New York : L’école juive savait que l’enseignant avait déjà abusé d’enfants
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New York : L’école juive savait que l’enseignant avait déjà abusé d’enfants

Les administrateurs de la SAR Academy avaient été alertés des agressions sexuelles commises par Stanley Rosenfeld sur des élèves. Ils l'ont toutefois réembauché dix ans plus tard

Photo d'illustration d'une classe vide (Crédit : Maxim Dinshtein//FLASH90)
Photo d'illustration d'une classe vide (Crédit : Maxim Dinshtein//FLASH90)

NEW YORK (JTA) — Les responsables d’une école juive de New York étaient au courant des allégations portées à l’encontre d’un administrateur qui avait agressé au moins une douzaine des élèves de l’école, selon une enquête résumée dans un rapport.

Le rapport, qui a été publié vendredi, a établi que Stanley Rosenfeld avait sexuellement agressé une douzaine d’élèves de la SAR Academy, une école orthodoxe moderne située dans le quartier de Riverdale, dans le Bronx. Un autre enseignant, le rabbin Sheldon Schwartz, aurait agi de manière inappropriée avec au moins quatre jeunes.

Rosenfeld, délinquant sexuel condamné, a admis avoir agressé des centaines de petits garçons au cours de toute sa vie et notamment à la SAR, selon le rapport.

JTA est entré en contact avec Schwartz par le biais de son avocat en quête de commentaires sur les accusations lancées à son encontre.

T&M Protection Resources, une firme extérieure spécialisée dans l’examen des accusations d’agression sexuelle, a mené une enquête qui s’est penchée sur les allégations d’abus sexuel de la part de Rosenfeld, assistant principal à la SAR dans les années 1970 et qui a également enseigné l’anglais dans le même établissement une décennie plus tard. L’école avait commandé l’enquête au mois de janvier, peu après avoir pris connaissance de ces allégations.

La firme a interviewé presque 40 témoins, ainsi que Schwartz et Rosenfeld. T&M n’a été toutefois en mesure d’interroger Schwartz qu’avant d’entendre les allégations portant sur son comportement inapproprié.

« Nous voulons faire part de notre gratitude la plus sincère aux individus qui se sont présentés pour nous raconter des exemples de comportements inappropriés et de violences », a dit l’administration de la SAR dans un courriel envoyé vendredi en liaison avec le rapport.

« Nous avons le coeur brisé en apprenant que nos anciens élèves ont souffert de violences alors qu’ils se trouvaient sous la garde de la SAR mais nous sommes également profondément admiratifs de leur courage. »

L’annonce de l’enquête par la SAR, au mois de janvier, a amené deux autres écoles juives qui avaient employé Rosenfeld à lancer leurs propres enquêtes : l’école Ramaz, une école juive moderne orthodoxe de Manhattan, et la Westchester Day School, dans la banlieue nord de New York. Ramaz a publié son enquête au mois d’août qui a établi que les administrateurs avaient eu connaissance des violences de Rosenfeld après qu’il a quitté l’école, mais qu’ils n’ont rien fait.

Rosenfeld, âgé maintenant de 84 ans, a été condamné pour agression pédophile en 2001 après avoir abusé d’un petit garçon alors qu’il était employé dans une synagogue de Rhode Island. Le Forward, qui a enquêté sur les abus de Rosenfeld dans une série d’articles, a découvert qu’il vit actuellement dans une maison de retraite et qu’il est inscrit au fichier des délinquants sexuels.

Le rapport de T&M a découvert que Rosenfeld abusait de ses élèves en les invitant à son domicile pour le Shabbat, où ils dormaient pendant une ou deux nuits. Il se rendait auprès de leur lit pour caresser leurs parties génitales ou autre zones de leur corps. D’anciens élèves ont précisé que Rosenfeld cessait ses abus lorsque les enfants établissaient clairement qu’ils se sentaient mal à l’aise. D’autres ont évoqué des violences ayant entraîné des souffrances émotionnelles.

« Un ancien élève a expliqué que pendant la nuit, il s’était réveillé alors que les mains de Rosenfeld se trouvaient sur son pénis, à l’intérieur de son pyjama, et que Rosenfeld les avait rapidement enlevées, justifiant sa présence dans la chambre aux deux lits jumeaux dans lesquels les petits garçons dormaient en disant qu’il avait entendu l’enfant faire du bruit et qu’il voulait s’assurer que tout allait bien », a dit le rapport.

Il a également établi que les anciens élèves avaient eu le sentiment d’avoir été drogués par Rosenfeld alors qu’ils dormaient dans son habitation. Au cours de ces nuits passées chez le professeur, a poursuivi le rapport, d’anciens élèves se sont souvenus que Rosenfeld les avait pressés de faire de la lutte avec lui tandis que tous étaient en sous-vêtements. Rosenfeld utilisait la lutte comme moyen d’agresser les petits garçons. Il agressait également les enfants lors de la retraite qu’il organisait le week-end qui suivait la fin de l’année de 4ème.

