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Nikki Haley fustige l’AIPAC pour avoir accueilli des législateurs pro-JCPOA

Haley a déclaré qu'un excès de bipartisme pouvait nuire au lobby pro-israélien, et a affirmé que la solution à deux États n'était pas réaliste

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

L'ancienne ambassadrice américaine aux Nations unies, Nikki Haley, s'adresse à la conférence annuelle de la Coalition juive républicaine le 6 novembre 2021. (Coalition juive républicaine)
L'ancienne ambassadrice américaine aux Nations unies, Nikki Haley, s'adresse à la conférence annuelle de la Coalition juive républicaine le 6 novembre 2021. (Coalition juive républicaine)

LAS VEGAS – L’ancienne envoyée du président américain Donald Trump aux Nations unies, Nikki Halley, s’en est prise samedi au groupe de lobbying pro-israélien AIPAC pour avoir accueilli des politiciens qui soutiennent l’accord sur le nucléaire iranien.

« Il y a une chose que je ne comprends pas à propos de l’AIPAC, et je ne vous dis rien que je n’ai pas dit à leurs dirigeants », a-t-elle commencé son discours lors de la conférence annuelle des dirigeants de la Coalition juive républicaine (RJC) à Las Vegas.

« Pourquoi invitent-ils à leur conférence des politiciens qui soutiennent fermement l’accord sur le nucléaire iranien ? », a-t-elle poursuivi sous les applaudissements de la foule conservatrice. « Arrêtez de récompenser les mauvais comportements. Cela ne vous apporte que davantage de mauvais comportements. »

Ces commentaires représentaient une critique rare contre l’une des organisations les plus importantes de Washington par une étoile montante du Parti républicain et possible candidate à la présidence en 2024.

Un porte-parole de l’AIPAC a refusé de commenter les remarques de Mme Haley.

Le lobby de Washington s’efforce depuis longtemps de cultiver des liens avec les législateurs des deux partis, en les mettant à profit pour renforcer les relations entre les États-Unis et Israël. Les candidats à la présidence des deux partis ont longtemps considéré la conférence politique annuelle de l’AIPAC comme une étape nécessaire de leur campagne vers la Maison Blanche.

L’ambassadrice des États-Unis auprès des Nations unies, Nikki Haley, prend la parole à la conférence politique de l’American Israel Public Affairs Committee (AIPAC) à Washington, le 5 mars 2018. (Capture d’écran AIPAC)

Mais alors qu’Israël est devenu une question plus clivante à Washington, notamment à la suite des gouvernements Trump et Netanyahu, un nombre croissant de démocrates ont préféré prendre leurs distances avec le lobby pro-israélien. Le président américain Joe Biden et la vice-présidente Kamala Harris se sont adressés au groupe et ont rencontré ses dirigeants pendant la campagne l’année dernière, mais certains autres candidats ont refusé d’en faire de même.

La représentante démocrate Betty McCollum a qualifié l’AIPAC de « groupe de haine » après que le lobby a organisé des campagnes contre elle.

Mais les commentaires de Haley et les applaudissements qu’ils ont reçus de la foule du RJC indiquent que la volonté de prendre ses distances avec l’AIPAC se développe également au sein du Parti républicain.

« Le bipartisme est important », a déclaré Mme Haley au RJC. « Mais si vous faites du bipartisme votre seule raison d’être, alors vous perdez de vue les politiques pour lesquelles vous vous battez en premier lieu. »

« Si un politicien soutient l’accord désastreux sur l’Iran, s’oppose au transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem et est embrassé par des antisémites qui soutiennent le mouvement BDS, alors un groupe pro-Israël ne devrait absolument pas avoir affaire à lui », a-t-elle ajouté.

L’accord sur le nucléaire iranien, connu sous le nom de plan d’action global conjoint (JCPOA), qui propose un allègement des sanctions internationales contre des restrictions sur le programme nucléaire iranien, a été signé en 2015 par le président américain de l’époque, Barack Obama. Il y a trois ans, Trump s’est retiré de l’accord suite aux encouragements du gouvernement israélien.

Le président américain Donald Trump signe un document rétablissant les sanctions contre l’Iran après avoir annoncé le retrait des États-Unis de l’accord nucléaire iranien, dans la salle de réception diplomatique de la Maison Blanche à Washington, le 8 mai 2018. (Crédit : AFP / SAUL LOEB)

L’accord a fait l’objet d’une opposition catégorique de la part des Républicains, et si une poignée de Démocrates ont exprimé des réserves à l’époque, l’opposition de ce dernier parti au retrait de Trump du JCPOA a été unanime.

Une décision par l’AIPAC de s’abstenir d’accueillir les partisans de l’accord nucléaire à ses conférences le laisserait probablement sans aucun Démocrate à inviter.

