Israël en guerre - Jour 145

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Opinion

Nous en sommes peut-être à la moitié de la guerre contre le Hamas. La deuxième moitié sera plus difficile

Selon le chef d'état-major, il n'y a "ni solution miracle ni raccourci" pour démanteler le groupe terroriste. L'armée se concentre sur le sud de Gaza et les problèmes s'accumulent

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Le chef d'État-major de Tsahal, Herzi Halevi, fait une déclaration aux médias depuis une base militaire du sud d'Israël, le 26 décembre 2023. (Crédit : Flash90)
Le chef d'État-major de Tsahal, Herzi Halevi, fait une déclaration aux médias depuis une base militaire du sud d'Israël, le 26 décembre 2023. (Crédit : Flash90)

« Cette guerre comporte des objectifs essentiels qui ne sont pas simples à atteindre, et elle se déroule dans une zone complexe. Par conséquent, la guerre se poursuivra encore pendant des mois et nous emploierons différentes méthodes – de façon à ce que les effets soient durables dans le temps. Il n’y a ni solution miracle, ni raccourci pour obtenir le démantèlement complet d’une organisation terroriste, seulement une lutte tenace et déterminée. Et nous sommes très, très déterminés. »

C’est ce qu’a déclaré le chef d’État-major de Tsahal, Herzi Halevi, dans une longue allocution, mardi, plus de 11 semaines après que le Hamas a massacré 1 200 personnes dans le sud d’Israël et capturé 240 otages, et que l’armée israélienne a reçu l’ordre d’entrer à Gaza pour détruire les dirigeants terroristes de la bande de Gaza et libérer les otages.

Au fil des plus de 80 jours de combats qui se sont écoulés, Halevi a admis que : « Beaucoup de choses arrivent que nous n’avions pas anticipées. Ce n’est pas pour rien que la guerre se définit comme le ‘royaume des incertitudes’. Mais d’une manière générale », a-t-il indiqué, « la guerre se déroule comme l’armée israélienne s’y était préparée et l’avait imaginée ».

Selon les autorités militaires, les forces terroristes du Hamas comptaient 24 bataillons, soit près de 30 000 hommes.

La quasi-totalité des 12 bataillons du Hamas du nord de Gaza et de la ville de Gaza ont été vaincus, et l’armée israélienne est sur le point d’asseoir son contrôle opérationnel total sur le nord de la bande de Gaza, ce qui devrait permettre d’amorcer le retour et la reconstruction des communautés de l’Israël souverain proche de cette partie de Gaza.

Ces derniers jours, l’armée israélienne s’est concentrée – en force et en attention – sur le centre de Gaza, où quatre nouveaux bataillons ont été déployés. Plusieurs semaines devraient être encore nécessaires pour tous les vaincre.

Campement de tentes mis en place pour les Palestiniens évacués à Khan Younès, le 11 décembre 2023 (Crédit : Atia Mohammed/Flash90)

L’armée israélienne cible également le Hamas à Khan Younès – à l’endroit où une grande partie des dirigeants sont supposés s’être réfugiés, où un grand nombre des 129 otages seraient détenus et où cinq autres bataillons du Hamas seraient actifs. Ici, la guerre est encore plus complexe qu’au milieu des tunnels et des bâtiments piégés sans fin de la partie nord, car ces problèmes sont exacerbés par l’afflux de Gazaouis déplacés du nord de l’enclave.

Au moment où l’armée israélienne tente de limiter le nombre de victimes au sein des non-combattants au milieu desquels le Hamas se bat avec cynisme, et subit la pression croissante des États-Unis pour renoncer aux combats de « haute intensité », le vague discours de Halevi sur les « différentes méthodes » peut laisser présager une plus grande dépendance à l’égard de raids de plus petite taille dirigés contre des cibles clés sur la base de renseignements très précis.

On ignore encore comment l’armée israélienne pourrait s’attaquer à Rafah, où les trois derniers bataillons du Hamas sont déployés à l’extrême sud de la bande de Gaza. L’armée israélienne avait peut-être l’intention de faire se déplacer des civils entre Khan Younès et Rafah, et/ou d’essayer d’établir de nouvelles zones humanitaires, mais vaincre le Hamas dans un sud densément peuplé, où se concentre aujourd’hui la quasi-totalité de la population de Gaza – plus de 2 millions d’habitants -, est en effet immensément « complexe ». Et il semblerait qu’il n’y ait aucun processus viable pour assurer le retour des Gazaouis dans le nord, où les hommes armés du Hamas les suivraient inévitablement.

Sur le plan territorial, la guerre est peut-être à moitié terminée. Militairement, l’armée israélienne est en effet en train de démanteler le Hamas dans le nord et le centre de Gaza – en tuant ses hommes armés, en détruisant ses tunnels et stocks d’armes et en réduisant sa capacité à tirer roquettes et missiles sur Israël. Mais la deuxième moitié de la tâche sera beaucoup plus compliquée.

Un soldat israélien opérant dans la bande de Gaza sur une photo non datée publiée par l’armée le 27 décembre 2023 (Crédit : Armée israélienne)

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Tout cela est clair pour la direction du Hamas, dont aucun des principaux responsables n’a encore été tué, et dont le chef Yahya Sinwar estime vraisemblablement que ses chances, et celles de sa force terroriste barbare, de survivre à l’assaut israélien sont encore élevées.

De la façon dont il voit les choses (et sans doute avec plaisir), une grande partie du monde s’est montrée absolument indifférente au massacre assumé d’un millier de civils par ses terroristes chez eux, dans leurs communautés à l’intérieur d’un Israël souverain.

