Pologne : Un dirigeant travaille au nettoyage des cimetières juifs oubliés
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Pologne : Un dirigeant travaille au nettoyage des cimetières juifs oubliés

Alors que les célébrations de la Fête de l'Indépendance ont été le théâtre de xénophobie, Michał Laszczkowski et un groupe de scouts en ont profité pour restaurer l'histoire local

  • Des pierres tombales du cimetière juif de la rue Okopowa à Varsovie, le 22 décembre 2017.(Crédit : AP Photo/Czarek Sokolowski)
    Des pierres tombales du cimetière juif de la rue Okopowa à Varsovie, le 22 décembre 2017.(Crédit : AP Photo/Czarek Sokolowski)
  • Des pierres tombales du cimetière juif de la rue Okopowa à Varsovie, le 22 décembre 2017.(Crédit : AP Photo/Czarek Sokolowski)
    Des pierres tombales du cimetière juif de la rue Okopowa à Varsovie, le 22 décembre 2017.(Crédit : AP Photo/Czarek Sokolowski)
  • Des membres des Scouts Wagabunda extirpe un arbre tombé du cimetière juif de Nowe Miasto, en Pologne, le 11 novembre 2020. (Crédit : Julia Bandurska/ via JTA)
    Des membres des Scouts Wagabunda extirpe un arbre tombé du cimetière juif de Nowe Miasto, en Pologne, le 11 novembre 2020. (Crédit : Julia Bandurska/ via JTA)
  • La fondation de Michal Laszczkowski a mis en contact 120 cimetières juifs polonais avec des organisations caritatives qu'il appelle gardiens. (Crédit : Pawel Czarnecki/ via JTA)
    La fondation de Michal Laszczkowski a mis en contact 120 cimetières juifs polonais avec des organisations caritatives qu'il appelle gardiens. (Crédit : Pawel Czarnecki/ via JTA)
  • Michał Laszczkowski, à droite, avec des membres des Scouts Wagabunda, le 11 novembre 2020. (Crédit : Pawel Czarnecki/ via JTA)
    Michał Laszczkowski, à droite, avec des membres des Scouts Wagabunda, le 11 novembre 2020. (Crédit : Pawel Czarnecki/ via JTA)

JTA – La Journée de l’indépendance polonaise a servi ces dernières années de toile de fond à des incidents antisémites, xénophobes et violents lors de rassemblements nationalistes.

La semaine dernière, des milliers de personnes à Varsovie ont bafoué l’interdiction sanitaire des rassemblements publics et se sont heurtées à la police qui tentait de les disperser.

Le cortège illégal du 11 novembre, jour de l’indépendance, comprenait une banderole sur laquelle était inscrit « non aux revendications juives » – une référence à une proposition de loi visant à restituer des biens ayant appartenu à des Juifs, pour la plupart victimes de la Shoah.

Par rapport aux années précédentes, c’était relativement modeste. En 2017, les manifestants avaient crié « Europe blanche, l’Europe doit être blanche », « Sieg Heil » et « Retirez les Juifs du pouvoir ».

Mais cette année, à Nowe Miasto, un village situé à 56 kilomètres au nord-ouest de Varsovie, une dizaine d’adolescents non juifs membres de la branche locale du mouvement international des scouts ont vécu leur fête de l’indépendance de manière très différente. Ils ont nettoyé le cimetière juif local, retirant la végétation envahissante autour des dix pierres tombales du cimetière.

À midi, les membres de la 426e équipe de scouts de Wagabunda ont déposé leurs ciseaux et, à l’extérieur du cimetière, ils se sont joints au chant habituel de l’hymne polonais, « La Pologne n’est pas encore perdue » ou « Mazurek Dąbrowskiego ».

Le symbolisme de ce moment n’a pas échappé à Michał Laszczkowski, président de la Fondation pour le patrimoine culturel, une association à but non lucratif qui a organisé l’opération de nettoyage et des dizaines d’autres opérations similaires ces dernières années.

Michał Laszczkowski, à droite, avec des membres des Scouts Wagabunda, le 11 novembre 2020. (Crédit : Pawel Czarnecki/ via JTA)

« C’était peut-être symbolique, mais ce n’était pas l’intention », a déclaré l’homme de 38 ans, à la JTA. « Le fait que le nettoyage soit tombé le jour de l’Indépendance était dû à des raisons pratiques, pas pour faire une déclaration. »

Les fermetures d’écoles en Pologne ont forcé les scouts à reporter les plans de nettoyage du cimetière le mois dernier, a expliqué Michal Laszczkowski, qui a contacté les scouts de Nowe Miasto sur la suggestion du bureau du maire.

« Nous devions le faire pendant un jour férié, nous avons donc choisi la fête de l’indépendance parce que la plupart des autres événements ont été annulés cette année de toute façon », a-t-il dit.

Le résultat final est néanmoins approprié, ajoute-t-il.

« Mais en regardant maintenant, oui, je veux dire que c’est symbolique » parce que « les personnes enterrées là-bas sont une partie importante de l’identité de la Pologne qui ne reçoivent pas toujours l’attention qu’elles devraient peut-être recevoir le jour de l’indépendance », a-t-il dit.

