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Otzma Yehudit et Noam se séparent de HaTzionout HaDatit

Après s'être présentés dans le cadre d'une alliance aux élections, les partis d'extrême-droite se sont officiellement séparés alors que les activités vont reprendre à la Knesset

Carrie Keller-Lynn est la correspondante politique et juridique du Times of Israël.

Le chef d'Otzma Yehudit, le député Itamar Ben Gvir, après une rencontre avec Isaac Herzog à la résidence du président, à Jérusalem, le 10 novembre 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le chef d'Otzma Yehudit, le député Itamar Ben Gvir, après une rencontre avec Isaac Herzog à la résidence du président, à Jérusalem, le 10 novembre 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

La faction d’extrême-droite de Hatzionout HaDatit s’est divisée en trois partis individuels, mettant un terme à l’alliance conclue en amont des élections alors que la Knesset va reprendre ses activités.

Si la liste commune a obtenu 14 sièges à la 25e Knesset, HaTzionout HaDatit en détient désormais 7, Otzma Yehudit 6, et la petite faction Noam un seul, après que la Commission des Arrangements de la Knesset a approuvé dimanche les demandes de scission soumises par Otzma Yehudit et par Noam.

Des sources au sein de ces nouvelles factions indépendantes ont fait savoir que l’initiative était la simple mise en œuvre des accords pré-électoraux. Elle survient toutefois dans un contexte d’impasse dans les discussions de coalition entre le parti leader du bloc, le Likud, et Bezalel Smotrich, le dirigeant de Hatzionout HaDatit. Ce dernier demande à prendre la tête du ministère des Finances (réclamé par le parti Shas) ou du ministère de la Défense (une perspective à laquelle s’opposerait Washington).

Cette scission de l’alliance pourrait réduire l’influence de Smotrich dans les négociations avec le leader du Likud, Benjamin Netanyahu, même si Otzma Yehudit a juré dimanche de rester solidaire avec Hatzionout HaDatit et que les responsables de la faction ont affirmé que le moment choisi pour la séparation n’avait aucune signification politique.

« Smotrich et Ben Gvir se sont coordonnés. Ils entreront au gouvernement avec 14 sièges », a dit un porte-parole de Hatzionout HaDatit, se faisant l’écho de propos tenus par Ben Gvir. « C’est comme ça. »

Même son de cloche chez Simcha Rothman, député de la formation, qui a déclaré que « nous savions depuis le début que cela arriverait » et ajoutant que les factions « avaient convenu de se séparer tout de suite après leur entrée à la Knesset ».

Le président du Likud et député Benjamin Netanyahu, à l’occasion d’un événement célébrant la vente de 40 000 exemplaires de son autobiographie, à Jérusalem, le 14 novembre 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Yitzhak Wasserlauf, député d’Otzma Yehudit, qui devrait devenir ministre, a lui aussi démenti tout lien avec les négociations en cours, évoquant une « initiative procédurale ».

Almog Cohen, législateur de la même faction, l’a confirmé.

« Non, il n’y a aucun lien avec les négociations : ce n’est qu’une question technique », a-t-il dit. « Par exemple, nous avons besoin d’une salle de faction pour nos réunions de parti. Nous avons besoin d’outils parlementaires pour être en mesure d’apporter une réponse aux citoyens qui veulent que nous les aidions. Et tout ça ne sera mis à notre disposition que quand nous serons devenus une faction indépendante », a-t-il déclaré.

La politique israélienne fait la différence entre les partis et les factions. Même si les deux termes peuvent être utilisés de la même façon, un parti est, de manière plus formelle, une plateforme politique existant à l’extérieur du parlement tandis qu’une faction, à la Knesset, représente un parti ou plusieurs qui sont placés sous la direction d’un seul leader.

Les députés Itamar Ben Gvir et Bezalel Smotrich lors d’un rassemblement de leur parti HaTzionout HaDatit à Sderot, le 26 octobre 2022. (Crédit : Gil Cohen-Magen/AFP)

Une source a confié que la stratégie des trois formations avait changé maintenant qu’elles s’apprêtaient à rejoindre la coalition dans le cadre du bloc du Likud, placé sous l’autorité de Netanyahu, qui a remporté 64 sièges lors du scrutin du 1er novembre. Après avoir, depuis les rangs de l’opposition, concentré leur énergie à renverser le gouvernement très diversifié qui était jusqu’alors au pouvoir, les formations vont désormais lutter pour se faire une place et avoir une influence dans la coalition majoritaire à la Knesset.

