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Perdre Twitter ? Une mauvaise nouvelle pour les opposants et activistes politiques

Du Printemps arabe à la contestation en Iran, en passant par #Metoo ou #Blacklivesmatter, Twitter s'est imposé comme une plateforme incontournable de multiples causes

Des passants devant le siège de Twitter à San Francisco, le 4 novembre 2022. (Crédit: AP Photo/Jeff Chiu)
Des passants devant le siège de Twitter à San Francisco, le 4 novembre 2022. (Crédit: AP Photo/Jeff Chiu)

Les activistes et opposants politiques risquent de perdre un précieux outil de mobilisation si le réseau à l’oiseau bleu venait à disparaître.

D’autres plateformes existent, mais Twitter « est clairement très influent en permettant aux médias et aux dirigeants de prêter attention à ce qui se passe dans le monde. En ce sens, c’est une plateforme unique et très spéciale », affirme à l’AFP Mahsa Alimardani, chercheuse pour l’organisation de défense de la liberté d’expression Article 19.

En Iran actuellement, c’est, selon elle, « le seul véritable accès aux voix et aux événements, en l’absence de correspondants étrangers et de journalistes indépendants pouvant rendre compte de ce qui se passe ».

Ces tous derniers jours, c’est encore – entre autres – par Twitter qu’ont pu être diffusées les images d’une manifestation en Chine, dans la plus grande usine d’iPhones au monde.

Et par le passé, le réseau social a servi de caisse de résonance et de relais de mobilisation mondiale à de multiples soulèvements populaires:  Printemps arabe, mouvement pro-démocratie à Hong Kong, guerre civile en Syrie, contestation en Iran, etc., donnant souvent à voir la réalité crue des répressions mises en œuvre par les régimes autoritaires de la planète.

« Twitter a conservé des archives sur tellement de mouvements et d’événements différents. Il y a tant d’activistes qui se sont tournés vers Twitter au fil des années. Perdre toutes ces archives serait une grande perte, dans la mesure où c’est une trace pour l’histoire », s’inquiète Mme Alimardani.

Donner une identité aux protestations 

Sorte de place publique mondiale où se partagent au vu au su de tous vraies et fausses informations, témoignages et autres histoires de plus ou moins grande importance, Twitter comptait fin juin quelque 237 millions d’utilisateurs quotidiens, soit nettement moins que Facebook (1,98 milliard), TikTok (plus d’un milliard) ou encore Snapchat (363 millions).

Le siège social de Twitter, sur Market Street, le 4 novembre 2022 à San Francisco, en Californie. (Crédit : David Odisho/Getty Images/AFP)

Le réseau social – dont les messages ne pouvaient dépasser 140 caractères au moment du Printemps arabe, limite élargie depuis 2018 à 280 caractères – n’en est pas moins devenu un lieu incontournable pour de nombreux médias, entreprises et célébrités qui se contentent parfois de ce seul canal pour communiquer.

Il a aussi été massivement utilisé par des activistes et opposants politiques aux quatre coins du globe pour attirer l’attention nationale et internationale sur diverses causes. Twitter a notamment joué un rôle clé dans la promotion de phénomènes sociaux tels que #Metoo, pour dénoncer les violences sexuelles, ou #Blacklivesmatter, pour dénoncer les violences policières contres les Afro-Américains aux Etats-Unis.

« Les fonctionnalités de Twitter permettent de donner une identité aux mouvements de protestation, de créer un sentiment commun en partageant des mèmes, des hashtags. Et cette identité peut aller au delà des frontières, pour se répandre très rapidement dans les médias étrangers et attirer l’attention mondiale, ce qui est quelque chose qui dérange les dirigeants oppressifs », explique à l’AFP Marcus Michaelsen, chercheur indépendant spécialisé sur l’activisme et la surveillance en ligne.

En outre, les activistes peuvent facilement toucher « des journalistes ou des dirigeants politiques, plus directement que sur d’autres réseaux comme Instagram par exemple », ajoute M. Michaelsen.

Mémoire des soulèvements

En Egypte, lors du Printemps arabe début 2011, « Twitter était principalement utilisé par des Egyptiens instruits, lesquels ne représentaient pas la majorité des gens qui étaient dans la rue et qui ont fait de la révolution une réalité », souligne auprès de l’AFP Nadia Idle, activiste britanno-égyptienne présente dans la contestation de la place Tahrir, épicentre de la révolution qui a conduit à la chute du président Hosni Moubarak.

« Mais cela ne signifie pas que Twitter n’était pas important », souligne l’activiste, également coauteure du livre « Tweets from Tahrir » paru en 2011.

« Twitter s’est imposé comme un lieu pour rendre compte des événements. (…) De nombreux twittos se sont considérés comme des ‘journalistes citoyens’ et se sont donné pour mission de rapporter les faits avec généralement des morceaux d’information précis et un flux de vidéos et d’images », écrivent M. Idle et son coauteur Alex Nunns dans la préface de cet ouvrage.

Depuis son rachat par le milliardaire fantasque Elon Musk, le réseau à l’oiseau bleu se trouve toutefois profondément déstabilisé et se voit même menacé de disparition, au grand dam de nombre d’utilisateurs qui ont parfois mis des années à se bâtir un public.

Elon Musk prend la parole lors de la conférence SATELLITE à Washington le 9 mars 2020. (Crédit : AP Photo/Susan Walsh)

« Il est difficile de décrire la valeur qu’a acquis Twitter ces dix dernières années. (…) Il va sans dire qu’au moment où Elon Musk mène Twitter vers sa propre destruction, les seules personnes à se réjouir sont les pires dictatures et criminels de guerre du monde. Pour la première fois en quinze ans, ils seront à l’abri de l’outil de surveillance global en temps réel le plus puissant au monde », tweetait la semaine dernière Charles Lister, chercheur au centre de réflexion Middle East Institute, à Washington.

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