Ocasio-Cortez : « Critiquer l’occupation ne fait pas de vous un anti-israélien »
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Ocasio-Cortez : « Critiquer l’occupation ne fait pas de vous un anti-israélien »

La toute nouvelle législatrice prise pour cible par Trump évoque l'antisémitisme, la Shoah et Bernie Sanders dans une longue interview radiophonique

La représentante démocrate de New York Alexandria Ocasio-Cortez pendant une réunion du National Action Network à New York, le 5 avril 2019. (Crédit : Don Emmert/AFP)
La représentante démocrate de New York Alexandria Ocasio-Cortez pendant une réunion du National Action Network à New York, le 5 avril 2019. (Crédit : Don Emmert/AFP)

JTA — Même si le président américain l’avait qualifiée d’antisémite haïssant l’Etat juif, la représentante Alexandria Ocasio-Cortez (AOC) n’avait jamais évoqué la question des Juifs et d’Israël.

Jusqu’à présent, tout du moins.

Dans une longue interview diffusée mardi, AOC a parlé d’un grand nombre de sujets liés à la communauté juive – conflit israélo-palestinien, antisémitisme, activistes juifs défendant la justice sociale. Mais elle a également évoqué son utilisation du terme « camp de concentration », ses possibles ancêtres Juifs, les Juifs de couleur en Israël et Bernie Sanders.

La conversation sur les questions juives a duré plus de 12 minutes, ce qui est plutôt long à la radio. L’entretien a été diffusé mardi dans l’émission « Ebro in the morning », sur les ondes de la station new yorkaise HOT97. L’émission est animée par Ebro Darden, dont la mère est juive et qui avait fréquenté une école hébraïque lorsqu’il était enfant. L’un des co-animateurs de l’émission, Peter Rosenberg, est Juif.

Dans l’interview, Ocasio-Cortez s’est montrée critique à l’égard du Premier ministre Benjamin Netanyahu et opposée à « l’occupation israélienne de la Cisjordanie » – disant qu’il s’agissait là d’une critique de la politique israélienne et non d’une mise en cause de l’existence de l’Etat juif.

Elle a affirmé que ces propos ne signifiaient nullement qu’elle soit anti-israélienne ou antisémite, et elle a salué, pendant l’émission, le militantisme du groupe juif de gauche IfNotNow, défavorable à « l’occupation » et à l’origine de controverses dans de larges pans de la communauté juive pour avoir refusé d’adopter un positionnement – pour ou contre – le sionisme, le boycott d’Israël ou la « question du statut d’Etat ».

Elle a également accusé l’administration Trump d’antisémitisme, défendant son usage du terme « camp de concentration » pour décrire les centres de détention sur la frontière.

Elle a enfin fait l’éloge des Juifs de New York, qui ont toujours pris dans le passé la défense des minorités, et évoqué les manifestations en Israël des Juifs éthiopiens.

Des manifestants éthiopiens israéliens place Rabin à Tel Aviv, le 30 janvier 2019 (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

Ses déclarations lui ont valu les critiques de la Coalition juive républicaine, qui s’est opposée à son approbation des propos tenus par Darden, selon lesquels « ce qui est en train de se passer entre Israël et la Palestine » est « hautement, hautement criminel et très, très injuste » (ce à quoi Ocasio-Cortez a répondu : « Absolument »).

La Coalition s’est également insurgée contre des paroles prononcées par Darden qui s’est interrogé : « C’est un oxymore : Comment est-ce possible d’avoir des Juifs suprématistes blancs ? Comment est-il possible d’avoir des personnalités telles que Stephen Miller? Comment est-il possible d’avoir ces individus pourtant honnêtes, qui se retrouvent alignés aux côtés du racisme et du mouvement de la suprématie blanche, mais tout en étant Juifs ? »

Des questions auxquelles Ocasio-Cortez, sur les ondes, n’a pas paru apporter de réponses.

