Pour la réouverture du pub de Nahal Oz, Elai Botner boucle la boucle du 7-Octobre
A l'occasion de Shavouot, le chanteur a retrouvé les membres du kibboutz pour lesquels il avait joué, quelques jours après le pogrom, et interprété le morceau écrit en pensant à eux
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En donnant un concert au Kibboutz Nahal Oz, la veille de la fête de Shavouot, le 21 mai dernier, le musicien Elai Botner a mis un émouvant point final à une aventure commencée quelques jours après le pogrom du Hamas, le 7 octobre 2023.
En plus de célébrer la fête agricole juive, le kibboutz fêtait également le retour à la maison de ses membres, évacués de Nahal Oz suite au 7-Octobre. C’est dans le pub du kibboutz remis à neuf que Botner a interprété son dernier titre, « Hag Hameshek » (« La fête du champ »), entouré des membres du kibboutz et de ses choristes.
Comme tant d’autres artistes israéliens, Botner – dont on connaît le jeu de guitare et le style folk-rock, sans oublier le groupe de jeunes artistes émergents, les New Kids – a passé une grande partie de ces deux dernières années et demie à donner des concerts pour les soldats, les familles endeuillées, les survivants et tous ceux qui avaient besoin du réconfort que procure la musique.
Elevé dans le kibboutz Ein Carmel et lui-même très proche des habitants des kibboutzim de l’enveloppe de Gaza, Botner a pris son temps pour écrire « Hag Hameshek ».
Ce titre est le premier qu’il ait composé après le pogrom au cours duquel des terroristes infiltrés ont tué plus de 1 200 personnes et fait 251 otages par la suite séquestrés à Gaza.
« Lorsque « Hag Hameshek » est passé à la radio, les gens de Nahal Oz l’ont entendu et ont eu le sentiment que cela avait été écrit pour eux », confie Botner au Times of Israel.
La chanson est écrite du point de vue d’un garçon qui vit dans un kibboutz et attend avec impatience la fête communautaire – Hag Hameshek, qui chaque année commémore la fondation du kibboutz – mais la guerre éclate le lendemain.
Or, c’est exactement ce qu’a vécu le kibboutz Nahal Oz, communauté frontalière de Gaza qui ne se doutait de rien et s’apprêtait à célébrer son 70e anniversaire le jour du pogrom, lorsqu’elle a vu déferler en trois vagues successives plus de 180 terroristes qui ont assassiné et enlevé des habitants. Quinze d’entre eux ont été tués à Nahal Oz le 7-Octobre.
En outre, huit personnes ont été prises en otage, dont Natalie et Yehudit Raanan, deux Américaines venues visiter le kibboutz et qui ont été libérées deux semaines plus tard, mais aussi Ela et Dapne Elyakim, âgées de 8 et 15 ans, libérées en novembre 2023. Leur père, Noam Elyakim , sa compagne, Dikla Arava, et le fils de celle-ci, Tomer Eliaz, 17 ans, ont été tués après que les terroristes du Hamas ont diffusé en direct l’enlèvement de la famille.
Une autre membre du kibboutz, Elma Avraham, 84 ans, a elle aussi été prise en otage et libérée en novembre 2023. Omri Miran, Tsahi Idan et Joshua Mollel, un bénévole agricole tanzanien, ont tous été pris en otages. Miran a été libéré en octobre 2025, Idan assassiné en captivité et Mollel tué au moment du pogrom, son corps pris en otage ; les corps d’Idan et de Mollel ont été restitués à Israël l’an dernier.
Le 17 octobre 2023, Botner a donné un concert dans le pub de Mishmar Haemek, un kibboutz de la vallée de Jezreel qui hébergeait les résidents de Nahal Oz suite à leur évacuation.
« J’étais là avec ma guitare, 10 jours seulement après le 7-Octobre », rappelle Botner. « Je ne savais pas quel genre de chansons je pouvais interpréter, s’ils voulaient pleurer ou être joyeux. »
Il se souvient très bien de cette journée passée dans le pub de Mishmar Haemek et du silence, lorsqu’il est entré, alors que l’on finissait d’installer des rangées de chaises pour le public. Il a commencé à chanter avec ses choristes, le public continuant d’arriver, s’excusant pour le dérangement.
« Ils disaient : ‘Nous revenons d’un enterrement, ou de deux, ou de trois, ou d’une shiva (la période de deuil)’, » confie Botner. « Il y avait tellement de douleur, nous en avons parlé après le concert. Le pogrom leur était arrivé à ‘eux’, pas à leurs proches ou leurs amis ; ils n’étaient pas des témoins indirects. »
Ce temps passé avec les membres de Nahal Oz est resté gravé en lui.
Des mois plus tard, Botner consulte le programme de ses concerts à venir et voit qu’un spectacle est programmé au Kibboutz Nahal Oz.
« Cela m’a interpelé, j’ai posé des questions là-dessus : je voulais comprendre la raison pour laquelle Nahal Oz souhaitait que je vienne au kibboutz », explique Botner.
Le kibboutz voulait célébrer sa reconstruction et la rénovation de son pub communautaire, HaTzrif (« La Cabane »), aujourd’hui dédié à la mémoire du sergent-chef Tal Lahat, qui a combattu dans le kibboutz le 7-Octobre et est mort au combat en juillet 2024 lors de la guerre qui a suivi à Gaza.
Selon la communauté, le pub a connu deux remises en état depuis le retour des premiers membres du kibboutz, en 2024. Les travaux se sont faits avec l’aide de bénévoles allemands et hollandais, et grâce au financement de la compagnie pétrochimique Bazan, qui a pris la communauté sous son aile après le 7-Octobre.
Botner explique que son groupe et lui ont été accueillis avec beaucoup de chaleur et d’émotion lors de la célébration de Shavouot.
« Il y avait tout ce qui fait un pub de kibboutz – que je connais si bien – : des chaises en plastique Keter et l’ambiance typique du kibboutz », ajoute-t-il.
En plein concert, alors que tout le monde dansait et s’amusait, il s’est interrompu un instant pour leur dire que la fête ne s’arrêtait pas mais qu’il voulait prendre un temps pour leur parler de ce qu’il ressentait pour eux.
« Il y a eu beaucoup de larmes, ce fut un moment très intense », conclut-il. « Et la fête a repris. »
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