Rosenfeld, selon le rapport, abusait également des garçons à l’école. Il y aurait également violenté au moins une fille. Il avait demandé à un élève de s’asseoir sur ses genoux, puis l’avait caressé. Il avait également approché des élèves, les coinçant avant d’abuser d’eux. De plus, le rapport a indiqué qu’il avait physiquement fait mal à des élèves, les bloquant contre le mur et que, dans un cas, il avait attrapé le visage d’un élève et l’avait enfoncé dans la neige.

« Certains des élèves ont également fait savoir qu’ils avaient entendu leurs camarades de classe parler de Rosenfeld et dire qu’ils avaient également été touchés ou caressés par lui. Ils entendaient d’autres élèves plaisanter, de manière plus générale, sur les caresses distribuées aux garçons par Rosenfeld », dit le rapport.

Photo d’illustration : Avant l’adoption d’une nouvelle loi par l’Etat de New York, la majorité des écoles privées juives étaient défavorisées en termes de financement des classes de technologie (Autorisation : HAFTR)

T&M a découvert qu’au moins une femme membre du personnel d’enseignement avait alerté le principal de l’époque, le rabbin Sheldon Chwat, lui disant qu’elle avait vu Rosenfeld procéder à des attouchements sur le bas-ventre d’un élève dans l’un des bureaux de l’école. De plus, l’enquête a permis de découvrir que deux parents d’anciens élèves pourraient avoir alerté les administrateurs de la SAR des conduites inappropriées de Rosenfeld, même si aucun d’entre eux ne l’a directement confirmé à T&M. Chwat a quitté l’établissement en 1983 et il est mort en 2014.

Il est impossible d’affirmer que le départ de Rosenfeld a été motivé par ces éventuels signalements. Mais une personne identifiée dans le rapport comme un « membre éminent » de la SAR se rappelle que Chwat avait déclaré que l’homme quittait l’institution parce qu’il était « ce type d’individu ayant un penchant ou un intérêt pour les élèves », et « qui ne devrait pas se trouver en permanence avec des enfants ».

Rosenfeld avait été néanmoins réembauché pour enseigner l’anglais aux élèves de sixième en 1986, pendant une année. L’assistant du principal de l’époque, le rabbin Joel Cohn, avait demandé à son supérieur, le rabbin Yonah Fuld, s’il y avait des inquiétudes à avoir concernant Rosenfeld. Cohn s’est souvenu que Fuld, qui était associé du principal lorsque Rosenfeld travaillait à la SAR, lui avait dit que « pour une période courte, je pense que c’est bon ».

Fuld ne se souvient pas de cet échange, pas plus du retour de Rosenfled au sein de l’institution. Il est difficile de savoir si les administrateurs qui ont réembauché Rosenfeld en 1986 étaient au courant des accusations d’abus. Fuld ne travaille plus à l’école et vit dorénavant en Israël.

En plus de ses conclusions sur Rosenfeld, le rapport établit que Schwartz, professeur de judaïque, a agi de manière inappropriée dans les années 1970 avec au moins quatre élèves. Schwartz faisait des exercices de lutte avec les garçons et entretenait une proximité anormale avec eux, les faisant également s’asseoir sur ses genoux.

Le rabbin Yonah Fuld, ancien principal de la SAR Academy de New York, en 2018 (Capture d’écran : YouTube)

Schwartz, selon le rapport, aurait facilité les abus commis par Rosenfeld, recommandant vivement aux élèves de rester avec ce dernier pendant le Shabbat tout en fréquentant fréquemment, lui aussi, le domicile du prédateur sexuel. Deux anciens élèves ont déclaré qu’ils avaient confié à Schwartz, chacun de leur côté, avoir fait l’objet d’abus sexuels de la part de Rosenfeld – l’un suivant un Shabbat, et l’autre immédiatement après les violences subies.

Dans les deux cas, les élèves se sont souvenus que Schwartz leur avait dit qu’ils avaient rêvé ce qu’ils avaient vécu. Dans le dernier cas, Schwartz avait joué à un jeu de société avec la victime pour l’apaiser.

L’avocat de Schwartz a déclaré à JTA que ce dernier nie totalement avoir eu connaissance des abus perpétrés par Rosenfeld.

Schwartz a enseigné à la SAR jusqu’au mois de janvier. Il a été suspendu en attente des résultats de l’enquête. Ultérieurement renvoyé, il a porté plainte contre la SAR pour licenciement abusif.

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