« On peut pardonner à Ocasio-Cortez son ignorance de l’histoire, de l’histoire d’Israël ou de la communauté juive mais ces propos ne viennent pas d’un ignorant », a commenté la Coalition. « Ils sont issus d’une intolérance des Juifs et d’Israël qui est inacceptable dans les couloirs du Congrès ou dans le discours politique américain. »

La Coalition ainsi que Fox News ont affirmé qu’Ocasio-Cortez avait déclaré que les Palestiniens « n’ont d’autre choix que l’émeute ». Mais dans la phrase entière, prononcée alors qu’elle évoquait le conflit israélo-palestinien, elle semble dire que dans une situation d’oppression, les peuples n’ont d’autre choix que de manifester avec violence.

« Quand il n’y a plus moyen d’accéder à l’eau potable, il n’y a pas d’autre choix que l’émeute. Une telle chose ne devrait jamais arriver », s’exclame-t-elle. « Et je ne parle même pas des Palestiniens. Je parle des gens, ici, des communautés qui vivent dans la pauvreté aux Etats-Unis. Je parle de l’Amérique latine. Je parle du monde entier », ajoute-t-elle.

Voici les éléments majeurs à retenir de l’interview la plus juive jamais réalisée d’AOC.

Sur Israël

« L’administration Netanyahu ressemble vraiment beaucoup à l’administration Trump ».

« La droite veut mettre en avant cette notion que si on s’engage dans la critique de la politique israélienne, on est antisémite – et rien n’est plus éloigné de la réalité ».

En partant de la gauche, l’élue Rashida Tlaib,, l’élue Ilhan Omar, l’élue Alexandria Ocasio-Cortez, et l’élue Ayanna Pressley, s’expriment lors d’une conférence de presse commune à Washington le 15 juillet 2019. (AP Photo/J. Scott Applewhite)

« De la même manière que critiquer Trump ne fait pas de moi une anti-américaine, critiquer l’occupation ne fait pas de vous un anti-israélien, franchement. Cela ne signifie pas que vous vous opposez à l’existence d’une nation. Cela veut seulement dire que vous croyez aux droits de l’Homme. Il s’agit plutôt de garantir que les droits de l’Homme dont jouissent les Palestiniens sont égaux aux droits de l’Homme dont bénéficient les Israéliens, et il y a de nombreuses choses troublantes qui surviennent là-bas. »

« Nous n’avons ce type de raisonnement envers aucun autre pays. Nous n’appliquons pas un tel raisonnement à la Chine, nous n’appliquons pas un tel raisonnement aux Etats-Unis… Si on critique un pays, personne ne dit : Croyez-vous au droit à l’existence du Royaume-Uni ? »

« Et je comprends bien qu’il y a une histoire très lourde, il y a une raison au fait de poser cette question quand on en vient à Israël parce que les Juifs ont été persécutés durant toute l’histoire humaine. Mais je ne pense pas que nous saurons créer une sécurité en marginalisant les Palestiniens ».

(Plus tôt dans l’entretien, elle avait suggéré que « les jeunes Juifs en Israël en ont assez de Netanyahu et de ses politiques de droite. C’est indubitablement le cas de certains mais les jeunes Israéliens, en tant que catégorie de population, sont plus nombreux à soutenir Netanyahu que les classes d’âge plus avancées).

Sur l’antisémitisme

« Vous voulez entrer dans le débat actuel sur l’antisémitisme ? C’est un sujet légitime que nous pouvons évoquer parce que l’antisémitisme est en augmentation aux Etats-Unis », dit-elle dans l’entretien.

« Ce qui est finalement troublant, c’est que je pense que cette administration a organisé un trafic autour de l’antisémitisme et il joue ensuite cette carte, comme si c’était une couverture pour elle. Mais c’est excessivement troublant ».

Sur son utilisation du terme « camp de concentration »

« Si je ne l’avais pas dit ainsi, personne ne parlerait de camp de concentration. Nous avons des membres [du Congrès] qui se rendent sur la frontière tous les week-ends parce que nous avons lancé cette discussion. Et nous avons nommé les choses pour ce qu’elles sont ».

