Pourquoi des Juifs américains paient plus de 20 000 $ pour reposer en Israël ?
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Pourquoi des Juifs américains paient plus de 20 000 $ pour reposer en Israël ?

Pour certains, la pratique tire ses racines dans la Bible et dans les prophéties du Messie, alors que pour d'autres, c'est motivé par le sionisme

Le cimetière juif du mont des Oliviers surplombe la Vieille Ville de Jérusalem.(Thomas Coex/AFP/Getty Images via JTA)
Le cimetière juif du mont des Oliviers surplombe la Vieille Ville de Jérusalem.(Thomas Coex/AFP/Getty Images via JTA)

NEW YORK (JTA) — Quelques heures avant l’enterrement de sa mère, le rabbin Abba Cohen roulait depuis Baltimore vers l’aéroport John F. Kennedy de New York. Cette nuit-là, Cohen, accompagné de son frère et sa soeur, a pris un avion pour aller en Israël. Le lendemain, il allait voir sa mère être enterrée aux côtés de son père sur le mont des Oliviers à Jérusalem. Seulement quelques heures plus tard, il reprenait un autre vol, cette fois-ci vers les Etats-Unis pour les sept jours de deuil avec le reste de la famille.

« J’allais en Israël, ce que je ne fais pas tous les jours. C’est toujours un voyage que j’associe à la joie et à l’enthousiasme, mais cette fois-là j’allais enterrer un être cher, donc c’était vraiment une expérience surréaliste », a expliqué Cohen, qui est le président des affaires fédérales à l’Agudath Israël d’Amérique, en se souvenant de l’enterrement qui a eu lieu il y a quatre ans.

Comme de nombreux Juifs, les parents de Cohen voulaient être enterrés en Israël. La pratique remonte à la bible, où Jacob demande à son fils Joseph de ne pas l’enterrer en Egypte, mais plutôt parmi ses ancêtres à Hébron.

Selon la tradition juive, les morts seront ressuscitées à l’arrivée du Messie, à commencer par ceux qui sont enterrés en Israël. Selon la prophétie, le processus doit commencer au mont des Oliviers, juste derrière le mur Occidental de la Vieille Ville de Jérusalem.

Mais organiser un enterrement juif en Israël est compliqué et coûteux.

Le système d’assurance national d’Israël couvre « les frais d’enterrement pour quiconque [même un touriste étranger] qui meurt en Israël et est enterré à proximité de son lieu de décès, ou pour un Israélien enterré à proximité de sa maison ici », selon Itim, l’ONG des droits religieux. Pourtant, ceux qui vivent à l’étranger doivent payer le transport et il n’y a pas de réglementation sur les frais que peuvent demander les cimetières.

Les parents de Cohen avaient acheté leur emplacement dans les années 1970, mais depuis lors, les tarifs ont fortement augmenté. Aujourd’hui, un emplacement sur le mont des Oliviers peut coûter jusqu’à 30 000 dollars selon le rabbin Shaul Ginsberg, qui organise des enterrements en Israël pour la communauté juive Chapel Plaza basée à New York.

Manuel Valls, alors Premier ministre français, rend visite à la tombe de Myriam Monsonego, une des quatre Juives françaises qui ont été tuées en mars 2012 dans une attaque sur l’école juive à Toulouse, au cimetière Givat Shaul à Jérusalem, le 23 mai 2016. (AFP PHOTO / MENAHEM KAHANA)

Traditionnellement, les gens ont préféré être enterrés à Jérusalem soit au cimetière du mont des Oliviers, le plus ancien dans la ville, ou au cimetière Givat Shaul, le plus grand, dans l’ouest de la ville. Mais alors que les tarifs augmentent, on commence à regarder ailleurs.

Eretz HaChaim est un cimetière populaire parmi les Juifs américains. Il est situé à proximité de la ville de Beit Shemesh, à environ 40 minutes en voiture de Jérusalem. La majorité des gens qui y sont enterrés sont des étrangers, et parmi eux, les Américains constituent la plus grande nationalité, a déclaré Jonathan Konig, qui assiste la société de pompes funèbres du cimetière et vend des pierres tombales. Le cimetière est orthodoxe, comme l’écrasante majorité des quelque 5 000 à 6 000 personnes enterrées ici, mais tous les courants du judaïsme sont les bienvenus, a expliqué Konig.

Les emplacements à Eretz HaChaim partent pour 9 500 dollars, en plus de frais de maintenance à payer une seule fois, à hauteur de 1 500 dollars. Le cimetière organise le transport et d’autres services nécessaires à l’arrivée à l’aéroport international Ben Gurion pour 2 200 dollars.

Les gens doivent aussi s’attendre à payer entre 10 000 à 15 000 dollars supplémentaires pour obtenir une série de permis nécessaires, pour transporter la dépouille et d’autres services effectués aux Etats-Unis, comme le rituel de nettoyage du corps. Ginsberg a dit que les frais d’El Al sont d’environ 2 300 dollars et United Airlines demande environ 2 900 dollars pour transporter le cercueil et la dépouille. Cela ne comprend pas les vols pour les membres de la famille qui participent à l’enterrement en Israël.