L’ex-ambassadrice de Trump s’en est également pris au lobby J Street, affirmant que son président Jeremy Ben Ami avait salué le dirigeant de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas avec une chaleureuse accolade lorsqu’il s’est exprimé à l’ONU. « Ils prétendent soi-disant être une organisation pro-Israël ? Je ne comprendrai jamais cela. »

Le porte-parole de J Street, Logan Bayroff, a déclaré après coup au Times of Israel « qu’il n’est pas surprenant qu’une politicienne de droite comme Nikki Haley soit perdue et menacée par l’impact de J Street. Les apologistes de Trump comme elle ne peuvent tout simplement pas accepter le fait que l’écrasante majorité des Juifs américains soutiennent la diplomatie et les politiques pro-Israël et pro-paix qui visent à résoudre le conflit israélo-palestinien, et non à l’exacerber ».

« Pendant que Nikki Haley passe son temps à louer les actions destructrices de son ancien patron, nous resterons concentrés sur la représentation des objectifs et des valeurs de la majorité de notre communauté », a-t-il ajouté.

Mais Nikki Haley a utilisé une grande partie de son discours pour vanter son bilan à l’ONU, où elle a acquis le statut de rock star au sein de l’establishment pro-israélien grâce à sa défense acharnée de l’État juif.

Elle a également profité de l’occasion pour formuler quelques « observations amicales à l’attention du nouveau gouvernement israélien ».

Tout d’abord, elle a mis en garde le gouvernement israélien contre le fait de faire confiance à l’administration Biden pour empêcher l’Iran d’acquérir une arme nucléaire, comme s’y est engagé le président américain.

Des membres du groupe de pression politique de gauche pour le Moyen-Orient, J Street, rencontrent le dirigeant de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, à son siège à Ramallah, le 17 octobre 2018. (Autorisation)

« Si Israël prend la grave décision que sa sécurité dépend de l’élimination de cette menace, il ne devrait pas attendre un feu vert américain qui pourrait ne jamais venir », a déclaré Mme Haley.

L’ancien Premier ministre Benjamin Netanyahu et l’actuel Premier ministre Naftali Bennett ont tous deux convenu en privé d’une politique « sans surprise » avec l’administration Biden vis-à-vis de l’Iran, avait confirmé un responsable israélien au Times of Israel plus tôt cette année, bien que le premier ait attaqué le second pour l’avoir fait plus récemment.

En ce qui concerne les Palestiniens, Mme Haley a mis en garde : « N’oubliez pas avec qui vous traitez. »

Elle a reproché à l’administration Biden de renouveler l’aide humanitaire aux Palestiniens « et de promouvoir une solution à deux États ».

« Regardez, nous pouvons tous avoir un beau débat académique sur les mérites d’un État palestinien indépendant. En théorie, cela pourrait être une bonne chose. Dieu sait que le peuple palestinien a trop souffert », a déclaré Haley.

« Mais soyons réalistes. Il n’existe aujourd’hui aucun univers dans lequel l’Autorité palestinienne corrompue puisse diriger un État. Il n’y en a pas », a-t-elle affirmé, ajoutant que le Hamas à Gaza était encore pire.

Nikki Haley, ambassadrice américaine aux Nations unies, avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à Jérusalem, le 7 juin 2017. (Crédit : Amos Ben Gershom/GPO)

L’ancienne envoyée a poursuivi en affirmant qu’il y avait « beaucoup plus de soutien » en Israël pour une solution à deux États que chez les Palestiniens.

Des sondages récents indiquent le contraire.

Selon un sondage réalisé en juillet 2021 par l’Institut israélien pour la démocratie, 40 % des Israéliens sont favorables à une solution à deux États. Un sondage réalisé en juin 2021 par le Palestinian Center for Policy and Survey Research indique que 39 % des Palestiniens sont favorables à cette proposition.

D’autres sondages de ces derniers mois et années ont donné des résultats similaires.

Un sondage conjoint réalisé en octobre 2020 par le Palestinian Center for Policy and Survey Research (PSR) de Ramallah et le programme Evens de médiation et de gestion des conflits de l’université de Tel Aviv a révélé que 43 % des Palestiniens étaient favorables à une solution à deux États et que 44 % des Israéliens soutenaient la formule.

Mme Haley a fait valoir que le plan de paix proposé par Trump « était l’approche la plus complète et la plus réaliste pour mettre fin au différend entre Israël et les Palestiniens ».

Les responsables de Trump ont qualifié la proposition, qui envisage qu’Israël annexe toutes ses implantations de Cisjordanie, et maintienne un contrôle de sécurité permanent au-delà de la Ligne verte, tout en offrant aux Palestiniens un État sous-souverain et non contigu, de « solution réaliste à deux États ». Les Palestiniens l’ont rejetée d’emblée.

En conclusion de son discours, Mme Haley a déclaré que les élections de mi-mandat de 2022 porteront sur plusieurs questions intérieures clés pour les Républicains, « et oui, il s’agit aussi de défendre fermement notre meilleur allié au Moyen-Orient ».

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