Pour Haniyeh, la guerre a nui à la normalisation entre Israël et les pays arabes
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Pour Haniyeh, la guerre a nui à la normalisation entre Israël et les pays arabes

"Il y a un soutien énorme du monde occidental et européen... même dans les capitales européennes", a affirmé le chef du Hamas depuis le Qatar où il vit, en remerciant l'Iran

Illustration : Le chef politique du Hamas Ismail Haniyeh lors d'une cérémonie d'inauguration du complexe médical de Rafah à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 23 novembre 2019. (Crédit : Abed Rahim Khatib / Flash90)
Illustration : Le chef politique du Hamas Ismail Haniyeh lors d'une cérémonie d'inauguration du complexe médical de Rafah à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 23 novembre 2019. (Crédit : Abed Rahim Khatib / Flash90)

Le chef de la branche politique du groupe terroriste du Hamas, Ismail Haniyeh, a estimé vendredi que son groupe avait remporté la « victoire de la résistance islamique » lors des récentes hostilités avec Israël.

Haniyeh, qui a remercié l’Iran pour les fonds et les armements fournis à l’enclave, a affirmé avoir déjoué les tentatives israéliennes de s’intégrer dans le monde arabe via les différents accords de normalisation conclus notamment avec les pays du Golfe.

« Cette bataille a détruit le projet de ‘coexistence’ avec l’occupation israélienne, ou le projet de ‘normalisation’ avec Israël », a commenté Haniyeh depuis le Qatar où il vit, se référant apparemment aux larges affrontements entre Arabes et Juifs israéliens et aux accords de paix conclus récemment avec quatre nations arabes.

Plusieurs pays arabes, notamment la Jordanie, voisine de l’État juif, ont connu des rassemblements de milliers de personnes. Le Maroc, un pays qui a repris il y a peu d’Israël, a aussi été le théâtre de mouvements de protestation propalestiniens.

« Nous avons vu se soulever notre nation arabe et islamique, de l’Est à l’Ouest, dans toutes ses composantes et dans toutes ses factions, derrière Jérusalem, la Palestine et derrière la résistance », a continué Haniyeh.

Le chef du groupe terroriste a salué ce qu’il a qualifié de « triomphe » attribué au groupe terroriste, selon lui, par la main divine lors de cette dernière série de combats.

« C’est une victoire offerte par Dieu… Ce coup dur va laisser un impact profond sur Israël », a-t-il poursuivi, ajoutant ultérieurement que « soit loué, Dieu, pour cette victoire magnifique et bénie ».

Si Israël se bat actuellement pour restaurer les liens avec sa minorité arabe après les émeutes et après les attaques, il n’est pas évident que cette guerre ait nui à ses nouvelles relations avec les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Soudan et le Maroc.

Sur cette photo d’archive du 15 septembre 2020, le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, le président américain Donald Trump, le ministre des Affaires étrangères du Bahreïn Abdullatif al-Zayani et le ministre des Affaires étrangères des Émirats arabes unis Abdullah bin Zayed al-Nahyan posent sur le balcon de la Blue Room pour une photo, à la suite de la signature des accords d’Abraham lors d’une cérémonie sur la pelouse sud de la Maison Blanche à Washington. (AP Photo / Alex Brandon, File)

L’Égypte, autre nation arabe ayant conclu un accord de paix avec Israël, a aussi tenu un rôle majeur dans la négociation du cessez-le-feu et n’est pas connue pour avoir des liens très rapprochés avec le Hamas, issu des Frères musulmans que Le Caire combat vivement dans son territoire.

« Merci au président [Abdel Fattah] el-Sissi pour le rôle important que vous avez joué pour restaurer le calme et faire avancer la sécurité et la stabilité dans notre région », a écrit le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu sur Twitter, dans l’après-midi de vendredi.

L’Egypte va envoyer deux délégations à Tel-Aviv et dans les Territoires palestiniens pour veiller au respect du cessez-le-feu approuvé jeudi soir par Israël et les groupes armés palestiniens, ont indiqué des sources diplomatiques égyptiennes.

« Deux délégations égyptiennes seront envoyées à Tel-Aviv et dans les Territoires palestiniens pour surveiller la mise en oeuvre (du cessez-le-feu) et le processus pour maintenir des conditions stables de manière permanente », ont indiqué ces sources à l’AFP, soulignant que ce cessez-le-feu « simultané et mutuel » avait été « négocié par l’Egypte ».

L’Egypte a cherché à renouer avec son rôle régional historique en offrant sa médiation dans le conflit.

En 2014, Le Caire avait été à l’origine d’un cessez-le-feu après la guerre sanglante de plusieurs semaines entre l’Etat hébreu et le Hamas, mouvement islamiste au pouvoir dans la bande de Gaza, voisine de l’Egypte.

Mardi, Le Caire a promis « 500 millions de dollars pour la reconstruction » à Gaza après les bombardements et des « entreprises égyptiennes pour mener les travaux ».

Les Etats-Unis avaient demandé au Caire et à d’autres proches alliés arabes, dont Tunis et Doha, de s’investir pour obtenir un cessez-le-feu.

Joe Biden et son homologue égyptien se sont pour la première fois entretenu au téléphone jeudi depuis la prise de fonctions du président américain. Et lundi, le président Abdel Fattah al-Sissi avait fait un point sur ces efforts de médiation avec son homologue français Emmanuel Macron, lors d’une rencontre à l’Elysée.

Alors que les médias égyptiens ont coutume de désigner l’enclave palestinienne de « foyer terroriste », le président Sissi a ordonné « exceptionnellement » la semaine dernière l’ouverture du terminal de Rafah pour permettre à des blessés de Gaza d’être traités dans des hôpitaux égyptiens, et pour faire passer de l’aide médicale.