Haaretz a cité le ministère de Affaires étrangères qui a annoncé que 1 590 personnes mortes à l’étranger ont été enterrées dans l’Etat juif en 2016, une augmentation de 850 par rapport à 2007. Ce nombre inclut des Israéliens qui sont morts alors qu’ils étaient en vacances. Les ministères israéliens des Affaires étrangères et de l’Intérieur n’ont pas répondu aux demandes du JTA pour obtenir des données plus récentes.

De nombreuses organisations – y compris le Conseil national du Jeune Israël, l’université Yeshiva et le conseil rabbinique d’Amérique – ont des emplacements réservés à Eretz HaChaim pour leurs membres.

Le Conseil national du Jeune Israël a des emplacements réservés à Eretz HaChaim depuis la fin des années 1960. Le rabbin Binyamin Hammer, le directeur de l’organisation des services rabbiniques, a dit qu’il a vu un regain d’intérêt dans le nombre de membres de Jeune Israël qui veulent être enterrés en Israël ces 20 dernières années et que beaucoup sont motivés par le sionisme.

« Le succès du mouvement d’école de jour a conduit à une très forte augmentation du nombre d’alyah depuis l’Amérique. Il y a aussi des gens qui se disent, si je ne peux pas vivre là-bas, au moins je peux y être enterré », a déclaré Hammer, en utilisant le mot hébreu pour l’immigration en Israël.

Une vue de l’ancien cimetière de la ville du nord de Tibériade, el 14 mai 2019. (David Cohen/Flash90)

Le rabbin Yehudah Prero, qui coordonne les enterrements en Israël pour Jeune Israël, explique aussi cette augmentation par le fait que les gens ont aujourd’hui moins tendance à rester dans la même ville pendant des générations.

« Ils ont le sentiment que s’il décèdent dans une ville, ils ne savent pas si leurs enfants y seront, a déclaré Prero. Et même s’ils y sont, qui sait où vont finir les petits-fils ? Mais s’ils sont enterrés en Israël, ils savent que quelqu’un viendra rendre visite à leur tombe ».

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Pour ceux qui ne sont pas membres d’une organisation avec un emplacement réservé, il y a Achuzat Kever, une organisation basée en Israël. Elle a été fondée par le rabbin Michoel Fletcher en 2004.

Fletcher aide des étrangers à obtenir un emplacement dans des cimetières à travers Israël et les assiste dans les formalités de transport et dans une large gamme de services. Le rabbin travaille directement avec un certain nombre de cimetières qui lui offrent des commissions quand il vend des emplacements. S’il ne reçoit pas de commission, il fait payer 500 dollars de frais aux clients.

Itim offre aussi des conseils sur comment organiser des enterrements en Israël.

Le rabbin Seth Farber, le fondateur et directeur de l’organisation, a déclaré que les cimetières et les pompes funèbres aux Etats-Unis s’occupent souvent des besoins et des souhaits de la famille. Mais en Israël, on se focalise surtout sur l’organisation d’un enterrement dont les responsables du cimetière pense qu’il respecte leur interprétation de la loi juive.

« Ce n’est pas aussi simple pour la famille que cela ne le serait aux Etats-Unis », a-t-il dit.

Par exemple, une famille pourrait bien vouloir faire venir le rabbin de leur ville en pensant qu’il ou elle pourra s’occuper de la cérémonie, mais peu de cimetières israéliens acceptent cela. Certains cimetières n’acceptent pas que des femmes fasse l’éloge funèbre et chaque cimetière a ses propres traditions qu’il suit sans exception. Parfois, la personne qui s’occupe de la cérémonie au cimetière ne parle pas anglais.

Le rabbin Seth Farber, chef de l’organisation Itim dans une photo sans date. (Itim)

Selon Itim, depuis 1996, des Israéliens, juifs ou non, peuvent choisir d’être enterrés lors d’une cérémonie civile dans des cimetières qui les autorisent.

Les enterrements en Israël posent également des défis géographiques.

Surella Baer, âgée de 64 ans, a rendu visite à la tombe de son père trois fois depuis qu’il est décédé en 1991. Mais ses problèmes de santé l’empêchent actuellement de faire le voyage depuis sa maison dans le Queens, New York.

« Les parents de mon mari sont enterrés ici à Long Island, et il peut leur rendre visite deux fois par an, a-t-elle dit. Je ne voulais pas vraiment le faire, mais pour dire la vérité, c’est ce que mon père voulait, alors nous l’avons fait ».

Cette pratique est encore très importante pour beaucoup de personnes.

« Ce n’est pas seulement le fait de rendre visite aux êtres aimés, a déclaré Cohen au sujet de la visite des tombes de ses parents sur le mont des Oliviers. C’est aussi l’expérience du lieu et de la symbolique de l’endroit qui sont très, très puissante. Je l’ai ressenti à chaque fois que je suis venu ».

Cet article a été soutenu par la Fédération UJA de New York, pour sensibiliser les gens et encourager les discussions sur la question de la vin de vie dans un contexte juif. L’article a été écrit indépendamment et de la seule responsabilité de l’équipe éditoriale du JTA.

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