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Netanyahu dans la tourmente pour avoir éludé la responsabilité du drame de Meron

Les députés se sont indignés après que l'ex-Premier ministre a déclaré qu'il n'était pas au courant des problèmes de sécurité de l'événement Lag BaOmer avant la catastrophe de 2021

Le leader de l'opposition et ancien Premier ministre Benjamin Netanyahu arrivant pour témoigner devant la commission d'enquête sur la catastrophe de Meron, à Jérusalem, le 21 juillet 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le leader de l'opposition et ancien Premier ministre Benjamin Netanyahu arrivant pour témoigner devant la commission d'enquête sur la catastrophe de Meron, à Jérusalem, le 21 juillet 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Plusieurs familles endeuillées – qui ont perdu des proches dans la catastrophe du Mont Meron en 2021 – et certains rivaux politiques de l’ancien Premier ministre ont attaqué jeudi ce dernier, après qu’il a déclaré à une commission d’enquête de l’État qu’il n’était, en aucun cas, responsable de l’accident mortel survenu sous sa direction.

Yisrael Diskin, dont le frère est l’une des 45 personnes tuées dans l’incident, a déclaré que Netanyahu avait adopté une politique concernant la catastrophe de Meron qui peut se résumer par : « Je n’ai rien vu, rien entendu, je ne savais pas. »

« Pendant les douze années de mandat de Netanyahu, tous les ministères du gouvernement étaient au courant des graves dangers qu’encourait la foule sur le mont, mais ont choisi de s’en tenir à ‘faites-nous confiance, tout ira bien’, ce qui a conduit à cette terrible catastrophe », a déclaré Diskin. « Les réponses de Netanyahu n’étaient pas satisfaisantes, et son affirmation selon laquelle il n’était pas conscient que le site était une bombe à retardement n’en est pas moins inquiétante. »

Netanyahu a comparu devant la commission d’État plus tôt jeudi. Il a témoigné qu’il n’était pas au courant des sérieux problèmes de sécurité de l’événement annuel, qui a eu lieu au plus fort de la pandémie de coronavirus.

« Je ne savais pas qu’il y avait un sérieux problème de sécurité », a témoigné Netanyahu. « J’ai assumé la responsabilité de ce qui se passait à ce moment-là, à savoir, la catastrophe épidémiologique, que j’ai su empêcher. Je ne peux pas assumer la responsabilité de ce dont je n’avais pas connaissance. »

La catastrophe meurtrière d’avril 2021, à l’occasion de la fête juive de Lag BaOmer, dans le nord d’Israël, a été la pire tragédie civile de toute l’histoire d’Israël. Environ 100 000 fidèles, pour la plupart Juifs ultra-orthodoxes, ont participé aux festivités malgré des avertissements de longue date concernant la sécurité du site.

Les forces de secours et la police israéliennes se tiennent sur les escaliers où une masse de personnes ont été écrasées à mort et blessées pendant les célébrations de la fête de Lag BaOmer sur le Mont Meron, dans le nord d’Israël, le 30 avril 2021. (Crédit : David Cohen/Flash90)

De multiples médias ont rapporté que Netanyahu, qui était Premier ministre à l’époque, subissait des pressions de la part de ses alliés politiques ultra-orthodoxes pour que les autorités autorisent un plus grand nombre de personnes à participer à l’événement, alors même que d’autres s’inquiétaient de l’affluence sur le site. Il a rencontré des législateurs ultra-orthodoxes avant l’événement et a accepté de supprimer toutes les restrictions sur le site en échange du soutien des partis haredim à une législation spécifique.

À l’époque, les règles relatives à la pandémie de COVID-19 limitaient les rassemblements en plein air à seulement 100 personnes, ce qui signifiait que l’événement de Lag BaOmer au Mont Meron nécessitait une réglementation spéciale, approuvée par le gouvernement, pour permettre une plus grande affluence.

Netanyahu a rejeté l’idée que ses actions de l’époque étaient motivées par des raisons politiques. « Je n’ai pas agi en raison de la pression exercée par les Haredim qui voulaient que le seuil soit augmenté », a-t-il déclaré. « Ce n’était pas sur la base de pressions, c’était sur la base d’instructions du ministère de la Santé. »

La présidente de la commission, l’ancienne juge Dvora Berliner, a mis Netanyahu au défi d’expliquer pourquoi, pendant ses nombreuses années au pouvoir, les problèmes de sécurité du site n’avaient jamais été traités, bien que le sujet a été soulevé à plusieurs reprises. « Vous avez été Premier ministre pendant 12 ans. La question de la sécurité de l’événement annuel – à grande affluence – était omniprésente », a noté Berliner. « Comment cela est-il possible ? Expliquez-vous : pourquoi la question n’a-t-elle pas été traitée ? »

Netanyahu a rejeté son « accusation » et a affirmé que ses gouvernements avaient fait plus que tous les autres en la matière. « Je suis désolé, votre honneur, je n’accepte pas votre accusation. La question a été traitée, conformément aux recommandations du contrôleur d’État… Je l’ai traitée, j’ai pris des décisions qui étaient censées régler les différents problèmes sur le mont », a-t-il déclaré. « Les seuls gouvernements à s’être inquiété du Mont Meron, sont les gouvernements que j’ai dirigés. »

Le vice-ministre des Affaires religieuses Matan Kahana – qui a supervisé l’événement de cette année et a qui a, ultérieurement, prononcé un discours à la plénière de la Knesset dans lequel il a assumé la responsabilité des fautes commises – s’est emporté contre le chef de l’opposition.

