Rechercher

Pour le maire de Tel Aviv, Israël se dirige vers une théocratie fasciste

Ron Huldai a déclaré que la ville rejettera les efforts visant à laisser un député homophobe dicter la politique d'éducation malgré la victoire électorale de la droite

Le maire de Tel Aviv, Ron Huldai, prenant la parole lors d'une marche de protestation dans le cadre de la Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes, à Tel Aviv, le 24 novembre 2022. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)
Le maire de Tel Aviv, Ron Huldai, prenant la parole lors d'une marche de protestation dans le cadre de la Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes, à Tel Aviv, le 24 novembre 2022. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Le maire de Tel Aviv, Ron Huldai, a averti vendredi qu’Israël se dirigeait vers une théocratie fasciste, alors que le nouveau gouvernement s’apprête à confier à des extrémistes la responsabilité de programmes éducatifs clés et à neutraliser la Cour suprême.

« Israël est en train de passer d’une démocratie à une théocratie », a déclaré Huldai dans une interview à la Douzième chaîne. « La majorité ne peut pas être autorisée à imposer ses vues à la minorité. »

Huldai s’est exprimé alors que lui et plusieurs autres maires ont promis de riposter après que le Premier ministre désigné, Benjamin Netanyahu, a transféré le contrôle de certains contenus dans les écoles israéliennes au député d’extrême-droite, Avi Maoz, dont la faction Noam a des opinions clairement anti-LGBT et misogynes.

« C’est toute l’Histoire d’Israël qui se transforme en théocratie », a déclaré Huldai, dont la ville est connue comme un bastion d’Israéliens laïcs et libéraux. « Nous allons devenir un État halakhique », a-t-il ajouté, en référence à la loi juive orthodoxe.

Cette semaine, Netanyahu a accepté de donner à Maoz, le seul législateur de la faction Noam, un budget annuel d’au moins 100 millions de shekels, ainsi que plus d’une douzaine de collaborateurs, en tant que vice-ministre et dirigeant d’une nouvelle agence gouvernementale chargée « de l’identité juive » au sein du bureau du Premier ministre.

Selon l’accord, l’unité du ministère de l’Éducation en charge des enseignements et des partenariats externes sera placée sous le contrôle de Maoz, ce qui lui permettra de déterminer quels seront les organismes officiels qui seront autorisés à intervenir dans les classes auprès des élèves.

Le chef de Noam, Avi Maoz, s’exprimant lors d’une réunion de faction à la Knesset, le 28 novembre 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Cette mesure a fait l’objet de nombreuses critiques, y compris de la part du Premier ministre sortant, Yair Lapid, qui a exhorté les autorités locales à s’opposer au contenu extrémiste poussé par Maoz.

Dans une missive adressée jeudi aux maires, Lapid a déclaré que « le nouveau gouvernement en cours de formation en Israël a abandonné l’éducation de nos enfants et l’a confiée aux figures les plus extrêmes et les plus rétrogrades de la société israélienne ».

« La responsabilité solennelle des contenus éducatifs qui seront enseignés à nos enfants dans les écoles vous incombe désormais », a-t-il déclaré. « Vous devez aujourd’hui devenir les gardiens de l’éducation ».

Plus de 50 autorités locales ont déclaré qu’elles ne permettront pas à Maoz de régir leurs programmes d’enseignement.

Vendredi, la Douzième chaîne a cité des responsables anonymes du Likud qui ont déclaré que donner le portefeuille à Maoz avait été une grave erreur lors des négociations de coalition.

Les sources ont déclaré que les négociateurs n’avaient pas réalisé l’importance ni la portée de la division de l’éducation qu’il avait demandée.

« Nous ne savions pas que nous lui avions donné les clés et maintenant il est trop tard pour faire marche arrière », a repris l’article cité par la source, qualifiant cela de « double catastrophe ».

Le député Avi Maoz, à gauche, et le chef du Likud, Benjamin Netanyahu, après avoir signé un accord de coalition, le 27 novembre 2022. (Crédit : Likud)

Au-delà de la question de l’éducation, Huldai a pris le gouvernement entrant à partie pour ses projets d’adoption de la clause dite « dérogatoire » qui permettrait aux législateurs de rétablir une loi abrogée par la Haute Cour.

« Absolument – la majorité imposera tout ce qu’elle veut à la minorité. Il n’y aura pas de Haute Cour ayant le pouvoir d’empêcher cela », a répondu Huldai à la question de savoir s’il pensait qu’Israël cesserait d’être une démocratie.

