B’Tselem et Breaking the Silence : Netanyahu annule sa rencontre avec un ministre allemand après un désaccord
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B’Tselem et Breaking the Silence : Netanyahu annule sa rencontre avec un ministre allemand après un désaccord

Les députés de l’opposition fustigent cet ultimatum ; Herzog prévient qu’il peut nuire aux relations avec l’Allemagne

Sigmar Gabriel, ministre allemand des Affaires étrangères, à Yad Vashem, à Jérusalem, le jour de Yom HaShoah, le 24 avril 2017. (Crédit : Gali Tibbon/AFP)
Sigmar Gabriel, ministre allemand des Affaires étrangères, à Yad Vashem, à Jérusalem, le jour de Yom HaShoah, le 24 avril 2017. (Crédit : Gali Tibbon/AFP)

Les responsables israéliens ont prévenu lundi que le Premier ministre Benjamin Netanyahu boycotterait une rencontre avec le ministre allemand des Affaires étrangères, Sigmar Gabriel. Celui-ci ne souhaitant pas changer son programme en dépit de l’ultimatum posé par le Premier ministre israélien, s’il rencontrait deux associations israéliennes de défense des droits de l’Homme controversées pendant sa visite en Israël.

L’annulation de l’entretien est un très inhabituel accroc dans les relations d’Israël avec l’un de ses plus fermes soutiens européens.

Gabriel est arrivé en Israël lundi pour participer aux évènements de Yom HaShoah, et devait voir Netanyahu mardi.

Il doit aussi rencontrer le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, et d’autres responsables pour discuter des nouveaux efforts de paix.

Pendant sa visite en Israël, le ministre allemand devait aussi rencontrer deux associations célèbres de la gauche israélienne, B’Tselem et Breaking the Silence, qui ont toutes deux été accusées par le gouvernement de compromettre la légitimité d’Israël sur la scène internationale.

Le bureau de Netanyahu a « précisé » que ces rencontres étaient contraires à la politique du gouvernement, et a indiqué que le ministre allemand devait choisir entre sa réunion avec Netanyahu et celle avec les associations, selon la Deuxième chaîne. Netanyahu est aussi ministre des Affaires étrangères.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant la cérémonie officielle de Yom HaShoah, à Yad Vashem, à Jérusalem, le 24 avril 2017. (Crédit : Amir Cohen/Pool/AFP)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant la cérémonie officielle de Yom HaShoah, à Yad Vashem, à Jérusalem, le 24 avril 2017. (Crédit : Amir Cohen/Pool/AFP)

Un responsable israélien a confirmé cette information au Times of Israël.

Une source a indiqué à la chaîne de télévision qu’ « Israël a établi une politique claire, malgré ses étroites relations avec l’Allemagne, dans l’objectif d’empêcher l’érosion causée par des rencontres entre des représentants européens et ces organisations. »

Gabriel a dit mardi matin qu’une telle annulation serait « impensable ».

« Nous apprenons par les médias israéliens que le Premier ministre Netanyahu, que j’ai de surcroît rencontré très souvent, veut annuler cette visite parce que nous voulons rencontrer des représentants critiques de la société civile », a-t-il déclaré à la télévision publique allemande ZDF.

Un responsable israélien avait pourtant déclaré que « le message a été clairement transmis aux Allemands. »

« Je peux à peine imaginer cela, car cela serait extrêmement regrettable », a-t-il ajouté, « il est tout à fait normal que, lors d’une visite à l’étranger, on parle à des représentants de la société civile. »

Mardi, Gabriel a rencontré des responsables palestiniens à Ramallah. Il a aussi vu Ir Amim, une association israélienne de gauche.

Tzipi Hotovely, vice-ministre des Affaires étrangères, a déclaré sur Twitter qu’elle soutenait la « décision [de Netanyahu] de tracer une ligne rouge concernant les organisations anti-Israël comme B’Tselem et Breaking the Silence. C’est une campagne importante contre ceux qui diffament Israël dans le monde entier. »

Aryeh Deri, le ministre de l’Intérieur et président du parti Shas, a déclaré qu’il soutenait « totalement » Netanyahu.

« Les pays étrangers ne doivent pas intervenir dans les affaires internes d’Israël », a écrit le ministre sur Twitter.

