Opération « House of Cards » ou comment paralyser la présence iranienne en Syrie
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Opération « House of Cards » ou comment paralyser la présence iranienne en Syrie

Une vidéo montre une frappe israélienne contre un lanceur ; mission accomplie même si l'Iran a encore des missiles en Syrie : "C'est chercher une aiguille dans une botte de foin"

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Durant deux heures qui ont précédé l’aube, des avions F-15 et F-16 ont envoyé « des douzaines de missiles » et lâché « de nombreuses douzaines de bombes » sur plus de 50 cibles iraniennes à travers la Syrie au cours d’une campagne extensive – surnommée « l’Opération House of Cards » (littéralement -Château de Cartes) – pour affaiblir la présence militaire de l’Iran dans le pays.

Cette mission – la plus importante campagne aérienne menée par Israël en Syrie depuis plus de 40 ans – a été « très réussie », a commenté jeudi un haut-responsable des forces aériennes, avertissant qu’Israël estime que les forces iraniennes en Syrie sont encore en possession de missiles sol-sol qui pourraient encore être lancés contre l’Etat juif.

Au vu de cette menace, les militaires israéliens sont restés, jeudi soir, à un niveau d’alerte élevé.

Juste après minuit, mercredi, environ 20 roquettes ont été tirées sur des bases militaires israéliennes par les brigades al-Qods des Gardiens de la Révolution depuis le sud de la Syrie, a expliqué Israël.

Selon les militaires, quatre d’entre eux ont été abattus par le système de défense Dôme de fer et les autres sont tombés sur le territoire syrien.

Cette attaque a précipité des raids de représailles israéliens qui ont ciblé des centres de renseignement des gardiens de la révolution, des dépôts d’armes, des entrepôts de stockage, des postes d’observation et des centres logistiques en Syrie, ainsi que le lanceur de roquettes qui avait commis l’attaque initiale, a fait savoir l’armée.

Un lanceur a été touché alors qu’il était sur le point d’envoyer des roquettes sur l’Etat juif, ont ajouté les militaires. Un autre a été touché alors qu’il procédait à un lancement.

L’armée israélienne a également ciblé de multiples systèmes de défense antiaériens. Jeudi soir, les militaires ont diffusé une séquence de l’une des attaques menées contre un lanceur de type Pantsir-S1, filmée depuis le missile israélien lui-même alors qu’il frappait la batterie.

Explosions en Syrie dans la région el-Kisweh, au sud de Damas, le 8 mai 2018. (Crédit : Twitter)

« Nous avons utilisé de nombreuses bombes. Les conditions météorologiques étaient contraignantes, le ciel était nuageuex, ce qui a demandé de la coordination et de la synchronisation, tout cela alors que des dizaines de missiles étaient envoyés en direction de nos avions – ça a été une mission compliquée », a dit un responsable des forces aériennes sous couvert d’anonymat.

Les militaires ont indiqué qu’aucune victime ni dégât matériel n’avait été à déplorer sur le terrain comme dans les airs et qu’aucune roquette lancée de Syrie n’avait eu un impact sur le territoire israélien.

Le haut-responsable a déclaré que des « dizaines » de missiles antiaériens syriens avaient été lancés sur les avions-chasseurs, sans dégâts.

« Tous nos avions sont revenus sains et saufs », avait fait savoir préalablement l’armée jeudi.

Ce qui n’avait pas été le cas au mois de février, durant un autre affrontement opposant les forces israéliennes, syriennes et iraniennes, au cours duquel un F-16 avait été abattu et s’était écrasé dans le nord d’Israël après que le pilote et son navigateur se sont éjectés.

Prêt à tout

« Je ne sais pas comment la situation va évoluer mais nous sommes prêts et préparés à tous les scénarios dans le nord du pays », a dit le responsable.

« Notre réseau de défense aérienne a été déployé dans tout le pays ces dernières semaines, y-compris sur le plateau du Golan », a-t-il noté.

