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Pas d’immunité pour l’Iran en cas d’accord nucléaire, prévient le chef du Mossad

L'Iran est toujours prêt à coopérer avec l'AIEA pour "balayer" les doutes soulevés par cette dernière sur le caractère pacifique du programme nucléaire de Téhéran, a indiqué la diplomatie iranienne

Emanuel Fabian est le correspondant militaire du Times of Israël.

Le chef du Mossad, David Barnea, s'exprime lors de la conférence annuelle de l’Institute of Counter-terrorism (ICT) à l'Université Reichman à Herzliya, le 12 septembre 2022. (Crédit : Gilad Kavalerchik)
Le chef du Mossad, David Barnea, s'exprime lors de la conférence annuelle de l’Institute of Counter-terrorism (ICT) à l'Université Reichman à Herzliya, le 12 septembre 2022. (Crédit : Gilad Kavalerchik)

Le chef du Mossad, David Barnea, a déclaré lundi qu’Israël ne participerait pas à la « mascarade » d’un nouvel accord nucléaire entre les puissances mondiales et l’Iran, avertissant que l’accord qui se dessine n’offrirait « aucune immunité » à Téhéran face aux opérations de l’agence d’espionnage.

« L’accord s’appuie sur des mensonges iraniens. L’Iran cherche à fabriquer une arme nucléaire qui met en danger l’existence d’Israël. Cet accord les aidera à y parvenir facilement, avec une légitimation internationale », a déclaré Barnea lors d’une conférence à l’université Reichman d’Herzliya, dans sa première intervention publique depuis son arrivée à la tête de l’agence d’espionnage en juin 2021.

Barnea a déclaré que « même si un accord est signé, il ne pourra pas servir d’immunité contre les opérations du Mossad. »

« Nous ne prendrons pas part à cette mascarade. Nous ne fermerons pas les yeux sur la vérité avérée. Le régime iranien ne bénéficiera d’aucune immunité », a-t-il prévenu.

« Les dirigeants iraniens doivent comprendre que les attaques contre Israël ou les Israéliens, directement ou indirectement par leurs supplétifs, seront suivies de lourdes représailles contre les responsables, sur le sol iranien. Nous ne poursuivrons pas les supplétifs, mais ceux qui les ont armés et leur ont donné des ordres, et cela se passera en Iran », a averti Barnea.

Il a déclaré que le terrorisme d’État iranien n’a pas cessé, malgré les négociations nucléaires en cours avec les puissances mondiales.

« C’est un terrorisme d’État, ordonné par le dirigeant [de l’Iran] [Ali Khamenei] et perpétré par le Corps des gardiens de la révolution islamique et d’autres organisations de renseignement iraniennes. Il ne s’agit pas d’un acte spontané, mais d’un terrorisme planifié, systématique et stratégique », a-t-il déclaré.

Le chef suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, s’adresse à la nation dans un discours télévisé marquant le nouvel an iranien, à Téhéran, en Iran, dimanche 21 mars 2021 (Crédit : Bureau du chef suprême iranien via AP)

« Le terrorisme est utilisé par l’Iran comme un substitut à la diplomatie », a déclaré Barnea. « Le terrorisme sert à la survie du régime, empêche tout remaniement par la population iranienne, porte atteinte à la souveraineté de ses voisins et les dissuade de coopérer avec Israël. Le terrorisme est utilisé pour extorquer des pays dans le monde entier », a-t-il ajouté.

« Les négociations nucléaires ne sont en aucun cas un facteur de restriction, au contraire. Les actes terroristes [commandités par l’Iran] sont en expansion tant sur le sol américain qu’en Europe, et ce, alors que les négociations se déroulent à Vienne », a déclaré Barnea.

Barnea a déclaré que le Mossad avait déjoué « des dizaines d’attaques terroristes iraniennes contre des Israéliens et des Juifs à l’étranger » récemment, à Chypre, en Turquie, en Colombie et « dans de nombreux autres endroits. »

« Dans chacun de ces cas, les auteurs ont été attrapés en possession de moyens de tuer », a-t-il dit.

