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Nucléaire/Iran: reprise de l’activité d’une usine qui aurait été attaquée par Israël

Le Wall Street Journal cite un diplomate affirmant que des pièces pour 170 centrifugeuses avancées ont été produites à Karaj, sans aucune surveillance des Nations unies

L'usine de fabrication de pièces détachées de centrifugeuses près de Karaj, en Iran, une photo publiée en ligne par Edward Majnoonian,  usager de Google, au mois de mai 2019. (Capture d'écran/Google Maps)
L'usine de fabrication de pièces détachées de centrifugeuses près de Karaj, en Iran, une photo publiée en ligne par Edward Majnoonian, usager de Google, au mois de mai 2019. (Capture d'écran/Google Maps)

Selon un reportage publié mardi par le Wall Street Journal, l’Iran a repris la production de pièces pour des centrifugeuses de pointe sur un site nucléaire qui aurait été la cible d’Israël.

Citant des diplomates non identifiés, le journal américain affirme que les opérations sur le site de Karaj ont repris en août et se sont intensifiées, un diplomate affirmant que suffisamment de pièces pour 170 centrifugeuses ont été produites depuis.

Les diplomates ont déclaré qu’il n’y avait pas eu de surveillance du site par les Nations unies.

Le directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Rafael Grossi, a déclaré le mois dernier qu’une des caméras de l’organisme de surveillance avait été détruite et qu’une autre avait été fortement endommagée lors de l’explosion de juin à Karaj, que l’Iran considère comme un acte de sabotage israélien.

Le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique, Rafael Mariano Grossi, de l’Argentine, s’adresse aux médias lors d’une conférence de presse concernant la surveillance par l’agence du programme d’énergie nucléaire de l’Iran, au Centre international de Vienne, en Autriche, le 7 juin 2021. (Crédit : AP Photo/Lisa Leutner)

L’Iran a reconnu avoir retiré plusieurs caméras de surveillance endommagées installées par l’AIEA sur le site de Karaj. On ignore combien de caméras se trouvent sur le site.

L’AIEA a réfuté mercredi la possible utilisation de ses caméras de surveillance par les auteurs de l’attaque d’un site nucléaire iranien, comme l’a suggéré l’Iran, selon un rapport consulté mercredi par l’AFP. Grossi, « rejette catégoriquement l’idée que les caméras de l’agence aient joué un rôle pour aider une tierce partie à lancer une attaque sur le complexe de Tesa, situé à Karaj », près de Téhéran, en juin, est-il écrit.

En juillet, l’Iran a accusé Israël d’être à l’origine de l’attaque de sabotage sur le site, qui fabrique des composants pour les machines utilisées pour enrichir l’uranium. Sans divulguer les détails de l’attaque, les autorités iraniennes ont reconnu que la frappe avait endommagé le bâtiment.

L’attaque de Karaj n’est que la dernière en date d’une série d’attaques présumées visant le programme nucléaire iranien, qui ont attisé les hostilités régionales ces derniers mois. On pense généralement qu’Israël est l’auteur du sabotage, mais il n’en a pas revendiqué la responsabilité.

Au début du mois, l’Iran a déclaré avoir presque doublé son stock d’uranium enrichi, alors qu’il se prépare à reprendre les pourparlers avec les puissances mondiales sur la limitation de son programme nucléaire.

Le président iranien Hassan Rouhani, deuxième à droite, écoute le chef de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique, Ali Akbar Salehi, alors qu’il visite une exposition sur les nouvelles réalisations nucléaires de l’Iran à Téhéran, en Iran, le 10 avril 2021. (Bureau de la présidence iranienne via AP)

« Nous avons plus de 210 kilos d’uranium enrichi à 20 %, et nous avons produit 25 kilos à 60 %, un niveau qu’aucun pays, à l’exception de ceux qui possèdent l’arme nucléaire, n’est capable de produire », a déclaré le porte-parole de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique Behrouz Kamalvandi dans un rapport repris par les agences de presse semi-officielles Tasnim et Fars.

L’enrichissement à 60 % est le niveau le plus élevé auquel l’Iran a enrichi de l’uranium et constitue une étape technique courte vers l’enrichissement à 90 % à des fins militaires. L’accord nucléaire interdisait à l’Iran d’enrichir de l’uranium à plus de 3,67 %.

Téhéran a progressivement abandonné ses engagements envers l’accord nucléaire de 2015 depuis que le président américain de l’époque, Donald Trump, a retiré Washington en 2018, ce qui a incité Washington à imposer de nouvelles sanctions en réponse.

En septembre, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a confirmé que l’Iran avait augmenté ses stocks d’uranium enrichi au-delà du pourcentage autorisé par l’accord.

Le chef de l’Organisation de l’énergie atomique d’Iran, Mohammad Eslami, au centre, s’exprime lors d’un point de presse conjoint avec le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique, (AIEA), Rafael Mariano Grossi, deuxième à droite, à Téhéran, Iran, dimanche 12 septembre 2021. (Crédit : Organisation de l’énergie atomique d’Iran via AP)

Le 10 octobre, le chef de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique (OIEA), Mohammad Eslami, a déclaré que son pays avait produit plus de 120 kilogrammes d’uranium enrichi à 20 %, permettant en théorie la fabrication d’isotopes médicaux utilisés principalement pour le diagnostic de certains cancers.

L’AIEA a indiqué mercredi que l’Iran avait significativement augmenté ces derniers mois la quantité d’uranium hautement enrichi produite, en violation des engagements pris dans le cadre de l’accord international de 2015, selon un rapport de l’Agence onusienne consulté mercredi par l’AFP.

Selon des estimations de début novembre, Téhéran a ainsi porté son stock d’uranium enrichi à 60 %, soit bien au-delà de la limite autorisée de 3,67 %, à 17,7 kg contre 10 kg fin août, tandis que celui à 20 % est passé de 84,3 kg à 113,8 kg.

Grossi est attendu lundi prochain à Téhéran pour discuter du programme nucléaire iranien, a indiqué mercredi une source officielle iranienne à l’approche de plusieurs échéances importantes liées à ce dossier.

Le 12 novembre, Grossi s’était plaint de l’absence de contacts avec le nouveau gouvernement en Iran et avait alors espéré pouvoir se rendre en Iran avant le prochain Conseil des gouverneurs de l’Agence qui débute le 22 novembre.

Trois jours plus tard l’Iran annonçait avoir adressé une invitation à M. Grossi à venir à Téhéran.

Le chef de l’AIEA « est attendu lundi 22 novembre en soirée à Téhéran et rencontrera mardi le chef de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique (OIEA), Mohammad Eslami, et le chef de la diplomatie iranienne Hossein Amir-Abdollahian », a indiqué le porte-parole de l’OIEA, cité par l’agence de presse iranienne Fars.

La dernière visite de M. Grossi à Téhéran remonte au 12 septembre et il avait rencontré seulement le chef de l’OIEA.

Le chef de l’AIEA avait alors négocié un accord avec l’OIEA sur l’entretien des équipements de surveillance du programme nucléaire iranien. Et il devait revenir rapidement pour discuter avec le gouvernement investi en août.

Le nouveau déplacement de Grossi interviendra avant la reprise le 29 novembre à Vienne des négociations entre l’Iran et les grandes puissances, suspendues depuis juin avec l’élection du président ultra-radical Ebrahim Raissi, pour tenter de sauver l’accord international sur le nucléaire iranien conclu en 2015.

Les Etats-Unis, qui se sont retirés unilatéralement en 2018 de l’accord et ont rétabli des sanctions contre l’Iran, participeront de manière indirecte à ces discussions.

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