Netanyahu met en garde contre Winter ; ce dernier appelle à de nouveaux dirigeants
Après que le Premier ministre a proposé une rencontre, le chef d'Amkha Yisrael affirme que le gouvernement actuel est “le véritable danger” ; Gadi Eisenkot dénonce les “mensonges ridicules” du chef de l’État, qui l’accuse de vouloir créer un État palestinien
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Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a de nouveau averti dimanche que le nouveau parti « Amkha Yisrael » (« Ton peuple, Israël ») d’Ofer Winter pourrait faire perdre des sièges essentiels à la coalition de droite sortante s’il se présentait seul aux prochaines élections législatives. Il a exhorté Winter à le rencontrer afin d’aborder la question.
Ces inquiétudes surviennent alors que Netanyahu n’est pas encore parvenu à rallier les partis de son bloc avant la date butoir du 8 septembre, fixée pour finaliser les listes en vue des élections du 27 octobre. Si un ou plusieurs des petits partis ne parvenaient pas à franchir le seuil électoral, cela risquerait de faire perdre des voix à Netanyahu en tant que Premier ministre.
« Je crains que ce parti ne provoque l’une des deux conséquences suivantes : soit il gaspille des voix, soit il fait passer l’un des partis que j’ai mentionnés [en dessous du seuil électoral] », a déclaré le Premier ministre lors d’une intervention sur la Quatorzième chaîne.
Netanyahu a affirmé que Winter ne recueillait pratiquement aucun soutien de la part des électeurs qui soutiennent ses rivaux, Naftali Bennett, chef du parti Beyahad, ou Avigdor Liberman, chef d’Yisrael Beytenu, et l’a exhorté à se coordonner avec l’ensemble du camp de droite.
« Je dis à Winter : rencontrons-nous, discutons. Immédiatement. Pour éviter qu’un parti comme celui-ci ne fasse basculer le bloc », a indiqué Netanyahu, tout en confirmant les informations selon lesquelles les deux hommes se seraient déjà rencontrés pour discuter de la question. Selon ces informations, Winter aurait refusé la demande de coordination du Premier ministre.
Winter a rejeté les propos de Netanyahu, affirmant dans un communiqué que son parti « fait partie du camp de la droite » mais « ne travaille pour personne — seulement pour le peuple d’Israël ».
Selon Winter, « ce qui met en danger le camp de droite et l’ensemble du peuple d’Israël » relève des politiques du gouvernement actuel. Il a cité une gestion défaillante des questions de sécurité, notamment ce qu’il a qualifié d’incapacité à s’opposer au groupe terroriste palestinien du Hamas, l’entrée de centaines de camions d’aide humanitaire à Gaza et le non-enrôlement des ultra-orthodoxes, parmi d’autres politiques malavisées.
« Il n’y a qu’une seule véritable possibilité de changement au sein du camp de droite et de manière générale : de nouvelles figures, qui n’ont pas pris part aux échecs du 7-Octobre », a déclaré Winter.
« De nouvelles figures qui se concentreront davantage sur le leadership et moins sur la politique. »
Winter avait déclaré jeudi que « Netanyahu est le chef du camp de droite, et c’est la seule personne que nous recommanderons [au poste de Premier ministre] ».
Liberman a, pour sa part, déclaré se réjouir de l’entrée de Winter en politique.
Interrogé par un journaliste sur la question de savoir si Netanyahu devait s’inquiéter de ses bonnes relations présumées avec Winter, alors que des informations indiquent que le Premier ministre craint que Winter ne s’allie à l’opposition, Liberman a répondu : « Les gens qui ont peur devraient aller chez le médecin. Il existe des médicaments contre la paranoïa ; ils devraient en prendre. »
Ancien général, Winter était le secrétaire militaire de Liberman lorsqu’il était ministre de la Défense.
Mardi, à Jérusalem, Winter a lancé Amkha Yisrael, le présentant comme un nouveau parti de droite qui mènerait une politique de sécurité intransigeante tout en cherchant à séduire différents secteurs de la société israélienne.
Netanyahu a également échoué jusqu’à présent dans ses efforts pour unir Otzma Yehudit, le parti du ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, et HaTzionout HaDatit, le parti du ministre des Finances, Bezalel Smotrich, qui avaient fait liste commune lors des dernières élections.