Une femme assise avec son enfant dans un centre de secours humanitaire catholique après avoir traversé la frontière qui sépare les Etats-Unis du Mexique, à Mc Allen, au Texas, le 21 juin 2018 (Crédit :Spencer Platt/Getty Images/AFP)

« Je n’ai pas sorti ce terme de nulle part. Les universitaires, les historiens, les gens qui étudient les sciences politiques : Tous ont commencé à dire ‘c’est bien de cela dont il s’agit’ avant que je ne le dise moi-même. Je n’ai fait qu’amplifier ce que disaient déjà les experts et on a tenté de dire que ces propos relevaient de l’antisémitisme. Mais je n’ai jamais dit que ces camps de concentration ressemblaient à ceux de la Shoah ou aux camps de la mort. Il y a eu des camps de concentration dans le passé aux Etats-Unis, lorsque nous avions interné des Américains d’origine japonaise ».

(Après l’utilisation du terme « camp de concentration » par Ocasio-Cortez, le musée de commémoration américain de la Shoah avait annoncé « rejeter sans équivoque les initiatives visant à créer des analogies entre la Shoah et d’autres événements, qu’ils soient historiques ou contemporains »).

Les activistes juifs défenseurs de la justice sociale à New York

« Ils ont grandi à New York – New York est comme la capitale juive de l’Amérique et, sous de nombreux aspects, comme la capitale du monde. Le judaïsme représente une grande partie de notre culture ici et l’une des choses que j’ai toujours su et que j’ai toujours apprécié en grandissant, c’est que c’est cette culture qui explique la raison pour laquelle les Juifs de New York sont de si fervents soutiens des communautés marginalisées. Cela fait longtemps que les communautés juives défendent les droits civils. Cela fait longtemps qu’ils défendent les populations marginalisées au niveau économique, les personnes qui ont de bas revenus, mais aussi l’art. Parce qu’il est ancré dans cette culture, qu’on ne laisse pas quelqu’un derrière soi ».

Sur les Juifs de couleur et sur ses propres racines (possibles) juives

« Il y a des Juifs éthiopiens, il y a des Juifs qui viennent d’Amérique latine. Je veux dire qu’à Puerto Rico, nous avons des Juifs séfarades. Je n’ai pas encore fait de test ADN avec 23andMe mais je ne serais pas surprise d’apprendre que j’ai des origines séfarades. En fait, mon oncle avait fait de la généalogie et il y a un grand nombre d’éléments, dans l’histoire de ma famille, qui pourraient indiquer que nous étions des Juifs séfarades ayant fui l’inquisition espagnole pour s’installer dans les Caraïbes ».

« C’est important parce qu’en Israël, on cible également les Juifs de couleur », ajoute-t-elle, faisant probablement référence aux accusations de discrimination à l’encontre des immigrants éthiopiens et des Juifs mizrahis.

Les militants de « IfNotNow » défilent pour exiger que le président élu de l’époque, Donald Trump, congédie Stephen Bannon, Philadelphie, le 22 novembre 2016. (Crédit : IfNotNow/via JTA)

(Au mois de décembre, lors d’un événement organisé pour Hanoukka, Ocasio-Cortez avait déclaré que « l’une des choses que nous avons découvertes sur nous-mêmes, c’est qu’il y a très, très longtemps – il y a des générations et des générations – ma famille était constituée de Juifs séfarades ».)

Sur Bernie Sanders et les primaires démocrates à la présidence

« J’adore Bernie et j’adore Elizabeth Warren. Non seulement ils représentent la politique en laquelle je crois, mais je pense que, dans une grande mesure, ils cochent toutes les cases en ce qui concerne les choses qui, je le crois, nous feront remporter l’élection présidentielle », a-t-elle dit. « Mais il y a encore beaucoup d’autres personnalités vraiment formidables ».

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