Avant la Shoah, la Pologne comptait 3,3 millions de Juifs. Les nazis et leurs collaborateurs ont tué 3 millions d’entre eux, soit environ la moitié du nombre total de Juifs assassinés pendant le génocide. Ils ont également tué environ 3 millions de Polonais non juifs. Peu des 300 000 Juifs de Pologne qui ont survécu y vivent encore aujourd’hui, selon l’Institut de recherche sur la politique juive, basé à Londres. Le pays compte aujourd’hui environ 4 500 Juifs.

Des pierres tombales du cimetière juif de la rue Okopowa à Varsovie, le 22 décembre 2017.(Crédit : AP Photo/Czarek Sokolowski)

La Fondation du patrimoine culturel s’est d’abord concentrée sur les sites importants pour les Polonais dans les pays voisins, qui ont des territoires qui faisaient partie de la Pologne ou qui abritent encore des Polonais aujourd’hui.

Puis, en 2014, Michal Laszczkowski a visité le cimetière juif d’Okopowa à Varsovie. Ce site de 83 hectares compte environ 250 000 tombes et figure parmi les plus grands cimetières juifs d’Europe. C’est également le lieu de repos final de certaines des personnalités les plus connues de Pologne, dont Ludwik Zamenhof, l’inventeur de la langue Esperanto, et Samuel Orgelbrand, qui a publié la première encyclopédie polonaise au 20e siècle.

À l’époque, se souvient Laszczkowski, Okopowa « était une jungle, juste une jungle ».

« Certaines parties ressemblaient à une forêt parce que les plantes couvraient complètement les pierres tombales », a-t-il dit, ajoutant que d’autres pierres étaient ensevelies sous les feuilles tombées des nombreux arbres ayant poussé dans tout le cimetière (il y a environ 7 000 arbres aujourd’hui).

« Je me suis dit : ‘Pourquoi réparons-nous les églises catholiques en Ukraine, mais ne faisons-nous rien pour l’un des plus importants cimetières de Pologne ?' », explique-t-il.

Des pierres tombales du cimetière juif de la rue Okopowa à Varsovie, le 22 décembre 2017.(Crédit : AP Photo/Czarek Sokolowski)

Laszczkowski s’est associé à la Fondation pour la préservation du patrimoine juif en Pologne et est devenu l’un des moteurs de la décision prise par le gouvernement polonais en 2017 de lancer un fonds d’investissement de 28 millions de dollars dont les revenus seront consacrés à la restauration et à l’entretien du cimetière de Varsovie.

« Si vous allez maintenant à Okopowa, cela ressemble encore un peu à une jungle », décrit M. Laszczkowski. Environ 2 000 arbres doivent encore être abattus car ils représentent un danger et de grandes parties du cimetière sont encore couvertes.

« Mais quand on compare à 2017 », a-t-il dit, « on peut déjà voir une différence ».

Okopowa n’est que la partie visible de l’iceberg pour la Fondation du patrimoine culturel. La Pologne compte encore environ 800 cimetières juifs parmi les quelque 1 200 qui existaient avant la Shoah. La fondation de Laszczkowski a associé à 120 de ces lieux des repos des « gardiens », comme il les appelle – des organisations caritatives, des associations ou même des écoles qui se chargent de l’entretien et d’autres tâches liées au cimetière.

La fondation de Michal Laszczkowski a mis en contact 120 cimetières juifs polonais avec des organisations caritatives qu’il appelle gardiens. (Crédit : Pawel Czarnecki/ via JTA)

« Être gardien peut être une affaire compliquée, car les cimetières juifs sont la propriété d’une foule d’entités allant des communautés juives aux municipalités en passant par le service des forêts et même les propriétaires privés », indique M. Laszczkowski. « Vous devez coordonner toute action avec le propriétaire ».

La réponse à l’effort d’entretien des cimetières juifs a été très étendue et touchante, y compris de la part de nombreux jeunes « qui n’ont jamais vu un juif de leur vie, mais qui comprennent que le judaïsme a laissé une grande marque dans notre société », a-t-il dit.

De nombreux jeunes n’ont jamais vu un juif de leur vie, mais comprennent que le judaïsme a laissé une grande marque dans notre société

Mais la question, et en particulier l’action de la fête de l’indépendance, reste un sujet sensible dans un pays où la droite est en plein essor et où la résistance populaire est généralisée, à la fois pour reconnaître les actions des Polonais qui ont collaboré avec les Allemands et pour résoudre la question toujours en suspens des biens juifs.

L’événement du jour de l’indépendance a été intentionnellement gardé sous silence, bien que certains médias locaux l’aient couvert, indique M. Laszczkowski.

« Nous n’avons pas envoyé d’informations », a-t-il ajouté. « Nous n’avons informé que les médias locaux car, franchement, la Pologne est un pays très compliqué et divisé ».

« Presque comme Israël », a-t-il ajouté en plaisantant.

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