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« Pourquoi prendre des risques ? » Des Israéliens à Istanbul restent à l’hôtel

D'autres touristes visitent la ville se sentant en sécurité alors qu'Israël a lancé un nouvel appel à quitter la Turquie au plus vite, citant de réelles menaces iraniennes

Des agents de la police anti-émeute turque patrouillent devant la Mosquée bleue à Istanbul, le 14 juin 2022. (Crédit: Yasin Akgul/AFP)
Des agents de la police anti-émeute turque patrouillent devant la Mosquée bleue à Istanbul, le 14 juin 2022. (Crédit: Yasin Akgul/AFP)

Vendredi soir, de nombreux Israéliens ont répondu aux appels à se réfugier dans leurs chambres d’hôtel à Istanbul, alors qu’ils étaient avertis que l’Iran cherchait à tuer ou à enlever des ressortissants israéliens.

Plus tôt dans la journée, de hauts responsables israéliens ont mis en garde contre des menaces « concrètes » selon lesquelles l’Iran tenterait de lancer une attaque terroriste contre des Israéliens à Istanbul ce week-end, exhortant tous les citoyens à quitter la Turquie immédiatement. Ils ont dit que ceux qui ne pouvaient pas partir devaient s’enfermer dans leur chambre d’hôtel.

« Je suis très inquiète, mais je suis venue ici pour un traitement [médical] que je ne peux pas arrêter. J’ai vraiment peur, je mange dans ma chambre et n’en sors pas. Pourquoi prendre un risque ? » a déclaré Etti Attias au site d’information Ynet.

Attias, 55 ans, a déclaré qu’elle ne se serait pas rendue en Turquie si elle n’avait pas eut besoin d’un traitement médical particulier.

« Même s’il n’y a pas d’attaque, ce ne sont pas des choses avec lesquelles on joue », a-t-elle dit. « J’ai demandé que lors de mon transfert à la clinique, ce ne soit pas dans une voiture ressemblant à celles qu’utilisent les touristes. »

Attias a déclaré qu’elle portait un masque en public et « ne parlait pas du tout hébreu ». Elle a ajouté qu’il y avait un nombre important de policiers turcs en civil dans les rues, ce qui, selon elle, contribue à instaurer un sentiment de sécurité.

Des personnes faisant un tour de ferry traversent le détroit du Bosphore à Istanbul, en Turquie, le 12 juin 2022. (Crédit: AP Photo/Francisco Seco)

Netanel Azoulay, 18 ans, a déclaré au site d’information que lui et un groupe d’amis ont décidé de ne pas se rendre à une fête suite aux derniers avertissements.

« Pour le moment, nous avons décidé de nous barricader dans notre chambre », a-t-il dit.

Azoulay, qui s’est déjà rendu en Turquie à de nombreuses reprises, a déclaré qu’il pensait que les avertissements israéliens étaient exagérés, mais qu’il a tout de même décidé de rester dans la chambre d’hôtel.

« Si nous voyons que la situation se calme et que nous nous sentons suffisamment en sécurité pour nous promener à l’extérieur, nous pourrons toujours sortir et profiter des boites de nuit. En attendant, nous avons invité quelques Israéliens que nous connaissons dans notre chambre », a-t-il déclaré.

Comme Attias, Azoulay a dit avoir le sentiment que les autorités turques veillent sur les touristes israéliens.

« Bien sûr, il y a des choses que nous ne savons pas et qui ne peuvent pas être révélées, mais personnellement, je ne ressens aucune inquiétude ici », a-t-il ajouté.

D’autres Israéliens ont fait écho à ce sentiment, tout en admettant qu’ils prenaient eux aussi certaines mesures de précaution.

« Pour nous, tout est normal, je ne ressens rien d’extraordinaire ici », a déclaré une femme identifiée uniquement par son prénom Herut, citée par la Douzième chaîne.