Lorsqu’on lui a fait remarquer que le peuple s’était exprimé lors des dernières élections législatives, donnant au Likud 32 sièges alors que l’ancien parti politique de centre-gauche de Huldai, HaIsraelim, avait abandonné sa course à la Knesset en 2021 par manque de soutien, le maire a répondu que « dans tous les États fascistes, les dirigeants sont choisis par le peuple ». « Il y a bien des élections en Iran. Ce pays est-il une démocratie pour autant ? Non. »

« La démocratie découle du fait qu’une personne a des droits que personne ne peut lui enlever – ni la majorité, ni Dieu. C’est ça la démocratie », a-t-il expliqué. « La démocratie, ce n’est pas la majorité qui prend le contrôle de la minorité et lui dit ce qu’elle doit penser, comment manger et ce qu’elle doit faire. » Dans sa définition, la démocratie doit protéger la minorité et a majorité – celle-ci pouvant se retrouver dans la minorité.

« Tel Aviv est démocratique, tolérante, pluraliste, respectueuse de chaque minorité… Nous défendrons cela… Nous garderons Tel Aviv libre », a-t-il promis.

Les Israéliens profitant de la plage de Tel Aviv par une chaude journée, le 9 juillet 2022. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Les commentaires cinglants de Huldai sont intervenus quelques heures après que Netanyahu et Lapid ont eu un vif échange en ligne sur l’appel de Lapid aux maires et aux militaires à résister aux efforts de politisation des institutions.

Netanyahu a fustigé Lapid pour avoir « tenté d’inciter les officiers militaires et les autorités locales à se rebeller contre le gouvernement élu ».

« La conduite de Lapid est dangereuse et nuit à la démocratie », a déclaré Netanyahu dans un communiqué. « Nous devons laisser Tsahal en dehors de tout débat politique. Les officiers supérieurs ne doivent certainement pas être incités à la rébellion contre un gouvernement qui a été élu par le peuple. Cela franchit une ligne rouge ».

Il a estimé que lorsque le Likud était dans l’opposition il n’avait « jamais incité à agir contre le gouvernement ».

Netanyahu a promis de défendre les droits des citoyens et de « diriger le gouvernement israélien selon les valeurs nationales et démocratiques qui [l’ont] guidé toute [sa] vie ».

Il a exhorté Lapid et les membres de la future opposition « à agir de manière responsable ». « Nous avons un pays, une armée et une nation. Nous ne devons pas les blesser. »

Le leader du Likud, Benjamin Netanyahu, s’exprimant à la résidence présidentielle, après avoir été chargé de former un nouveau gouvernement israélien, à Jérusalem, le 13 novembre 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Lapid a répondu par une longue diatribe, exposant toutes les façons dont, selon lui, Netanyahu a sapé la démocratie israélienne.

« Monsieur Netanyahu, je n’ai pas de leçons de démocratie à recevoir de vous. Pas de la part de quelqu’un qui dirige une machine à poison financée par l’étranger et qui se livre à la calomnie et à la diffamation de la plus basse espèce. Pas de la part de celui qui s’est tenu sur les marches du palais de justice et a incité contre l’État de droit. Pas de celui qui a actuellement nommé une personne condamnée pour avoir soutenu le terrorisme au poste de ministre de la Sécurité intérieure et un criminel condamné en série au poste de ministre de l’Intérieur », a déclaré Lapid. (Lapid faisait respectivement référence au futur ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, et au futur ministre de l’Intérieur Aryeh Deri).

« Pas de la part de quelqu’un qui n’a pas tenu toutes les promesses qu’il a faites et dont même les partenaires admettent qu’il est un fieffé menteur », a ajouté Lapid. « Il n’y a pas eu un seul moment au cours de la dernière année et demie où vous avez respecté la démocratie. »

« Nous nous battrons dans toutes les arènes et de toutes les manières légales pour qu’Israël reste juif, démocratique et libéral », a promis Lapid.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...
S'inscrire ou se connecter
Veuillez utiliser le format suivant : example@domain.com
Se connecter avec
En vous inscrivant, vous acceptez les conditions d'utilisation
S'inscrire pour continuer
Se connecter avec
Se connecter pour continuer
S'inscrire ou se connecter
Se connecter avec
check your email
Consultez vos mails
Nous vous avons envoyé un email à gal@rgbmedia.org.
Il contient un lien qui vous permettra de vous connecter.