a déclaré que l’abattage rituel dans le judaïsme entraîne statistiquement moins de souffrances animales parce que, contrairement à l’abattage classique, il n’est pas automatisé et a des taux d’échecs plus faibles.

La shehita est réalisée sur environ 200 000 animaux par an, soit 2,2 % des 9 millions d’animaux abattus dans le pays, a déclaré Mergui.

« Les taux d’échec de l’abattage avec étourdissement, qui est en fait le perçage du crâne avant l’abattage proprement dit, se situe entre 17 et 20 %, ce qui signifie que [le nombre d’] animaux exposés à la souffrance par les techniques d’abattage non rituel pratiquées aujourd’hui est bien plus grand que le nombre total d’animaux abattus via la shehita », qui est selon Mergui « conforme aux préoccupations de notre société sur le bien-être animal ». Il a déclaré en être venu à cette conclusion « en tant que médecin et homme de science ».

Mergui a ajouté que le questionnement répété sur l’acceptabilité de la shehita est un phénomène relativement nouveau qui entre en compte dans les questions de certains juifs sur la viabilité de la vie en France, en raison de la hausse de la violence antisémite.

« Défendre l’abattage casher n’était pas une priorité pour la communauté juive », a déclaré Mergui, ajoutant que c’est à présent sa deuxième priorité, après la sécurité pour ses membres.

« Les juifs français s’interrogent sur leur futur en France suite aux évènements qui ont frappé la communauté juive », a-t-il déclaré à propos de l’assassinat de huit membres de la communauté depuis 2012 dans deux attentats par des islamistes, « et le sujet des libertés religieuses, comme celui dont nous discutons. »

Sans nourriture casher, a déclaré Mergui, « il n’y a pas de futur pour une communauté juive dans un pays. » Le fait que les juifs français savent qu’ils sont « régulièrement interrogés à ce sujet », couplé aux menaces sécuritaires, « crée certains comportements et fait que certains juifs veulent quitter la France. »

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