« Des tentatives ont été faites pour nuire à des responsables américains sur le sol américain », a-t-il ajouté, faisant référence aux projets iraniens présumés d’assassinat de l’ancien conseiller américain à la sécurité nationale John Bolton et de l’ancien secrétaire d’État américain Mike Pompeo.

« Ne pas les tenir pour responsables de ces actes terroristes de la manière la plus ferme qu’il soit, reviendrait à leur donner le feu vert pour poursuivre leurs activités », a ajouté M. Barnea.

Les autorités turques arrêtent une cellule iranienne présumée qui cherchait à cibler des Israéliens à Istanbul, le 23 juin 2022. (Crédit: Capture d’écran/CNN Turquie)

Barnea était aux États-Unis la semaine dernière pour s’entretenir avec des responsables de l’accord nucléaire émergent. Il a déclaré lundi qu’il avait « exposé les conséquences d’une signature de l’accord », notamment les 90 milliards de dollars que l’Iran gagnerait la première année et des dizaines d’autres chaque année par la suite, qui, a-t-il averti, seraient utilisés pour financer ses supplétifs terroristes.

Le mois dernier, les médiateurs européens avaient semblé progresser dans la réactivation de l’accord nucléaire de 2015, l’Iran ayant largement accepté une proposition de texte final. Mais les chances se sont amenuisées lorsque les États-Unis ont envoyé une réponse, à laquelle l’Iran a répondu à son tour en exigeant à nouveau que l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) clôture son enquête sur plusieurs sites nucléaires non déclarés.

Dimanche matin, un haut responsable israélien a déclaré qu’Israël ne croyait pas que l’Iran et les puissances mondiales reviendraient sur leur accord nucléaire avant les élections américaines de mi-mandat prévues en novembre.

L’Iran est toujours prêt à coopérer avec l’AIEA pour « balayer » les doutes soulevés par cette dernière sur le caractère pacifique du programme nucléaire de Téhéran, a indiqué de son côté lundi le porte-parole du ministère des Affaires étrangères.

« La République islamique est prête à coopérer avec l’AIEA pour balayer les fausses impressions concernant ses activités nucléaires pacifiques », a déclaré le porte-parole, Nasser Kanani, lors de sa conférence de presse hebdomadaire.

Cette déclaration intervient alors que la réunion du Conseil des gouverneurs de l’AIEA s’ouvre lundi à Vienne. L’agence onusienne avait indiqué mercredi « ne pas être en mesure de garantir » que le programme iranien soit « exclusivement pacifique ». En cause, « l’absence de progrès » sur la question de trois sites non déclarés, où des traces d’uranium ont été découvertes par le passé, selon un rapport confidentiel de l’AIEA consulté par l’AFP. L’Iran a dénoncé jeudi ce rapport comme « sans fondement ».

Téhéran avait récemment réitéré sa demande de clore l’enquête de l’AIEA concernant des traces d’uranium enrichi retrouvées sur trois sites non déclarés, ce que le patron de l’Agence, Rafael Grossi, refuse sans réponses « crédibles » de la part de Téhéran.

« A notre connaissance, aucun projet de résolution (à propos de l’Iran) n’a été soumis pour la réunion » du Conseil des gouverneurs de l’AIEA, a encore dit M. Kanani.

« Cependant, la République islamique répondra en fonction de l’approche de l’agence », a-t-il ajouté.

En 2018, le président américain de l’époque, Donald Trump, s’était retiré de l’accord et avait réimposé des sanctions très lourdes, incitant Téhéran à revenir publiquement sur ses engagements dans le cadre de l’accord.

Le président américain Joe Biden est favorable au retour de l’accord. Dans le cadre de l’accord proposé, l’Iran bénéficierait d’un allègement des sanctions et pourrait à nouveau vendre son pétrole dans le monde entier en échange de restrictions strictes sur son programme nucléaire.

L’AFP a contribué à cet article.

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