Selon les sondages, HaTzionout HaDatit se maintient juste au-dessus du seuil électoral. Le système israélien de représentation proportionnelle exige qu’un parti obtienne au moins 3,25 % des voix pour remporter des sièges à la Knesset ; dans le cas contraire, ses voix ne sont pas prises en compte et sont définitivement perdues.
La Treizième chaîne a rapporté dimanche que Netanyahu avait proposé à Ben Gvir de lui attribuer les places qui lui étaient réservées sur la liste du Likud, à condition qu’il s’allie à Smotrich, mais que le dirigeant d’Otzma Yehudit avait refusé.
Lors d’une interview accordée à la Quatorzième chaîne dimanche, Netanyahu a déclaré qu’il ne comprenait ni la « colère » de Ben Gvir ni son refus de s’allier à Smotrich.
« Quand Smotrich était au sommet, puis au plus bas, Ben Gvir l’avait appelé à mettre son ego de côté et à s’unir, et Smotrich avait agi de manière responsable. Aujourd’hui, c’est à Ben Gvir d’agir de manière responsable », a-t-il expliqué.
À l’approche des élections de 2022, Ben Gvir et Smotrich avaient initialement du mal à s’entendre sur une liste commune et échangeaient des insultes alors que les négociations s’enlisaient. Netanyahu est finalement intervenu personnellement et a négocié une alliance technique entre Otzma Yehudit et HaTzionout HaDatit. Les deux partis se sont présentés ensemble et ont remporté 14 sièges. Après les élections, l’alliance s’est à nouveau scindée en factions distinctes.
Par ailleurs, le chef spirituel du parti Shas, le rabbin Yitzhak Yosef, s’en est également pris dimanche à Ben Gvir, qui se rend souvent sur le mont du Temple à Jérusalem.
Les Juifs ultra-orthodoxes estiment qu’il est interdit de se rendre sur ce lieu, qui abritait autrefois les Temples bibliques, en raison de son caractère sacré.
« Pourquoi montes-tu sur le mont du Temple ? De quelle autorité ton rabbin dispose-t-il ? », a demandé Yosef à ses disciples dans des images diffusées par la chaîne N12.
Ben Gvir est un disciple du rabbin Dov Lior, ancien Grand Rabbin de la communauté juive de Hébron.
« Quel genre de rabbin y a-t-il à Hébron ? », a demandé Yosef.
« Je connais ses livres. Avec tout le respect que je lui dois, il est loin d’égaler les grands rabbins. »
« Les grands rabbins de cette génération ont pris une décision [contre la visite du mont]. C’est tout. Commencez à écouter les grands rabbins. Pour qui vous prenez-vous ? »
Ceux qui se rendent sur le mont « seront punis pour cela, cela ne fait aucun doute », a-t-il ajouté.
« Tout le monde meurt un jour ou l’autre, n’est-ce pas ? Tout le monde meurt. La question, c’est de savoir comment on meurt… Peut-être mourront-ils dans d’atroces souffrances… Je ne les maudis pas. Je constate simplement une réalité. »
Samedi, Yosef a été cité pour s’en être pris à la procureure générale, Gali Baharav-Miara, appelant Dieu à « en finir avec elle » suite à sa récente décision de reporter, jusqu’après les prochaines élections à la Knesset, une cérémonie commémorative financée par l’État marquant la mort de son père, le rabbin Ovadia Yosef, pour des raisons liées à la campagne électorale.
Netanyahu : l’existence même d’Israël est en jeu, Eisenkot créerait un État palestinien
Toujours sur la Quatorzième chaîne, Netanyahu a déclaré dimanche que l’existence même d’Israël était en jeu lors des prochaines élections, tout en attaquant son principal rival électoral, l’ancien chef d’état-major de Tsahal, Gadi Eisenkot, au sujet de ses positions en matière de sécurité en temps de guerre.
Saluant les succès militaires d’Israël depuis le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, Netanyahu a réitéré son argument selon lequel il avait été contraint de passer outre à d’intenses pressions nationales et internationales pour mener à bien des opérations militaires cruciales à Gaza, au Liban, en Syrie et en Iran – pressions qui, selon lui, émanaient également d’Eisenkot.
