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Nouvelle journée de manifestations qui tournent en violences meurtrières en Iran

Les forces de sécurité ont tué deux manifestants à Boukan et à Sanandaj, dans des régions peuplées de Kurdes

Illustration : Une Iranienne manifestant contre la mort d’une femme de 22 ans, Mahsa Amini, suite à sa détention par la police des moeurs, à Téhéran, le 1er octobre 2022. (Crédit : AP Photo/Images du Moyen Orient)
Illustration : Une Iranienne manifestant contre la mort d’une femme de 22 ans, Mahsa Amini, suite à sa détention par la police des moeurs, à Téhéran, le 1er octobre 2022. (Crédit : AP Photo/Images du Moyen Orient)

Des centaines de personnes en deuil ont manifesté jeudi dans une région kurde de l’ouest de l’Iran, où les violences ont fait au moins trois morts, défiant la répression sanglante deux mois après la mort de Mahsa Amini.

Les manifestations de cette semaine coïncident avec les commémorations du « Novembre sanglant » de 2019, lorsque des centaines de personnes avaient été tuées dans la répression d’un mouvement déclenché par la hausse des prix du carburant.

Les autorités semblent avoir du mal à contenir la vague de protestation déclenchée le 16 septembre par la mort de Mahsa Amini, une Kurde iranienne de 22 ans arrêtée pour avoir enfreint le code vestimentaire strict de la République islamique.

Jeudi, les forces de sécurité ont tué deux manifestants à Boukan et à Sanandaj, dans des régions peuplées de Kurdes.

A Sanandaj, des habitants en deuil rendaient hommage à « quatre victimes de la résistance populaire », 40 jours après leur mort comme le veut la tradition, a rapporté l’ONG de défense des Kurdes d’Iran Hengaw, basée en Norvège.

Un membre des forces de sécurité a aussi été tué à Sanandaj, où des habitants ont afflué dans les rues alors que résonnaient des tirs, selon une vidéo publiée par Hengaw et vérifiée par l’AFP.

« Mort au dictateur », criaient les manifestants selon une vidéo mise en ligne, en défilant dans une rue où étaient allumés des feux, dans le hurlement des klaxons, criant leur colère contre le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei.

Il est à craindre à présent que le régime ne devienne « plus violent après avoir été incapable de réprimer le peuple pendant deux mois », analyse Saeid Golkar, enseignant à l’université américaine du Tennessee à Chattanooga.

Le régime iranien, a-t-il expliqué à l’AFP, pourrait ainsi décider d’écraser le mouvement de la même manière qu’il l’avait fait en novembre 2019, lorsque les forces de sécurité avaient tué des centaines de personnes en quelques jours.

Attaque sur un marché

Deux attaques à l’arme automatique menées par des assaillants à moto, qui n’ont pas été revendiquées, ont fait dix morts mercredi dans deux villes d’Iran.

A Izeh, dans la province du Khouzistan (sud-ouest), sept personnes, dont une femme et deux enfants de 9 et 13 ans, ont été tuées par des « terroristes » qui ont ouvert le feu sur des manifestants et des forces de l’ordre, selon des responsables.

L’attaque est la seconde attribuée par les autorités à des « terroristes » depuis le début du mouvement de protestation, après un attentat revendiqué par le groupe jihadiste Etat islamique (EI) qui a fait 13 morts le 26 octobre dans un sanctuaire musulman de Chiraz, dans le sud de l’Iran.

Des ouvriers nettoient la scène après une attaque armée au sanctuaire de Shah Cheragh dans la ville iranienne de Shiraz, le 26 octobre 2022. (Crédit : ISNA NEWS AGENCY / AFP)

Mais un membre de la famille du garçon de 9 ans tué, identifié comme Kian Pirfalak, a accusé les forces de sécurité d’avoir mené l’attaque d’Izeh, selon une information de Radio Farda, une radio en persan financée par les Etats-Unis et basée à Prague.

« Il rentrait chez lui avec son père et a été atteint par des balles tirées par le régime corrompu de la République islamique. Leur voiture a été attaquée de toutes parts », a raconté cette personne à la radio.

Quatre heures plus tard, à Ispahan, la troisième ville d’Iran, dans le centre du pays, deux assaillants à moto ont tué un officier de police et deux paramilitaires de la milice des Bassidji, selon les médias.

« Faux procès »

Selon Hengaw, des grèves étaient observées jeudi dans quatre villes de l’ouest de l’Iran où les autorités sont accusées d’avoir tué dix manifestants la veille, dont Saghez, la ville natale de Mahsa Amini au Kurdistan.

Une moto de la police brûle, dans le centre-ville de Téhéran, lors d’une manifestation contre la mort de Mahsa Amini, le 19 septembre 2022. (Crédit : AP Photo)

Au moins 342 personnes ont été tuées dans la répression du mouvement, selon un bilan établi mercredi par Iran Human Rights (IHR), une autre ONG basée à Oslo.

Les autorités accusent les « ennemis » de l’Iran de chercher à déstabiliser le pays. Jeudi, le ministre des Affaires étrangères Hossein Amir-Abollahian a accusé Israël et des services de renseignement occidentaux de « planifier » une guerre civile en Iran.

Depuis dimanche, la justice iranienne a condamné à mort cinq personnes inculpées pour leur implication dans les manifestations.

Amnesty International a dénoncé mercredi « l’usage effrayant de la peine de mort » par l’Iran « afin de réprimer le soulèvement populaire avec une brutalité accrue ». Selon l’ONG, les autorités iraniennes ont demandé la peine capitale pour au moins 21 personnes lors de « faux procès visant à intimider » les manifestants.

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