Israël en guerre - Jour 138

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Netanyahu poussé à accepter un accord sur les otages ; Ben Gvir et Smotrich critiquent Washington

Lapid répète son offre de soutenir le gouvernement à la place des factions d'extrême-droite, mettant en garde contre de nouvelles violences si les pouvoirs du ministre de la Sécurité nationale ne sont pas réduits avant le Ramadan

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, au centre, arrivant à une réunion de la faction du Likud, à la Knesset, à Jérusalem, le 5 février 2024. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, au centre, arrivant à une réunion de la faction du Likud, à la Knesset, à Jérusalem, le 5 février 2024. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le leader de l’opposition Yair Lapid a mis en garde, lundi, le Premier ministre Benjamin Netanyahu en lui demandant de restreindre les pouvoirs détenus par le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir. Il a répété qu’il était prêt à entrer au gouvernement pour remplacer le ministre ultra-nationaliste et ce dans le but de garantir qu’un accord portant sur la remise en liberté des otages actuellement retenus en captivité à Gaza serait bien soutenu au sein de la coalition.

Les propos de Lapid ont été tenus alors que les alliés politiques de Netanyahu continuent à éreinter l’administration du président américain Joe Biden, faisant planer la menace d’une crise dans les relations entre les deux pays dans un contexte de guerre en cours à Gaza et alors que Washington pousse de manière croissante l’État juif à mettre un terme à son offensive dans la bande après presque quatre mois de combats.

Suite à une rencontre avec Netanyahu, qui a eu lieu lundi soir, Lapid a indiqué aux journalistes qu’il avait proposé de servir « de filet de sécurité » à la coalition afin de permettre au gouvernement d’accepter un accord qui assurerait le rapatriement des otages retenus au sein de l’enclave côtière.

« J’ai dit au Premier ministre – je ne suis pas intéressé par un portefeuille, j’ai été ministre des Affaires étrangères, j’ai été ministre des Finances, j’ai été Premier ministre. Une seule chose m’intéresse – le retour des otages », a dit Lapid.

« Et s’il a besoin pour cela que je serve de filet de sécurité, sous une forme ou une autre – en entrant au gouvernement, depuis l’extérieur, autrement – il suffit de me le dire. Parce que ce qui est important, c’est de faire revenir les otages », a-t-il affirmé, répétant une offre qu’il avait déjà faite ultérieurement, lorsqu’il avait proposé d’intégrer le gouvernement pour y remplacer les formations Otzma Yehudit et Hatzionout HaDatit d’extrême-droite si cela s’avérait nécessaire pour garantir la libération des otages à Gaza.

Les membres des deux partis extrémistes ont indiqué qu’ils pourraient s’opposer à un accord et qu’ils pourraient même renverser le gouvernement pour cette raison.

Le Hamas insiste sur le fait que tout accord sur les otages doit comprendre la cessation totale de la guerre dont l’objectif est d’anéantir le groupe terroriste. Israël a lancé son offensive suite au massacre commis au sud de l’État juif, le 7 octobre – à cette date, des milliers de terroristes avaient franchi la frontière entre Israël et Gaza et ils avaient tué 1 200 personnes. 253 personnes avaient aussi été kidnappées, prises en otage au sein de l’enclave côtière.

Le leader de l’opposition Yair Lapid lors d’une réunion de faction à la Knesset de Jérusalem, le 5 février 2024. (Crédit : Yonatan Sindel/ Flash90)

Alors que la majorité des Israéliens sont défavorables à un accord qui obligerait Israël à relâcher tous les prisonniers palestiniens incarcérés pour atteinte à la sécurité nationale ou qu’ils s’opposent à l’idée d’arrêter la guerre, Netanyahu subit actuellement des pressions de plus en plus fortes, de la part du public, en faveur de la remise en liberté des otages, même si cela implique une pause à durée indéterminée dans les combats.

Les idéologies contradictoires qui prévalent au sein du gouvernement de droite ont été aussi montrées du doigt, accusées d’être à l’origine de l’absence totale de stratégie s’agissant du contrôle des affaires civiles à Gaza au lendemain de la guerre. Parlant aux journalistes, lundi, le ministre de Défense Yoav Gallant a établi clairement que vaincre le Hamas nécessitera « un acte politique » qui visera à désigner clairement l’entité qui sera chargée de gérer les affaires civiles dans la bande après la fin du conflit, des paroles qui ont été considérées comme une critique voilée de Ben Gvir.

