Nuit de cristal : l’Autriche met en garde contre la répétition de l’Histoire
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Nuit de cristal : l’Autriche met en garde contre la répétition de l’Histoire

Le président a marqué l'anniversaire du pogrom sur l'ancien site d'une synagogue ; certains ont hué le chef du parlement pour l'inclusion du FPÖ au gouvernement

Conséquences de la Nuit de Cristal à Magdeburg, en Allemagne, en novembre 1938. (Crédit : Archives fédérales allemandes/WikiCommons)
Conséquences de la Nuit de Cristal à Magdeburg, en Allemagne, en novembre 1938. (Crédit : Archives fédérales allemandes/WikiCommons)

Le président autrichien a marqué jeudi par un appel contre l’intolérance le 80e anniversaire de la « Nuit de cristal », le vaste pogrom mené en 1938 par les nazis contre les Juifs en Allemagne et dans l’Autriche annexée.

Le président Alexander Van der Bellen a lancé cet avertissement lors d’une cérémonie sur le site de l’ancienne synagogue de Leopoldstadt, qui était le plus grand lieu de culte juif de Vienne avant d’être détruite au cours de deux journées de violences antisémites les 9 et 10 novembre 1938.

« Nous devons regarder l’histoire comme un exemple qui montre jusqu’où peuvent mener les politiques du bouc émissaire, de l’incitation à la haine et de l’exclusion », a déclaré Van der Bellen.

Le pogrom a fait au moins 30 morts en Autriche – et 91 au total dans l’ensemble du Troisième Reich selon le chiffre officiel, bien que des historiens pensent que le bilan a été beaucoup plus élevé. Quelque 7 800 Juifs ont été emprisonnés et 4 000 déportés vers le camp de concentration de Dachau.

Bien que l’histoire ne se répète jamais à l’identique, a déclaré le président autrichien, il existe des situations et des rhétoriques politiques qui « signalent des similitudes ».

« Soyons vigilants »

« Soyons vigilants pour que les dégradations, les persécutions et les suppressions de droits ne puissent jamais se répéter dans notre pays ou en Europe », a lancé M. Van der Bellen.

Le président autrichien Alexander Van der Bellen, à droite, et le chancelier autrichien Sebastian Kurz signent la lettre de nomination durant la cérémonie d’investiture du nouveau gouvernement autrichien au Hofburg, à Vienne, le 18 décembre 2017 (Crédit : AFP Photo/Vladimir Simicek)

Le chef de l’Etat autrichien, un ancien responsable du parti des Verts, a critiqué à plusieurs reprises la ligne dure sur l’immigration adoptée par le gouvernement constitué l’année dernière à Vienne par le Parti populaire autrichien (OeVP) de centre-droit et le Parti autrichien de la liberté (FPOe) d’extrême droite.

Le FPÖ a compté d’anciens nazis parmi ses fondateurs lorsqu’il a été créé après la Seconde guerre mondiale et la chute du Troisième Reich.

Récemment, le FPÖ a fermement condamné le racisme et l’antisémitisme. Mais il a simultanément été impliqué dans des controverses embarrassantes sur les activités de certains de ses membres.

Ces propos ont été tenus avant une visite programmée du Premier ministre Netanyahu à Vienne, la première d’un chef de gouvernement israélien depuis 1997.

La visite de deux jours – qui aura lieu le 20 et le 21 novembre – survient dans un contexte de liens de plus en plus étroits entre Jérusalem et le gouvernement autrichien de droite.

Lors de son séjour, Netanyahu devrait rencontrer le chancelier Sebastian Kurz et le président autrichien Alexander Van der Bellen.

Mais l’apogée de ce déplacement sera sa participation à la conférence consacrée à la lutte contre l’antisémitisme et l’antisionisme, que le gouvernement autrichien organise dans le cadre de sa présidence actuelle de l’Union européenne.

« 2018 est une année spéciale de commémoration », a indiqué Kurz dans un message filmé posté sur son compte Twitter, se référant aux pogroms antisémites qui avaient eu lieu à travers l’Allemagne et l’Autriche il y a 80 ans.

« Nous devons toujours nous souvenir de notre responsabilité historique et faire tout ce qui est notre pouvoir pour combattre toutes les formes d’antisémitisme », a-t-il dit. « Si les Juifs ne se sentent pas suffisamment en sécurité à de nombreux endroits en Europe, en 2018, alors cela ne doit pas seulement nous faire réfléchir mais cela exige que nous passions à l’action conjointe ».

Netanyahu doit également visiter la principale synagogue de Vienne, connue sous le nom de Stadttempel, et rencontrer des représentants de la communauté juive autrichienne.

Des sources, à Vienne, ont déclaré au Times of Israel qu’aucune rencontre avec des responsables du parti de la Liberté d’extrême-droite – que l’Etat juif boycotte en raison de son passé nazi – n’est inscrite au programme.

‘Je me souviens comment les synagogues ont été brûlées’

Lors de la cérémonie sur le site de l’ancienne synagogue de Leopoldstadt a été inaugurée une installation lumineuse qui est l’une des 25 créées dans la capitale autrichienne pour marquer les emplacements des synagogues détruites pendant le pogrom.

La communauté juive de Vienne a célébré dans la soirée de jeudi l’anniversaire de la « Nuit de cristal » par une marche intitulée « Lumière de l’espoir ».

Deux survivants du pogrom sont venus d’Israël pour faire part de leurs souvenirs de l’événement.

« J’avais dix ans en 1938, en novembre, et je me souviens comment les magasins ont été saccagés, leurs vitrines brisées, comment les synagogues ont été brûlées, et les gens n’étaient pas seulement battus mais tués », a déclaré l’un de ces témoins, Amnon Klein, 90 ans.

Les conséquences du pogrom de la « Nuit de cristal » en Allemagne, novembre 1938 (Domaine public)

Le président du Parlement autrichien Wolfgang Sobotka, membre de l’OeVP, a pris la parole au cours de la cérémonie, mais certains dans la foule l’ont hué pour protester contre la présence du FPOe d’extrême droite dans le gouvernement de coalition.

D’autres cérémonies sont prévues vendredi au Parlement autrichien et en plusieurs autres endroits de Vienne

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