Dans un discours au Conseil de sécurité de l’ONU, le ministre des Affaires étrangères Sameh Choukri a estimé, à l’adresse d’Israël, que des « concessions » devaient « être faites ».

Sameh Choukri, le ministre égyptien des Affaires étrangères, à Moscou, le 21 août 2017. (Crédit : Alexander Nemenov/AFP)

Haniyeh a aussi juré de continuer à focaliser les efforts du groupe terroriste sur le mont du Temple, « jusqu’à la libération de la mosquée al-Aqsa ». Le Hamas a tiré des roquettes en direction de Jérusalem, lundi 10 mai, suite à un week-end d’affrontements entre forces israéliennes et émeutiers palestiniens sur le mont sacré, entraînant des représailles israéliennes qui ont finalement entraîné la guerre à Gaza.

« Jérusalem est le cœur du combat… Gaza s’est soulevé pour défendre Jérusalem », a souligné Haniyeh.

« Gaza a porté le sabre de Jérusalem avec mérite et avec dignité, enseignant à l’ennemi une leçon qu’il n’oubliera jamais », a estimé Haniyeh.

Le leader terroriste a salué les mouvements de protestation récents des Palestiniens de Cisjordanie, ainsi que les violences commises par certains Arabes israéliens au cours des derniers jours. Il a également remercié les dizaines de milliers de personnes ayant pris part à des manifestations propalestiniennes dans le monde entier.

« Il y a une intifada [un soulèvement] aujourd’hui en Cisjordanie, une révolution à l’intérieur des frontières de 1948 et une mobilisation étonnante dans la diaspora », a-t-il salué.

Haniyeh a aussi appelé le Hamas à renforcer ses relations avec la communauté internationale.

« Il y a un soutien énorme du monde occidental et européen… même dans les capitales européennes », a-t-il affirmé, se référant aux manifestations qui ont commémoré la Naqba le 15 mai – hasard du calendrier ou pas.

Il y a eu de nouveaux affrontements dans la Vieille Ville de Jérusalem, vendredi.

Il est encore difficile de dire ce qui a entraîné cette confrontation entre les deux parties. Selon la police israélienne, les agents avaient tenté de contenir une émeute des fidèles.

« Immédiatement après les prières de l’après-midi, une émeute a éclaté sur le mont du Temple et des centaines de jeunes ont notamment jeté des pierres et un cocktail Molotov sur les agents « , a fait savoir un communiqué de la police.

Des Palestiniens aux prises avec la police israélienne devant le tombeau du Dôme du rocher et la mosquée al-Aqsa à Jérusalem, le 21 mai 2021. (Crédit : AP Photo/Mahmoud Illean)

Ces affrontements ont été le premier test du cessez-le-feu conclu entre l’État juif et les groupes terroristes de la bande de Gaza. Les frictions sur le mont du Temple – avec l’entrée des forces de sécurité israéliennes au sein du complexe et leurs heurts avec les émeutiers palestiniens – ont été l’un des facteurs les plus importants des tensions qui avaient précédé les tirs de roquette du Hamas vers Jérusalem, le 10 mai, au début du conflit de onze jours qui a fait plus de 200 morts à Gaza et 12 morts au sein de l’État juif.

Le mont du Temple est le lieu le plus saint du judaïsme – c’est l’ancien site ayant accueilli les temples bibliques. Il héberge aussi le troisième tombeau le plus sacré de l’islam, la mosquée Al-Aqsa.

Les groupes terroristes ont attribué l’origine des tirs de roquette depuis Gaza – qui se sont achevés avec la mise en vigueur du cessez-le-feu, vendredi matin – aux agitations à Jérusalem qui avaient été liées à la prière sur le mont du Temple pendant le mois sacré du ramadan, ainsi qu’à l’expulsion en suspens d’un certain nombre de familles palestiniennes du quartier de Sheikh Jarrah.

Les politiciens israéliens ont indiqué que le cessez-le-feu était inconditionnel, avec « le calme en échange du calme ». Le Hamas a précisé avoir demandé des concessions de la part de l’État juif concernant le mont du Temple dans le cadre de la conclusion de cet accord.

Les Palestiniens, dans toute la Cisjordanie et à Gaza, ont fêté les réussites ostensibles du Hamas dans le conflit, vendredi après-midi, organisant d’importants défilés dans des villes palestiniennes majeures.

Des Palestiniens partisans du Hamas se rassemblent pour fêter le cessez-le-feu entre le Hamas et Israël, à Hébron, en Cisjordanie, le 21 mai 2021. (Crédit : HAZEM BADER/AFP)

« Fatah, Hamas, indépendants – tout le monde est content. Peut-être éprouvent-ils de la jalousie et qu’ils auraient espéré que leur propre faction joue un plus grand rôle mais même dans ce cas – ils disent être satisfaits. Tous les patriotes sont heureux… parce que notre cause a encore une fois secoué le monde », a écrit Alaa Abu Diab, un comédien et un commentateur populaire, dans un post publié sur Facebook.

Dans un mouvement de protestation qui a eu lieu sur la place Al-Manara de Ramallah, des dizaines de drapeaux verts arborant une calligraphie en arabe ont pu être remarqués. Ces drapeaux sont largement considérés comme des symboles de l’islam politique, et sont souvent utilisés par les partisans du Hamas.

Les manifestants ont scandé des slogans saluant le commandant militaire et chef terroriste du Hamas, Mohammad Deif, au cœur de la Cisjordanie, dominée par le Fatah.

« Sabre contre Sabre, nous sommes les hommes de Deif », ont-ils répété dans le centre-ville de Ramallah.

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