« Seule l’avancée d’une alternative politique pourra garantir que le Hamas ne reprendra plus le pouvoir. Il n’y aura pas de contrôle des affaires civiles par Israël dans la bande ; il est temps de prendre les bonnes décisions de façon à ce que nous puissions atteindre les objectifs politiques que nous avons établis », a-t-il dit.

Pendant une réunion de faction du Likud, lundi, Netanyahu s’est enorgueilli de la libération des 110 otages qui étaient revenus sur le sol israélien pendant une trêve temporaire de dix jours, à la fin du mois de novembre. Il a juré « de continuer à travailler… Le Hamas a des demandes que nous n’accepterons pas ».

« Les conditions qui entoureront la libération des otages devront être similaires à celles qui figuraient » dans le précédent accord et le retour des captifs « ne se fera pas à n’importe quel prix », a-t-il ajouté, prédisant qu’Israël remportera « une victoire totale contre le Hamas » à une échéance relativement courte.

« Nous tuerons les chefs du Hamas et pour cette raison, nous devons continuer à nous battre dans toute la bande de Gaza. La guerre ne devra pas se terminer avant cela. Cela prendra du temps – des mois, pas des années », a-t-il poursuivi.

Au début de la réunion, Netanyahu a été fustigé par les familles des captifs à qui, semble-t-il, il a été interdit d’intervenir lors de la rencontre de la faction, après des semaines où elles ont tenté d’y avoir accès.

Selon les médias israéliens, les familles – dont la présence est régulière dans les couloirs de la Knesset, depuis plusieurs mois, alors qu’elles s’efforcent de pousser le gouvernement à en faire davantage pour obtenir la remise en liberté de leurs proches – n’ont pas eu le droit d’entrer dans la salle pour s’exprimer devant les députés avant la réunion.

Les proches des otages avaient eu l’autorisation de prendre la parole lors des réunions de faction d’autres partis.

Des Israéliens se rassemblent pour exiger la garantie de la libération des otages détenus par des terroristes dans la bande de Gaza, à Tel Aviv, le 3 février 2024. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

« Le Likud est le seul parti à ne pas nous avoir rencontrés jusqu’à présent », a dit au site d’information Walla Gil Dickmann dont la cousine, Carmel Gat, a été kidnappée le 7 octobre.

« Nous espérions qu’ils allaient nous rencontrer mais ils cherchent encore à trouver des raisons de ne pas le faire », a-t-il ajouté, promettant de ne pas relâcher la pression « jusqu’au retour du dernier des otages ».

En restant fidèle à Ben Gvir, Netanyahu risque d’empirer une possible crise avec les États-Unis alors que le politicien d’extrême-droite a à nouveau critiqué âprement Washington au cours de sa propre réunion de faction.

Dimanche, le Wall Street Journal avait publié un entretien accordé par le ministre d’extrême droite dans lequel ce dernier éreintait l’administration Biden et sa prise en charge de la guerre à Gaza, affirmant que cette gestion du conflit profitait au Hamas et que la campagne militaire aurait été mieux soutenue avec un Donald Trump à la Maison-Blanche.

« Au lieu de soutenir pleinement Israël, [le président américain] Joe Biden s’affaire à faire entrer des aides humanitaires et du carburant à Gaza qui vont directement au Hamas », avait déclaré Ben Gvir dans le cadre de cette interview. « Si Trump était au pouvoir, tout serait différent ».

Le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir dirigeant une réunion de la faction Otzma Yehudit, à la Knesset, à Jérusalem, le 5 février 2024. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Pendant toute la guerre, l’administration Biden a soutenu Israël en offrant au pays des milliards de dollars, même si NBC a récemment indiqué que la Maison Blanche pourrait ralentir le rythme de ses aides financières versées à l’État juif.

Dans le passé, l’administration américaine avait interpellé Ben Gvir et le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, qui prônent le déplacement des Palestiniens hors des frontières de Gaza et le président américain a estimé que les membres du gouvernement israélien étaient « parmi les plus extrémistes » qu’il avait été amené à rencontrer dans toute sa carrière politique.

« Je suis mon propre chemin. Je ne cille pas. Je ne plie pas », a dit Ben Gvir pendant la réunion de sa faction Otzma Yehudit, lundi, prétendant qu’un proche du Premier ministre Benjamin Netanyahu avait donné pour instruction aux députés du Likud de « l’attaquer » en raison des propos qu’il a pu tenir.

