Netanyahu promet 3 500 nouveaux logements dans la zone E1 en Cisjordanie
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Netanyahu promet 3 500 nouveaux logements dans la zone E1 en Cisjordanie

Ces unités relieraient Maale Adumim à Jérusalem-Est, coupant un futur État palestinien ; il semble s'agir d'un geste envers les résidents d'implantation, à 6 jours des élections

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Vue des quartiers de Maale Adumim à proximité de Jérusalem, le 3 octobre 2017 (Crédit : Hadas Parush/Flash90)
Vue des quartiers de Maale Adumim à proximité de Jérusalem, le 3 octobre 2017 (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a promis mardi la construction de 3 500 logements dans un secteur de Cisjordanie très controversé, où la construction est gelée face aux craintes de divers gouvernements étrangers qui redoutent que cela ne mette en péril la solution à deux États.

« J’ai donné des instructions immédiates pour permettre le dépôt de plans en vue de la construction de 3 500 unités en zone E1 », territoire situé à la sortie de Jérusalem, a dit Netanyahu.

Si Israël construit dans cette zone entre l’implantation juive de Maale Adumim et Jérusalem, la Cisjordanie sera coupée en deux, ce qui empêcherait la création d’un éventuel État palestinien disposant d’une continuité territoriale, dénoncent les Palestiniens et des ONG.

« Si le projet se concrétise, cela mettra fin à l’idée d’un État palestinien viable », a réagi Angela Godfrey-Goldstein, codirectrice de l’ONG Jahalin Solidarity qui défend les familles bédouines établies dans le secteur E1.

« C’est un autre exemple montrant à quel point Bibi (surnom de M. Netanyahu) est désespéré de gagner des votes (…) », a ajouté Mme. Godfrey-Goldstein, qui dit craindre le déplacement de nombreuses familles bédouines en raison de ce projet immobilier qui s’inscrit dans une suite d’annonces du Premier ministre.

Le Premier ministre israélien courtise ouvertement les électeurs de la droite nationaliste et du mouvement pro-implantations dans l’espoir de remporter les élections législatives de lundi face à son rival centriste Benny Gantz,

Ces élections sont d’autant plus cruciales pour M. Netanyahu qu’il doit faire face, à partir de la mi-mars, à la justice qui l’accuse de corruption, malversation, abus de confiance dans trois affaires.

A LIRE : Etat d’Israël vs. Netanyahu : détails de l’acte d’accusation du Premier ministre

Le projet auquel Netanyahu fait référence comprend en fait deux plans au nord de Maale Adumim totalisant 3 426 maisons qui ont été préparés par le gouvernement de l’ancien Premier ministre Yitzhak Rabin en 1994 et qui sont passés par une étape de planification préliminaire appelée « dépôt » en 2004 par l’Administration civile, l’organe du ministère de la défense chargé d’autoriser la construction dans les implantations. Le Premier ministre de l’époque, Ariel Sharon, avait abandonné ce projet à la demande du président américain George W. Bush.

En 2012, Netanyahu avait donné le feu vert à la résurrection du plan, qui a été de nouveau approuvé pour la phase de « dépôt ». Le quotidien Haaretz avait rapporté à l’époque que la France et le Royaume-Uni envisageaient de rappeler leurs ambassadeurs d’Israël en réponse à cette validation. Le projet a depuis été gelé en raison de ce que Netanyahu a reconnu mardi comme étant une pression des gouvernements européens et des États-Unis.

S’exprimant lors de la conférence B’Sheva à Jérusalem, Netanyahu a déclaré qu’il avait ordonné que le projet E1 passe à l’étape suivante de planification où ses détails sont rendus publics dans les journaux israéliens. Les membres du public auront alors la possibilité de présenter des objections aux plans à l’administration civile, avant de recevoir l’approbation finale de la construction dans un processus durant souvent deux à trois ans.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’exprime lors de la 17e conférence annuelle de Jérusalem du groupe B’sheva, le 25 février 2020. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« Cette annonce est d’une importance capitale, et je pense que tout le monde ici le comprend », a-t-il déclaré à la foule lors de la conférence de l’organisation religieuse nationale de droite B’Sheva.

Jeudi, l’administration civile se réunira pour faire avancer les plans concernant plus de 1 100 maisons dans toute la Cisjordanie lors de sa première session trimestrielle de l’année civile 2020. Les 12 projets dans 11 implantations inscrites au registre comprennent un projet pour 620 maisons dans la ville centrale d’Eli en Cisjordanie, qui recevra l’approbation finale pour la construction. Le développement substantiel de la ville a été gelé pendant des décennies en raison de pétitions auprès de la Haute Cour de justice déposées par des Palestiniens qui affirment que la ville a été construite sur leurs terres. La Cour s’est officiellement rangée du côté des résidents de l’implantation la semaine dernière, les autorisant à poursuivre ces projets d’expansion.

David Elhayani, qui préside le groupe de coordination des maires d’implantations du Conseil de Yesha, a remercié Netanyahu dans une déclaration, affirmant que son annonce de mardi permettrait une « construction stratégique et généralisée » en Cisjordanie.

D’un autre côté, l’organisme anti-implantations La Paix maintenant a déclaré que Netanyahu « vendait les intérêts nationaux d’Israël et entraînait le pays vers un État binational » afin de gagner plus de voix des résidents d’implantations lors de l’élection de lundi.

L’avant-poste de Havat Gilad, en Cisjordanie, le 10 janvier 2018 (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

L’annonce faite mardi par Netanyahu semble être le dernier geste en date d’une longue série à l’attention des résidents d’implantations et leurs partisans dans les semaines précédant l’élection, dans le but de renforcer le soutien à son bloc de droite.

Le bureau du Premier ministre a ordonné, dimanche, le raccordement de douze avants-postes illégaux en Cisjordanie au réseau électrique de l’État.

La semaine dernière, Netanyahu avait annoncé qu’il avait levé les restrictions entravant la construction du quartier Givat Hamatos, promettant de rajouter 2 200 logements de Har Homa, fondée en 1997, et de 3 000 logements au secteur de Givat Hamatos, aussi à Jérusalem.

« L’expansion de ces deux colonies porte directement atteinte à la viabilité d’un futur État palestinien, comme l’a rappelé à plusieurs reprises l’Union européenne », avait réagi le consulat de France après l’annonce la semaine dernière de Netanyahu.

Cette annonce avait été faite moins de deux semaines après l’avancée d’un projet du ministère du Logement, visant à construire un large quartier juif dans un secteur de Jérusalem-Est qui semblait pourtant avoir été destiné, par le plan de paix de l’administration Trump, à l’édification d’un centre palestinien de tourisme.

Netanyahu a terminé son discours de mardi en disant qu’il ne pourrait continuer à étendre la présence d’Israël au-delà de la Ligne verte que si les personnes présentes dans le public votaient pour lui la semaine prochaine.

L’AFP a contribué à cet article.

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