« Une personne qui ne prend pas ses responsabilités ne devrait pas chercher à diriger le pays », a tweeté Kahana, faisant référence au désir de Netanyahu de reprendre le poste de Premier ministre après les élections du 1er novembre prochain.

Se moquant de Netanyahu qui prétend ne pas avoir eu connaissance des dangers pour la sécurité à Meron, le ministre des Finances Avigdor Liberman a tweeté : « Tout comme vous n’étiez pas au courant des difficultés des soldats de Tsahal, des personnes âgées, des survivants de la Shoah, des handicapés, des travailleurs sociaux et de bien d’autres. » Il s’agissait d’une référence aux groupes dont les difficultés ont fait les gros titres ces dernières années.

« Vous ne saviez pas, vous vous en fichiez, et en un an, nous leur avons accordé des augmentations de salaire importantes et des subventions qui ont amélioré leur qualité de vie. Bibi, continuez à ne pas savoir, et nous continuerons à prendre soin de ceux qui sont dans le besoin », a-t-il ajouté.

Victimes de la catastrophe du mont Meron, le 30 avril 2021 : rangée supérieure (de gauche à droite) : Chen Doron, Haim Rock, Ariel Tzadik, Yossi Kohn, Yisrael Anakvah, Yishai Mualem, Yosef Mastorov, Elkana Shiloh et Moshe Levy ; 2e rangée (de gauche à droite) : Shlomo Zalman Leibowitz, Shmuel Zvi Klagsbald, Mordechai Fakata, Dubi Steinmetz, Abraham Daniel Ambon, Eliezer Gafner, Yosef Greenbaum, Yehuda Leib Rubin et Yaakov Elchanan Starkovsky ; 3e rangée (de gauche à droite) : Haim Seler, Yehoshua Englard, Moshe Natan Neta Englard, Yedidia Hayut, Moshe Ben Shalom, David Krauss, Eliezer Tzvi Joseph, Yosef Yehuda Levy et Yosef Amram Tauber ; 4e rangée (de gauche à droite) : Menachem Knoblowitz, Elazar Yitzchok Koltai, Yosef David Elhadad, Shraga Gestetner, Yonatan Hebroni, Shimon Matalon, Elazar Mordechai Goldberg, Moshe Bergman et Daniel Morris ; 5e rangée (de gauche à droite) : Ariel Achdut, Moshe Mordechai Elhadad, Hanoch Slod, Yedidya Fogel, Menahem Zakbah, Simcha Diskind, Moshe Tzarfati, Nahman Kirshbaum et Eliyahu Cohen.

Le député Yesh Atid Vladimir Beliak a qualifié le témoignage de Netanyahu « d’embarrassant ».

« Il n’y a aucun doute que cet homme, qui n’a aucune compétence en matière de gestion, d’intégrité ou de capacité à accepter la responsabilité de quoi que ce soit, n’est pas digne de tenir la barre de l’État », a-t-il déclaré.

« Netanyahu, vous ‘ne savez pas’ ce qui a provoqué la catastrophe ? », a tweeté le vice-ministre de l’Économie, Yair Golan. « Laissez-moi vous dire que c’est votre inacceptable intervention politique et celle de vos ministres du gouvernement précédent qui ont permis à l’événement de se dérouler sans limite d’affluence alors que vous saviez pertinemment que cela mettrait des vies en danger. »

Voir aussi : Meron – un document de police demandait l’élargissement de la rampe de sortie

« Quarante-cinq personnes ont été tuées, ils rejettent la faute sur tout le monde ; seul Netanyahu n’est pas responsable », a déclaré sarcastiquement Ram Ben Barak, député de Yesh Atid.

Dans son témoignage, le chef de l’opposition a noté que de nombreux événements impliquent des rassemblements de masse et que le Premier ministre ne s’implique que s’il y a des considérations particulières en matière de sécurité ou de santé. Dans ce cas, Netanyahu a dit qu’il n’était pas impliqué dans les considérations de sécurité, mais seulement dans les protocoles sanitaires de l’événement.

La supervision de l’événement relevait de la responsabilité du ministère des Affaires religieuses, a-t-il affirmé, et non du bureau du Premier ministre. Netanyahu a déclaré que son implication l’année dernière ne concernait que les considérations épidémiologiques dues à la pandémie de COVID-19, et non les dispositions générales de sécurité.

Voir aussi : Après le drame de Meron, les Haredim s’interrogent sur le prix de leur autonomie

Netanyahu est le plus haut responsable à avoir témoigné devant la commission, qui a entendu plus de 100 autres personnes, y compris d’anciens ministres qui étaient en fonction à l’époque.

Mercredi, Ynet a rapporté que le chef de la police israélienne, Kobi Shabtai, et d’autres hauts fonctionnaires devraient être informés dans les semaines à venir par la commission d’enquête qu’ils étaient susceptibles d’être tenus pour responsables de la catastrophe. Parmi eux, le chef de la police du district du nord, Shimon Lavi, a annoncé lundi sa démission de la police, invoquant sa responsabilité dans l’écrasement mortel du Mont Meron.

Même si les recommandations de la commission n’obligeront pas un futur gouvernement à les adopter, aucun gouvernement israélien n’a, à ce jour, complètement ignoré les recommandations d’une commission d’enquête nationale.

Les festivités de Lag BaOmer se sont déroulées cette année sous de strictes limitations. Les autorités ont mis en place plusieurs mesures de sécurité pour éviter qu’une catastrophe similaire à celle de l’année dernière ne se répète, limitant l’affluence, imposant un système de réservations par le biais de l’achat de billets et changeant le mode d’organisation de l’événement.

Le gouvernement a aussi réparé les escaliers et les autres infrastructures du complexe pour renforcer la sécurité.

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