Yuli Edelstein, le président de la Knesset, a lui aussi annoncé son soutien mardi matin sur Twitter, jugeant que Breaking the Silence et B’Tselem étaient des « organisations de propagande anti-Israël. »

Le président Reuven Rivlin a cependant annoncé mardi que sa rencontre avec Gabriel se déroulerait comme prévu mardi après-midi.

Isaac Herzog, chef de l'opposition, à la Knesset, le 17 janvier 2017. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Isaac Herzog, chef de l’opposition, à la Knesset, le 17 janvier 2017. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Isaac Herzog, le chef de l’opposition, a déclaré lundi que l’ultimatum de Netanyahu pouvait porter un coup à la relation d’Israël avec « un ami sincère ».

« Netanyahu fui le terrain, a dit Herzog sur Twitter. L’ultimatum de Netanyahu au ministre allemand des Affaires étrangères nuit gravement aux relations d’Israël avec la plus grande économie d’Europe, un ami sincère d’Israël. » Il a appelé le Premier ministre à rencontre Gabriel et à « lui présenter la position israélienne, sans craindre une organisation ou une autre. »

Herzog a ajouté que, quelle que soit l’issue de cette impasse diplomatique, il rencontrerait Gabriel mardi pour « lui présenter mes positions et les positions d’Israël pour renforcer nos relations et préserver la réputation d’Israël. »

Yair Lapid, le président de Yesh Atid, a été plus ambivalent dans sa réponse, écrivant sur Twitter que, même si Netanyahu ne devait pas annuler sa rencontre avec Gabriel, il avait « entièrement raison » d’être en colère. « S’il rencontrait des organisations de gauche radicale en Allemagne, [la chancelière Angela] Merkel ne serait pas moins furieuse », a-t-il écrit.

La Deuxième chaîne a suggéré qu’un responsable moins important de l’entourage de Gabriel pourrait rencontrer les associations à sa place, ce qu’a semblé écarter le ministre.

Lundi, Gabriel avait déposé une gerbe de fleurs dans le Hall des Souvenirs de Yad Vashem. Sa visite en Israël a commencé le jour où le pays commémore les six millions de Juifs tués par le régime nazi pendant l’Holocauste.

Sigmar Gabriel, à droite, le ministre allemand des Affaires étrangères, et Clemens von Goetze, son ambassadeur en Israël, pendant la cérémonie de Yom HaShoah à Yad Vashem, à Jérusalem, le 25 avril 2017. (Crédit : Gali Tibbon/AFP)
Sigmar Gabriel, à droite, le ministre allemand des Affaires étrangères, et Clemens von Goetze, son ambassadeur en Israël, pendant la cérémonie de Yom HaShoah à Yad Vashem, à Jérusalem, le 25 avril 2017. (Crédit : Gali Tibbon/AFP)

Il s’est aussi rendu en Jordanie, où il a appelé à de nouveaux pourparlers de paix.

« Attendre trop longtemps ouvrira un nouveau terrain de jeu aux organisations terroristes de ce monde », a-t-il déclaré selon Deutsche Welle. « Si nous négligeons ce conflit, il pourrait entraîner une nouvelle série de violences dans la région, d’un genre que nous n’avons pas encore vu ces dernières années. »

B’Tselem, association israélienne de défense des droits de l’Homme, utilise des photographes et des vidéographes palestiniens pour documenter le comportement des soldats et des Israéliens vivant en Cisjordanie.

En octobre dernier, le directeur exécutif de l’association, Hagai El-Ad, avait appelé les Nations unies à prendre des mesures contre les implantations juives en Cisjordanie.

Breaking the Silence collecte des témoignages, généralement anonymes, de vétérans de l’armée israélienne qui racontent des abus présumés des soldats en Cisjordanie. Elle a souvent affronté les politiciens et les militaires israéliens, et ses détracteurs ont dénoncé ses rapports, jugés malhonnêtes, inexacts, et faisant partie d’une campagne conçue pour nuire à l’image d’Israël à l’étranger.

En février, l’ambassadeur belge en Israël, Olivier Belle, avait été convoqué pour une réprimande au ministère des Affaires étrangères car son Premier ministre, Charles Michel, avait rencontré des représentants des deux associations.

L’équipe du Times of Israël et l’AFP ont contribué à cet article.

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