Assaf Shapira, directeur du programme de réforme politique à l’Institut israélien de la Démocratie, explique qu’une scission offre certains avantages parlementaires mais que l’objectif reste farouchement politique.

« Je pense que la principale motivation d’une scission est politique et qu’elle est liée à la communication » en permettant à chaque formation d’avancer son narratif devant les citoyens et « de gagner plus de pouvoir » au cours des négociations de coalition et pendant les sessions de travail de la Knesset.

L’indépendance d’une faction offre à cette dernière « plus de pouvoir, plus de contrôle, plus de poids dans les négociations avec Netanyahu », a-t-il poursuivi.

Le député Avi Maoz à la Knesset, à Jérusalem, le 21 juin 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Les outils parlementaires – comme les limitations sur le nombre de projets de loi privés qui peuvent être discutés, la capacité à placer un point précis à l’ordre du jour de la plénière et les nominations dans les commissions – peuvent augmenter quelque peu lorsqu’un parti est indépendant « mais pas de manière significative », affirme Shapira.

« Ce qu’offre une scission, c’est l’indépendance » – autorisant chaque parti à avancer des éléments de son programme sans avoir à négocier au préalable avec les autres.

Dans son programme politique, Otzma Yehudit prône l’expulsion des Israéliens « déloyaux » et l’assouplissement des règles qui encadrent l’usage des tirs à balle réelle par les soldats. Avi Maoz, à la tête du parti anti-LGBT Noam, veut renforcer « l’éducation juive » dans les établissements scolaires. Les députés des deux formations veulent réinstituer les thérapies de conversion pour les homosexuels.

Même s’ils ont attendu jusqu’à dimanche pour se séparer officiellement, Hatzionout HaDatit, Otzma Yehudit et Noam ont mené des négociations distinctes avec le Likud depuis que les résultats des élections ont été connus.

Ce que cette rupture n’affectera pas reste toutefois la plus grande partie des financements offerts aux factions. Des fonds permettant de rembourser les coûts de la campagne électorale et de soutenir le travail quotidien à la Knesset sont alloués à chaque parti. Ils ont déjà été divisés entre les différentes factions de l’alliance.

Le leader du Likud, Benjamin Netanyahu, s’adressant à ses partisans au siège de campagne du parti à Jérusalem, le 2 novembre 2022. (Crédit : Ronaldo Schemidt/AFP)

L’alliance n’est aujourd’hui plus en mesure de dire qu’elle est la troisième faction la plus importante de la Knesset. Smotrich, avec sept sièges, est cinquième – à égalité avec le parti ultra-orthodoxe Yahadout HaTorah. C’est la formation haredi du Shas qui est dorénavant la deuxième plus importante du bloc de droite, avec onze sièges, ce qui lui donne un plus grand poids dans les pourparlers de coalition.

Même s’il a revendiqué le ministère de la Défense, ces derniers jours, Smotrich a fait savoir qu’il serait favorable à l’idée de prendre la tête du ministère des Finances, actuellement convoité par le leader du Shas, Aryeh Deri.

Condamné à deux reprises pour des délits financiers et purgeant aujourd’hui une peine avec sursis, Deri ne peut pas être nommé à un poste ministériel. Il pourrait faire appel devant la Commission centrale électorale pour qu’elle approuve sa nomination malgré sa condamnation. Une autre solution serait que la coalition tente de faire adopter un amendement, dans la loi, qui l’autoriserait à prendre la tête du Trésor.

Dans ce contexte d’impasse dans les négociations, Smotrich a annoncé, samedi soir, qu’il annulait un voyage prévu à New York afin de se concentrer sur les négociations de coalition. « Avec l’aide de Dieu, nous établirons un gouvernement pleinement de droite dans les meilleurs délais », a-t-il dit.

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