« Nous apprécions l’Amérique à sa juste valeur, nous aimons son administration mais nous devons changer notre manière d’agir », a-t-il indiqué aux journalistes, appelant Netanyahu à « choisir la voie ouverte par Otzma Yehudit. »

« Je ne cherche pas à dissimuler la réalité complexe qui est celle dans laquelle l’administration Biden évolue. L’Amérique est notre alliée, elle est notre amie mais l’administration Biden doit cesser d’exercer des pressions sur nous ; elle doit arrêter de faire entrer du carburant et des équipements humanitaires qui finissent entre les mains du Hamas », a-t-il poursuivi.

De son côté, Smotrich s’en est lui aussi pris à l’administration Biden au cours de la réunion de faction de sa formation Hatzionout HaDatit, affirmant que les sanctions récemment annoncées par les États-Unis à l’encontre des partisans violents du mouvement pro-implantation entraient dans le cadre d’une « campagne antisémite mensongère » placée en partie sous la direction du mouvement BDS (Boycott, Divestment and Sanctions).

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (2e à gauche) dirige la réunion hebdomadaire du cabinet au ministère de la Défense à Tel Aviv, le 7 janvier 2024. (Crédit : RONEN ZVULUN/AFP)

« L’administration prend des mesures qui sont habituellement prises contre les terroristes et contre les organisations terroristes », a-t-il noté, confirmant des informations parues dans les médias israéliens qui avaient fait savoir qu’il cherchait actuellement à trouver les moyens d’empêcher les banques israéliennes d’obéir aux sanctions.

« Ce n’est pas possible qu’un citoyen israélien, avec de l’argent israélien dans une banque israélienne soit privé de ses droits et de ses avoirs à cause d’un décret américain », a ajouté Smotrich, qui a indiqué qu’il était en contact avec le superviseur des banques israéliennes, Daniel Hahiashvili, dans ce dossier.

Deux établissements bancaires israéliens ont d’ores et déjà bloqué les comptes appartenant à des individus ayant écopé de sanctions de la part de l’Amérique par crainte des conséquences juridiques.

Lapid a indiqué que conserver Ben Gvir au poste de ministre en charge de la police, à Jérusalem-Est, faisait courir le risque « d’un embrasement » de la capitale pendant le prochain mois du Ramadan musulman.

Affirmant que le gouvernement n’est pas prêt à faire face aux tensions qui entourent traditionnellement le Ramadan, Lapid a appelé Netanyahu à restreindre l’autorité de Ben Gvir et à nommer une équipe qui sera en charge de préparer le pays à cette période qui se caractérise habituellement par un climat d’instabilité parce que « nous allons tout droit à la catastrophe ».

L’année dernière, la Haute cour avait interdit à Ben Gvir de donner des ordres opérationnels aux policiers concernant la manière dont ces derniers gèrent les manifestations et dont ils utilisent la force pendant les mouvements de protestation.

La police israélienne escortant les visiteurs juifs marquant la fête de Pessah vers l’enceinte de la mosquée Al-Aqsa au sommet du mont du Temple, dans la Vieille Ville de Jérusalem, pendant le ramadan, le 9 avril 2023. (Crédit : AP Photo/Mahmoud Illean)

« Nous n’avions pas besoin de l’interview parue dans le Wall Street Journal pour nous souvenir que Ben Gvir est un clown dangereux qui préfère allumer des incendies plutôt que les éteindre mais, pendant le Ramadan, un tel comportement pourrait entraîner une explosion susceptible de coûter des vies humaines », a dit Lapid.

Le député Ayman Odeh, à la tête de l’alliance à majorité arabe Hadash-Taal, a critiqué Netanyahu, lundi, pour avoir intégré Ben Gvir et Smotrich dans la coalition, affirmant que le Premier ministre « a toujours poursuivi une politique d’incitation à la haine ».

« L’essor du kahanisme n’est pas accidentel – c’est une politique », a-t-il affirmé. « Netanyahu est-il en situation de faiblesse face à Ben Gvir et face à Smotrich? Non. Il les utilise pour faire le travail qu’il aurait voulu faire lui-même ».

Le gouvernement de Netanyahu a aussi été fustigé par le leader de Yisrael Beytenu, Avigdor Liberman, lorsque le ministre du cabinet, Benny Gantz, a été placé dans l’obligation d’annuler une conférence de presse qui avait été prévue au même endroit et à la même heure que celle du ministre de la Défense, Yoav Gallant.

Les deux ministres avaient chacun annoncé qu’ils s’exprimeraient séparément au siège de Tsahal à Tel Aviv, à 19 heures. Ils ont été raillés par leurs adversaires politiques.

La décision prise par les deux membres du cabinet de prendre la parole, chacun de leur côté, a été « absurde » et elle a montré « que ce cabinet est une affaire de politique pure », a déclaré Liberman.

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