Herut a déclaré qu’elle évitait les destinations touristiques mais a insisté sur le fait qu’elle n’avait pas l’air israélienne, ce qui « joue en ma faveur ».

Des passants prenant des photos à l’extérieur de la basilique Sainte-Sophie, l’une des principales attractions touristiques d’Istanbul, dans le quartier historique de Sultanahmet, le 11 juillet 2020. (Crédit: Emrah Gurel/AP)

Jacky Levy, qui rentrait d’Istanbul vendredi soir, a également déclaré à la chaîne qu’il s’était senti en sécurité en Turquie et qu’il avait décidé de ne pas écourter son voyage, mais qu’il avait pris quelques précautions lors de ses sorties.

Ces dernières mises en garde interviennent après une semaine au cours de laquelle Israël a exhorté ses citoyens en Turquie à rentrer instamment chez eux et a émis l’alerte de sécurité la plus élevée qui soit pour Istanbul, craignant que des agents iraniens ne prévoient de tuer ou d’enlever des Israéliens.

Ces mises en garde ont été lancées alors que des informations non vérifiées parues dans la presse indiquaient que les services de renseignement israéliens et turcs avaient déjà déjoué ensemble plusieurs projets d’attentats planifiés par un vaste réseau d’agents iraniens, en arrêtant certains des suspects.

Il y aurait actuellement environ 2 000 Israéliens en Turquie.

La Douzième chaîne a cité des responsables anonymes qui ont déclaré que des agents israéliens se trouvaient en Turquie et travaillaient au coude à coude avec leurs homologues turcs pour tenter de déjouer les attentats, notant que la coopération avec les responsables locaux était excellente.

Il y a une « chasse à l’homme en ce moment dans les rues d’Istanbul pour arrêter un incident qui a déjà commencé », a déclaré la chaîne d’informations.

« Se trouver à Istanbul en ce moment [pour un Israélien] revient à jouer à la roulette russe, à tenter le sort. Si nous pouvions rendre public le tableau opérationnel complet, les [Israéliens] fuiraient comme ils le feraient face à un incendie », aurait déclaré un haut fonctionnaire.

« Nous sommes au milieu d’un événement majeur à Istanbul », a déclaré un haut responsable de la sécurité à Ynet. « Des cellules d’agents Iraniens et de mercenaires Turcs sont à la recherche d’Israéliens, et ce à n’importe quel prix ».

Selon les informations, les Iraniens planifient des attaques depuis des mois, apparemment pour se venger des meurtres d’officiers supérieurs et d’autres personnes imputés à Israël.

Les responsables israéliens ont averti que si l’Iran touchait à des Israéliens, il y aurait une réponse sévère.

Dossier: Un officier de la police spéciale turque se tient sur un toit surplombant une place à Istanbul, le 5 mars 2019. (Crédit: AP Photo/Lefteris Pitarakis)

Les avertissements de vendredi sont intervenus un jour après que le Conseil de sécurité nationale d’Israël (CNS) a publié des instructions rares et spécifiques aux Israéliens en Turquie, leur disant de ne pas ouvrir les portes de leurs chambres d’hôtel aux livreurs, de ne pas poster leurs trajets sur les réseaux sociaux et de ne pas se rendre dans les mêmes « pièges à touristes » que tous les autres Israéliens.

Lundi, le CNS a relevé le niveau d’alerte pour les voyages à Istanbul à son niveau le plus élevé, le plaçant aux côtés de l’Irak, du Yémen, de l’Afghanistan et de l’Iran comme des endroits que les Israéliens doivent quitter immédiatement et ne pourront pas visiter jusqu’à nouvel ordre.

Les tensions entre Israël et l’Iran se sont considérablement accrues ces dernières semaines, suite à l’assassinat d’un officier iranien à Téhéran le mois dernier, aux frappes aériennes contre des cibles liées à l’Iran en Syrie, au discours menaçant des dirigeants iraniens et aux violations croissantes des accords nucléaires par l’Iran.

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