Et la quasi-totalité des pays du monde exigent même un cessez-le-feu de nature à maintenir le Hamas en place à Gaza et lui permettre de reconstituer ses forces, conserver par la force le contrôle de la bande de Gaza et se préparer à attaquer à nouveau Israël.

Seuls les États-Unis ont empêché le Conseil de sécurité de l’ONU, la semaine dernière, d’exiger un cessez-le-feu immédiat. Et l’administration Biden a, pendant des semaines, publiquement exprimé son mécontentement à l’égard des tactiques militaires de Tsahal, s’attendant sans doute à ce qu’Israël batte une force terroriste au pouvoir de l’État, totalement mêlée à une population civile captive, se battant depuis l’intérieur des maisons, écoles, hôpitaux et mosquées de Gaza, quand ce n’est pas sous terre, sans infliger trop de dommages pour ces civils.

Un panache de fumée s’élève d’une maison de la communauté israélienne d’Avivim, touchée par une roquette antichar tirée depuis l’autre côté de la frontière avec le Liban, le 24 décembre 2023. (Autorisation)

Par ailleurs, comme l’a détaillé le ministre de la Défense Yoav Gallant pour la commission des Affaires étrangères et de la Défense, mardi, Israël est « attaqué sur sept fronts : Gaza, le Liban, la Syrie, la Judée-Samarie (Cisjordanie), l’Irak, le Yémen et l’Iran ».

Et chacun des six derniers front pourrait bien dégénérer.

Funérailles du sergent-major (réserviste) Maor Lavi au cimetière militaire du mont Herzl, le 26 décembre 2023. (Crédit : Chaim Goldberg/Flash90)

En outre, le nombre d’Israéliens tombés à Gaza s’alourdit chaque jour ; des centaines de milliers de familles ont des proches – souvent le principal soutien de famille – qui se battent à Gaza depuis des semaines ; l’économie est partiellement paralysée ; 150 000 à 180 000 Israéliens ont été déplacés du sud et du nord. Et les divisions politiques qui affaiblissent le pays – qui n’ont jamais vraiment disparu -, renaissent aujourd’hui.

Et, toujours du point de vue de Sinwar, il conserve le pouvoir phénoménal que lui procure la détention de 129 otages.

Photos d’Israéliens retenus en otage dans la bande de Gaza par des terroristes du Hamas, à l’aéroport international Ben Gurion, près de Tel Aviv, le 26 décembre 2023. (Crédit : Arie Leib Abrams/Flash90)

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Contrairement à certains politiciens, à commencer par le Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui assurent que l’armée israélienne a atteint des bastions que le Hamas pensait imprenables, ou des experts qui affirment que Sinwar a sous-estimé la résilience d’Israël et la capacité de son armée à se battre dans Gaza, Halevi ne s’est pas publiquement avancé sur l’étude de la psyché du Hamas et de ses dirigeants.

Il a fait son possible pour concilier les points de vue des maîtres politiques de Tsahal, affirmant que c’est bien le gouvernement qui donne les ordres à l’armée et non l’inverse, mais que les interventions inacceptables de certains ministres ne sont pas acceptées.

Ainsi, depuis le début de la guerre, Halevi préfère parler de « démantèlement », plutôt que d’élimination ou d’éradication du Hamas, terme qui reconnaît implicitement que même une guerre très longue ne permettra pas de détruire toutes les menaces militaires et terroristes de la bande de Gaza, et aussi qu’aucune force combattante n’est à même de vaincre une idéologie.

Le chef d’État-major de Tsahal, Herzi Halevi (à gauche), et le porte-parole de Tsahal, Daniel Hagari (à droite), arrivent pour faire une déclaration aux médias depuis une base militaire du sud d’Israël, le 26 décembre 2023. (Crédit : Flash90)

Dans les propos qu’il a tenus mardi, Halevi a été particulièrement peu grandiloquent, une fois de plus dans un contraste saisissant avec les maîtres politiques de Tsahal.

« Il était logique d’assigner des objectifs élevés » à la guerre contre le Hamas, « et nous parviendrons à des [résultats] importants », a-t-il déclaré en réponse à une question. « Nous avons estimé dès le départ que tout cela prendrait des mois, et nous pensons que ces estimations étaient exactes. Par conséquent, le temps sera long. Au final, pourrons-nous dire : « Il n’y a plus d’ennemis autour d’Israël ? » Je pense que c’est trop ambitieux. Mais nous apporterons une sécurité différente, et toute la stabilité possible. »

Pour l’instant, il y a peu de doute sur la véracité de l’affirmation de Halevi selon laquelle Tsahal et le pays qui le soutient – chaque jour, le cœur brisé par la mort des soldats dans cette guerre imposée à Israël, cette guerre obligée – sont « très déterminés ».

La question est de savoir si l’armée israélienne aura le temps dont elle a besoin – si Netanyahu, qui défend son propre rôle diplomatique international en obtenant « la marge de manœuvre nécessaire pour poursuivre l’opération », pourra continuer à le faire, même avec les inquiétudes américaines concernant les tactiques de Tsahal et la stratégie du « jour d’après » du gouvernement Netanyahu.

Mais aussi si, le sud de Gaza s’avérant une arène plus tendue et complexe encore que le nord, dépourvue « de solutions miracles », Tsahal et ses commandants seront capables de trouver les « différentes méthodes » nécessaires à la victoire.

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