Un système de défense antimissile Dôme de fer, conçu pour intercepter et détruire les roquettes et les obus d’artillerie à courte portée, est déployé dans le nord d’Israël, le 7 mai 2018 (Jalaa Mary / AFP)

Les initiatives prises collectivement au cours de la dernière semaine pour se préparer et prévenir une attaque iranienne ont été appelées « Opération Chess » (littéralement – échecs), a fait savoir l’armée jeudi.

Le responsable a également paru confirmer des informations publiées dans les médias étrangers que l’Etat juif aurait mené des frappes aériennes en Syrie mardi.

« Nous nous investissons dans la localisation des lanceurs de missiles avant le lancement. Hier, nous n’y sommes pas parvenus », a-t-il dit, se référant aux 20 missiles lancés sur Israël. « C’est comme chercher une aiguille dans une botte de foin ».

« Mais il y a deux jours, cela a été une réussite », a-t-il ajouté.

Mardi soir, les médias d’Etat syriens avaient fait savoir qu’Israël avait mené un raid aérien – ciblant apparemment un lanceur de missiles – à el-Kiswah, dans le sud de Damas, un secteur auparavant identifié comme le site d’une base militaire présumée. L’attaque aurait tué neuf combattants pro-iraniens.

Cette capture d’écran tirée d’une vidéo fournie le 9 mai 2018 par l’agence Syria News montre des personnes debout devant les flammes réveillées après une attaque contre une zone connue pour héberger de nombreuses bases militaires de l’armée syrienne, à Kisweh, au sud de Damas, en Syrie. Mardi. l’Observatoire syrien des droits de l’homme basé en Grande-Bretagne a déclaré que les tirs ciblaient les dépôts et les armes qui appartenaient probablement aux forces iraniennes à Kisweh (Syria News)

Le responsable de l’aviation militaire a précisé que les affrontements avec l’Iran pourraient se propager au-delà de la Syrie, au Liban où le groupe terroriste du Hezbollah, appuyé par la république islamique, « pourrait passer à l’action contre nous ».

En coordination avec les Etats-Unis et la Russie

Le responsable militaire a indiqué aux journalistes que les opérations de jeudi avaient été coordonnées avec la Russie et les Etats-Unis.

« Nous avons dit aux Russes que nous allions frapper la Syrie mais nous ne leur avons pas dit exactement où ni quelles étaient les cibles », a-t-il expliqué.

Dans la mesure où un grand nombre de forces russes se sont déployées en Syrie en 2015, Jérusalem et Moscou ont maintenu un « mécanisme » pour garantir que les deux pays resteront bien à l’écart l’un de l’autre dans ce pays ravagé par la guerre.

« Le mécanisme a pleinement fonctionné et nous avons préservé notre liberté d’opération », a dit le responsable de l’aviation militaire.

En plus des frappes sur les cibles iraniennes, les Israéliens ont visé quatre variétés de système de défense antiaériennes russes : le SA-5 longue portée de fabrication russe, qui est le prédécesseur des systèmes S-300 et S-400, plus avancés ; le système russe haute altitude SA-2 ou S-75; le SA-22, pour les missiles à petite et moyenne portée, connu également sous le nom de Pantsir-S1; et le système de défense aérienne moyenne portée SA-17, connu également sous le nom de Bluk.

Selon le haut-gradé, l’armée a visé « toutes les batteries ayant tiré » sur les jets israéliens.

Il a noté que l’armée israélienne avait averti la Syrie de ne pas intervenir durant ces attaques contre des cibles iraniennes.

Les forces aériennes prévoient de réexaminer les raids de jeudi, a-t-il dit.

« Nous continuons à revoir l’opération, même lorsqu’une opération est réussie, il y a toujours beaucoup de choses à réexaminer », a-t-il déclaré. « Malgré la réussite d’aujourd’hui, nous prenons notre ennemi très au sérieux ».

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