« Nous sommes devenus une puissance mondiale, certes régionale, mais également mondiale à certains égards. Or, nous pourrions dégrader notre situation d’un seul coup. C’est cela qui est en jeu dans ces élections : l’existence même de l’État d’Israël », a-t-il poursuivi.
Netanyahu a de nouveau accusé Eisenkot de s’être opposé à l’entrée d’Israël à Rafah, à la prise du couloir stratégique dit de « Philadelphi », qui sépare l’Égypte de la bande de Gaza, ainsi qu’à l’intensification des opérations contre le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah. Eisenkot a contesté la version de Netanyahu.
Interrogé par l’animateur Yinon Magal sur sa volonté de publier les transcriptions des réunions tenues en temps de guerre, Netanyahu a répondu : « Si telle est la demande, j’y réfléchis certainement. Je suis tout à fait prêt à le faire. Je pense que ce serait une chose très positive, car il est important que les citoyens connaissent la vérité – ce qui a été dit. »
Il a ajouté : « Il y a encore des missions à mener à bien et de nouvelles menaces », citant notamment le président turc Recep Tayyip Erdogan dans un contexte de tensions accrues avec la Turquie au sujet des événements en Syrie.
Netanyahu a également réitéré son affirmation selon laquelle Eisenkot serait tributaire de partenaires politiques, notamment du chef du parti Les Démocrates, Yaïr Golan, de Liberman et du chef de Raam, Mansour Abbas. Il a argué qu’une telle coalition serait incapable ou peu disposée à « aller jusqu’au bout » comme il le faudrait sur les différents fronts militaires d’Israël.
« Vous savez très bien ce qu’ils feront. Il y aura une vente au rabais ici. Ils quitteront immédiatement le Liban. Ils quitteront Gaza. Ils quitteront la Syrie. Et ils établiront un État palestinien ici. Et ils le disent. Ils le dissimulent, mais c’est ce qu’ils pensent », a-t-il affirmé.
« Et ce ne sera pas n’importe quel État palestinien. Ce sera un État palestinien soutenu par les grandes puissances, et ce sera le début de la fin d’Israël. Nous entrerons en chute libre. »
Eisenkot a à plusieurs reprises exclu la création d’un État palestinien, tout récemment encore lors d’une interview accordée ce week-end au journal Israel Hayom, dans laquelle il a déclaré : « Quiconque envisage une solution à deux États après le 7-Octobre se berce d’illusions. »
En réponse à cette interview, le parti Yashar d’Eisenkot a publié un communiqué déclarant : « Un Premier ministre déconnecté de la réalité est assis là, et la seule chose qu’il a à offrir aux citoyens du pays, ce sont encore plus de mensonges ridicules sur Eisenkot. »
« Nous savons tous pourquoi vous refusez de mettre en place une commission d’enquête nationale. Vous êtes terrifié à l’idée que les citoyens israéliens découvrent la vérité : qui a vraiment fait pression pour quoi, et qui avait tellement peur d’une opération terrestre à Gaza, de la prise de Rafah et d’une attaque contre l’Iran. »
Un nouveau sondage diffusé dimanche par la chaîne publique Kan montre que les partis HaTzionout HaDatit et Amkha Yisrael franchiraient tous deux le seuil électoral lors des élections d’octobre.
Toutefois, ce résultat ne semble pas améliorer les perspectives de Netanyahu, dont la coalition actuelle de partis de droite ne remporterait que 48 sièges au Parlement. Si Winter venait à le rejoindre, comme il l’a laissé entendre, ce nombre passerait à 52, ce qui resterait bien en deçà de la majorité requise de 61 sièges.
Le parti Yashar de Gadi Eisenkot arrive en tête du sondage avec 24 sièges ; le Likud en obtient 21 ; Beyahad 14 ; Les Démocrates 9 ; Yisrael Beytenu 8 ; Yahadout HaTorah 8 ; la Liste arabe unie 8 ; Otzma Yehudit 7 ; Shas 7 ; HaTzionout HaDatit 5 ; Raam 5 ; et Amkha Yisrael 4.
Le bloc d’opposition, sans les partis arabes, obtiendrait 55 sièges dans ce scénario.
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